Oui, Aurore Bergé a bien quitté l’Assemblée nationale en pleine séance (mais c'était en 2018)

FAKE OFF Une vidéo se moquant d'une intervention d'Aurore Bergé à l'Assemblée nationale est très partagée ces derniers jours, alors qu'elle date en réalité de 2018

Alexis Orsini

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Aurore Bergé à l'Assemblée nationale, le 15 octobre 2019.
Aurore Bergé à l'Assemblée nationale, le 15 octobre 2019. — CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP
  • Des milliers de vues et de nombreux commentaires critiques : sur Facebook et Twitter, une vidéo montrant une intervention de la députée LREM Aurore Bergé à l'Assemblée nationale rencontre un grand succès ces derniers jours.
  • « Aurore Bergé, qui était absente des débats, arrive et lit une fiche toute prête. Problème : sa voisine venait déjà de la lire. Vexée, elle quitte immédiatement l’hémicycle », affirme la légende de cette séquence. 
  • Sa présentation laisse toutefois penser qu'elle est récente, alors qu'elle remonte en réalité à l'été 2018, en pleine affaire Benalla.

Déjà ciblée régulièrement par de fausses citations parodiques – prises au sérieux par certains internautes –, la députée La République en marche (LREM) des Yvelines, Aurore Bergé, est, depuis quelques jours, très critiquée pour un impair qu’elle aurait récemment commis devant ses confrères parlementaires.


« Situation hallucinante à l’Assemblée : la députée LREM Aurore Bergé, qui était absente des débats, arrive et lit une fiche toute prête. Problème : sa voisine venait déjà de la lire. Vexée, elle quitte immédiatement l’hémicycle », s’amuse ainsi la légende d’une vidéo très reprise sur Facebook et sur Twitter, notamment par Florian Philippot, des Patriotes, qui y voit un symbole du  « naufrage » du « macronisme ».

On y voit Aurore Bergé s’en prendre, fiche à la main, aux élus de l’opposition, auxquels elle lance notamment : « Vous devriez être, comme nous, attachés au bon déroulement des débats ou alors assumer clairement la tentative de sabotage qui est la vôtre depuis le début de nos travaux parlementaires sur la réforme de la Constitution ». Puis, dans la foulée, le député Les Républicains (LR) du Pas-de-Calais, Pierre-Henri Dumont, provoquer les rires de l’Assemblée lorsqu’il rappelle à sa collègue « que si elle avait suivi les débats depuis le début, elle n’aurait pas eu à relire la fiche que sa voisine venait de lire il y a quelques minutes ».

En guise de réponse, Aurore Bergé brandit un ouvrage rouge et bleu depuis son siège tout en articulant des propos inaudibles, avant de quitter les bancs de l’Assemblée, son sac à la main, comme le montre un plan large de l’hémicycle diffusé pendant la prise de parole de Pierre-Henri Dumont.

FAKE OFF

Contrairement à ce que laissent penser les descriptions de ces posts – et leur viralité soudaine –, cette scène remonte en réalité à l’été 2018, en pleine affaire Alexandre Benalla : on retrouve d’ailleurs la même séquence vidéo et la légende critique l’accompagnant dans des tweets publiés à cette époque.

La scène a plus précisément été filmée le 20 juillet 2018, comme on peut le lire clairement sur le bandeau inférieur de la vidéo, qui indique également que cette séance parlementaire animée était consacrée à la « loi constitutionnelle pour une démocratie plus représentative ». Ce qui n’a pas empêché l’affaire Benalla – et notamment la commission d’enquête créée sur ce sujet la veille – d’occuper une partie des débats, à l’initiative notamment de plusieurs élus d’opposition.

Quinze minutes avant l’intervention d’Aurore Bergé, sa consœur Marie-Pierre Rixain, députée LREM de l’Essonne, intervenait déjà pour dénoncer ces dérives, comme on peut le voir à 2’54’02 sur l’archive vidéo de l’Assemblée nationale : « Chers collègues, si nous tournons en rond, c’est parce que vous menez la ronde de l’obstruction. Nous avons été élus pour contrôler l’action du gouvernement. […] C’est l’objet de la réforme constitutionnelle qui est à l’ordre du jour de notre assemblée. Il me semble que l’usage de la tribune à des fins médiatiques entretient un antiparlementarisme qui, en des temps anciens, a conduit non pas à des crises politiques, mais à des drames de l’histoire. »

Ce n’est qu’après les interventions de plusieurs membres de l’opposition – dont Alexis Corbière pour La France insoumise (LFI), et Nicolas Dupont-Aignan pour Debout la France (DLF) – qu’Aurore Bergé prend la parole (à partir de 3’10’37), pour tenir des propos effectivement semblables à ceux de Marie-Pierre Rixain : « Vous parlez d’absence de sérénité dans les débats ; je réponds obstruction parlementaire ! […] Cela démontre que c’est vous qui empêchez la sérénité des débats dans cet hémicycle. Dans le cadre de la réforme constitutionnelle, vous nous accusez sans cesse de tenter d’affaiblir le Parlement ; mais affaiblir le Parlement, c’est justement nous empêcher de reprendre nos travaux et saboter le bon déroulement de la séance ». Son intervention s’achève, comme dans la séquence virale, sur la critique de ce qu’elle qualifie de « tentative de sabotage ».

Un passage sur BFMTV peu après avoir quitté l’Assemblée nationale

Au cours de sa prise de parole, Aurore Bergé consulte à plusieurs reprises une fiche qu’elle tient d’abord sur la couverture d’un ouvrage bleu et rouge – le règlement de l’Assemblée nationale, également visible dans les mains de Jean-Luc Mélenchon quelques minutes plus tôt –, avant de finir par garder uniquement la fiche à portée de vue.

Elle quitte ensuite l’hémicycle pendant l’intervention de Pierre-Henri Dumont, aux alentours de 18h, comme elle le reconnaîtra elle-même dès 18h42 sur l’antenne de BFMTV. « J’ai quitté l’Assemblée il y a quelques minutes pour vous rejoindre », y lance-t-elle en préambule, avant de dénoncer une « escalade assez guignolesque de la part de l’opposition ».