Brexit: En matière de transport, «concrètement, rien ne change»

INTERVIEW Comment les douanes ont anticipé le Brexit qui prend effet le 31 janvier ? Eléments de réponse avec Jean-Michel Thillier, directeur général adjoint des douanes

Propos recueillis par Caroline Politi

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Illustration du Brexit, divorce entre le Royaume-Uni et l'Europe.
Illustration du Brexit, divorce entre le Royaume-Uni et l'Europe. — AFP
  • Le Brexit entre en vigueur ce vendredi, mais dans les gares, les aéroports ou sur la route, « les contrôles seront identiques à ce qu’ils sont aujourd’hui », annonce Jean-Michel Thillier, directeur général adjoint des douanes.
  • « A la fin de la transition, un Britannique qui arrivera sur le sol français sera considéré comme un voyageur venant d’Argentine, des Etats-Unis ou de Chine donc s’il ramène des marchandises dont la valeur est supérieure à un certain montant, elles seront taxées mais cela peut changer si un accord assoupli est négocié. »

Chaque année, plus de 30 millions de personnes transitent entre la France et la Grande-Bretagne, dont près de 11 millions en Eurostar. La sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne – le Brexit entrera en vigueur samedi – va-t-elle perturber cette mobilité ? Comment se passera la période de transition. Eléments de réponse avec Jean-Michel Thillier, directeur général adjoint des douanes.

Après trois ans et demi de négociations, le Brexit entre en application samedi. Doit-on s’attendre dès ce week-end à des files d’attente interminables pour prendre l’Eurostar ou l’avion vers la Grande-Bretagne ?

Pas du tout ! A partir du 1er février, on entre dans une période de transition. Donc concrètement, rien ne change. Les contrôles dans les gares, aéroports ou sur les routes seront identiques à ce qu’ils sont aujourd’hui. De même, la réglementation en matière d’import ou export de marchandises est la même. Cette période, qui doit permettre de préparer la mise en œuvre de l’accord, notamment sur le libre-échange, doit théoriquement se terminer le 31 décembre mais peut être prolongée jusqu’en 2022.

Et que se passera-t-il lorsque cette période de transition sera achevée ?

A priori, il ne devrait pas y avoir de système de visas mais les contrôles seront approfondis de part et d’autre de la frontière. Comme le Royaume-Uni ne faisait pas partie de l’espace Schengen, on ne part pas de rien, des postes de contrôle existent déjà, ils seront simplement renforcés. Mais de nombreux points restent encore en suspens et doivent faire l’objet de négociations.

Lesquels ?

Par exemple, sur tout ce qui concerne les voyages avec les animaux de compagnie ou sur les marchandises. A la fin de la transition, un Britannique qui arrivera sur le sol français sera considéré comme un voyageur venant d’Argentine, des Etats-Unis ou de Chine donc s’il ramène des marchandises dont la valeur est supérieure à un certain montant – souvent 300 euros –, elles seront taxées mais cela peut changer si un accord assoupli est négocié. A l’export, les étrangers pourront bénéficier de la détaxe.

Comment vous êtes-vous préparé au Brexit ?

Depuis près de 18 mois, une cinquantaine de personnes travaillent à plein temps sur le Brexit pour adapter cette sortie, y compris par exemple l’informatique. Si les choses ne changent pas fondamentalement en matière de trafic de passagers, le transport de marchandises, lui, demande plus d’anticipation. Il faut bien se rendre compte que 10 millions de camions transitent chaque année entre nos deux pays. Il faut donc réfléchir à des solutions en matière de fret et de frontières physique afin que le temps de traversée reste court.