Non, le coronavirus n’a pas été créé (ni breveté) aux Etats-Unis

FAKE OFF Certains internautes affirment (à tort), brevet à l’appui, que le coronavirus aurait été créé aux Etats-Unis il y a quelques années

Alexis Orsini

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Un laboratoire de l'hôpital Bulovce de Prague, lors d'une conférence de presse sur le coronavirus, le 27 janvier 2020.
Un laboratoire de l'hôpital Bulovce de Prague, lors d'une conférence de presse sur le coronavirus, le 27 janvier 2020. — Katerina Sulova/AP/SIPA
  • Le coronavirus, qui a déjà fait 81 morts en Chine, aurait été créé en 2003 aux Etats-Unis, selon un post Facebook largement partagé.
  • Pour étayer ses dires, il s’appuie sur un brevet déposé par l’agence fédérale des Etats-Unis en charge de la santé publique.
  • Mais ce document concerne en réalité le SRAS, l’un des différents virus de la famille du coronavirus, et n’indique par ailleurs nullement qu’il a été « créé » en laboratoire.

L’épidémie de coronavirus apparue mi-décembre en Chine, responsable, à ce jour, de 81 morts et plus de 2.700 contaminations – ainsi que d’une vague de fortes inquiétudes au niveau international – trouverait-elle en réalité son origine aux Etats-Unis ?

C’est en tout cas ce qu’affirment plusieurs posts viraux sur les réseaux sociaux, en prétendant avoir découvert une information cruciale autour du coronavirus. « Je ne voudrais pas mourir bête alors j’ai fait des recherches sur des sites médicaux américains, je découvre que le coronavirus n’est pas nouveau, [qu’il] a été créé en 2003 aux USA et que bizarrement quelque chose devrait se passer ce 24 janvier 2020 ! », avance ainsi un post Facebook partagé près de 2.000 fois et illustré d’extraits du brevet en question.

« Le coronavirus est un virus breveté américain […] qui arrive à expiration le 23 janvier 2020. Donc quoi de mieux que de lancer une épidémie pour vendre leurs vaccins avant expiration », soutient un autre post aux accents complotistes, tout en citant le même document. Quitte à confondre une souche du coronavirus jusqu’ici inédite (celle de Wuhan) avec d’autres souches de cette famille de « virus à couronnes » – en référence à leur apparence, observable grâce à un microscope électronique –, qui peuvent provoquer des symptômes assez bénins (tels qu’un rhume) comme des cas bien plus graves.

FAKE OFF

Si le brevet mis en avant par ces deux posts existe bel et bien, il est consacré au SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère), une autre souche du coronavirus, qui avait provoqué plus de 700 décès entre 2002 et 2003 après son apparition en Chine.

Une simple lecture des premières pages de ce document daté d’avril 2004 et breveté par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), l’organisme fédéral américain en charge de la santé publique, permet de constater qu’il y est bien question de cette souche précise et pas de celle apparue en décembre dernier, aujourd’hui connue sous le nom de « 2019-nCoV » : « Nous dévoilons ici un coronavirus […] nouvellement isolé (le SARS-CoV), un agent à l’origine de problèmes respiratoires particulièrement aigus (SRAS) », peut-on lire sur le brevet.

« [Ce document] fournit les techniques et les compositions utiles afin de détecter la présence […] du SARS-CoV dans un échantillon et/ou pour diagnostiquer une infection au SARS-CoV chez un sujet », indique par ailleurs clairement le résumé de ce brevet de 72 pages.

Ce virus s’avère toutefois « semblable à 80 % à celui du SRAS », comme l’expliquait récemment à 20 Minutes le professeur Yazdan Yazdanpanah, chef du Service des maladies infectieuses et tropicales de l’Hôpital Bichat, à Paris.

Aucun vaccin existant à ce jour

Et contrairement à ce qu’affirme l’un des posts, aucun vaccin n’existe à ce jour pour le « 2019-nCoV ».

Pourquoi les CDC ont-ils tenu à breveter la séquence génétique du virus en 2003 ? Si leurs représentants n’avaient pas donné suite à nos sollicitations avant la parution de l’article, les CDC avaient justifié leur démarche à l’époque, en expliquant qu’elle visait à œuvrer pour la santé publique : « L’objectif même de ce brevet est d’éviter que d’autres ne puissent contrôler cette technologie. Nous le [brevetons] afin de donner à l’industrie et aux chercheurs un accès raisonnable aux échantillons. »

Le brevetage d’une séquence génétique de ce type n’est toutefois plus possible aux Etats-Unis aujourd’hui, depuis une décision rendue par la Cour suprême en 2013, selon un juriste cité par FactCheck.org.