Brexit : Retour sur trois intox qui ont marqué les débats

FAKE OFF A l'approche de l'entrée en vigueur du Brexit ce vendredi, 20 Minutes revient sur trois intox qui ont marqué les débats de ces dernières années

Alexis Orsini

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Un drapeau d'opposition au Brexit brandi devant le Parlement britannique, le 29 janvier 2019.
Un drapeau d'opposition au Brexit brandi devant le Parlement britannique, le 29 janvier 2019. — Kirsty Wigglesworth/AP/SIPA
  • Le 31 janvier, au terme de près de trois années de tractations, le Royaume-Uni quitte l'Union européenne.
  • La question du Brexit a clivé les partisans d'un départ et ceux qui prônaient de rester au sein de l'Union européenne... quitte à recourir à des intox pour défendre leur camp.
  • 20 Minutes revient sur trois fausses affirmations particulièrement marquantes. 

Après des années de tractations et de rebondissements politiques, le Royaume-Uni s’apprête à quitter l’Union européenne pour de bon ce vendredi à 23 heures (heure de Londres). L’occasion de revenir, avant l’entrée en vigueur du Brexit, sur certaines intox qui ont rythmé les débats des partisans du « leave » et du « remain » au cours de ce long processus.

La reine, en faveur du Brexit ?

Le 9 mars 2016, à trois mois du référendum très attendu du Brexit, le tabloïd The Sun prétend dévoiler un énorme scoop en titrant en une : « La reine soutient le Brexit ».

Si cette affirmation suscite sans surprise un grand emballement médiatique, elle ne correspond pas vraiment aux informations « révélées » par le tabloïd à succès, qui indiquait simplement qu’Elizabeth II avait critiqué l’Union européenne lors d’un déjeuner avec le vice-Premier ministre Nick Clegg… en 2011.

En plus de publier un démenti cinglant, rappelant que « la reine reste neutre sur le plan politique, comme c’est le cas depuis 63 ans » et qu’il n’était pas question de « comment [er] des ragots fallacieux basés sur des sources anonymes », Buckingham Palace avait dans la foulée saisi l’Independent Press Standards Organisation (Ipso), le régulateur de la presse britannique, pour dénoncer cette une.

Trois mois plus tard, cette instance jugeait cette une « particulièrement trompeuse ». Ce qui n’a pas empêché les médias et les commentateurs politiques de tenter de déceler de multiples « messages codés » de la reine sur le Brexit au gré de ses différentes apparitions médiatiques au cours des trois dernières années.

La participation budgétaire du Royaume-Uni à l’UE lui coûte 350 millions de livres par semaine

C’était l’un des slogans phares de la campagne en faveur du Brexit, une promesse impossible à rater sur les bus rouges vifs où elle était affichée en lettres majuscules : « Nous donnons 350 millions de livres par semaine à l’UE, mieux vaut financer le NHS [le service de santé britannique] avec ».

Invoqué par Boris Johnson comme par Theresa May, l’argument était omniprésent dans les débats opposant les partisans du « leave » à ceux du « remain ». Mais ce chiffre, comme la promesse de le redistribuer au niveau national, étaient en réalité tous les deux trompeurs, comme l’avait notamment dénoncé le bureau britannique des statistiques, en évoquant un « mauvais usage des statistiques officielles ».

Si le Royaume-Uni fournissait bien à l’époque 18 milliards d’euros par an au budget de l’Union européenne – en se basant sur l’estimation de l’année 2015 –, soit l’équivalent de 350 millions par semaine, il fallait toutefois y appliquer le rabais britannique – négocié par Margaret Thatcher en 1984 –, ce qui réduisait ce montant à 13 milliards annuels, soit environ 250 millions de livres hebdomadaires, comme le notait Fullfact.org, association britannique de fact-checking. Et même à 136 millions par semaine en prenant en compte certaines aides financières fournies par Bruxelles au Royaume-Uni.

En pratique, l’entrée en vigueur du Brexit aura un coût supplémentaire important pour le Royaume-Uni, qui devra verser un peu moins de 30 milliards de livres à l’Union européenne – un montant qui a diminué au fil des retards engrangés pour sa sortie définitive, puisqu’il devait à l’origine être de 39 millions – en vertu de l'« accord de divorce » entre les deux parties.

L’affirmation avancée par les partisans du « leave » sur les prétendus 350 millions hebdomadaires a en tout cas laissé des traces puisque, selon un sondage réalisé en 2018, 42 % des Britanniques la croyaient véridique.

Les deux tiers de l’industrie manufacturière dépendent de la demande européenne

C’était l’une des affirmations avancées par Alan Johnson, une personnalité politique du Parti travailliste opposée au Brexit, à l’approche du référendum : « Notre adhésion à l’Union européenne est cruciale pour notre industrie manufacturière. Les deux tiers des emplois [dans ce domaine, qui englobe la fabrication de boissons, de tabac, de textile…] dépendent de la demande européenne. »

Des données obtenues en soustrayant le 1,7 million de salariés du secteur dont les emplois dépendaient des échanges avec d’autres pays de l’UE en 2011, des 2,55 millions d’emplois dans ce domaine comptabilisés au total sur cette même année par le Centre for economics and business research (CEBR).

Le problème, c’est que ce calcul est trompeur : le 1,7 million en question inclut des emplois directement liés aux échanges avec l’UE, mais aussi des emplois indirects. Selon les chiffres actualisés et réellement pertinents fournis par le CEBR à Fullfact.org, le total des emplois concernés avoisinerait plutôt les 436.000, soit 17 % des 2,5 millions de l’industrie manufacturière en 2011.