Marseille : Une nouvelle société d’aménagement pour lutter contre l’habitat indigne, les associations déjà inquiètes

URBANISME Une société publique locale d’aménagement d’intérêt national doit être créée à Marseille dans le but de rénover près de 4.000 immeubles insalubres ou en arrêté de péril.

Adrien Max

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L'état de délabrement de certains immeubles à Marseille après le drame de la rue d'Aubagne. Le 31 janvier 2019.
L'état de délabrement de certains immeubles à Marseille après le drame de la rue d'Aubagne. Le 31 janvier 2019. — Adrien Max / 20 Minutes
  • Le collectif du 5 novembre organise une nouvelle marche contre le mal-logement ce samedi à Marseille.
  • Une société publique locale d’aménagement d’intérêt national doit être créée à Marseille pour faire face aux 4.000 logements insalubres ou en arrêté de péril.
  • Mais des associations et collectifs s’inquiètent de la part importante occupée par la Métropole et craignent que les mêmes actions que celle menées depuis 10 ans se répètent.

Une nouvelle mobilisation contre le mal-logement à Marseille. Le collectif du 5 novembre, né après l' effondrement de la rue d'Aubagne qui a causé huit morts à Marseille en novembre 2018, organise une nouvelle manifestation ce samedi à 14h place Carli. « Malgré la mort de huit personnes sous les effondrements du 5 novembre 2018, la crise du mal-logement continue à Marseille. Plus de 4 000 personnes ont été délogées et aucun plan pour la rénovation des 40 000 logements indignes n’est envisagé ! », écrivent-ils. Cette manifestation est aussi organisée en soutien à Kevin Vacher, un militant du collectif qui sera jugé pour avoir mené une action au bailleur social Marseille Habitat.

Si le collectif dénonce « aucun plan pour la rénovation des logements indignes », une société publique locale d’aménagement d’intérêt national (Splain) a été votée lors du dernier conseil métropolitain de la métropole d’Aix-Marseille. Ce partenariat alliera « la métropole, l’Etat par l’intermédiaire de l’établissement public d’aménagement Euroméditerranée et la ville de Marseille », détaille la délibération votée par la métropole.

Réaménager et redynamiser le centre-ville, lutter contre l’habitat indigne

« Le plan signé avec la présidente de la métropole de Marseille et le maire de Marseille nous donne un objectif à tous pour les années qui viennent pour réaménager ce centre-ville, lutter contre l’habitat indigne, redynamiser la vocation commerciale de ce centre-ville. L’Etat aura une participation au capital de 35 %, le reste sera réparti entre la métropole et la ville. Ça permettra notamment de financer un certain nombre d’opérations. Et l’Etat sera présent bien entendu », précise Pierre Dartout, le préfet des Bouches du Rhône.

La création de cette Splain devait être entérinée fin 2019, mais la ville ne prendra une délibération pour qu’elle voie le jour que lors du conseil municipal de lundi prochain. Une première source d’inquiétude pour Emmanuel Partis, du collectif du 5 novembre. « Cette société est annoncée depuis un moment, elle devait voir le jour fin 2019 et elle n’est toujours pas créée », regrette-t-il.

« L’autorité forte de la métropole »

Mais ce n’est pas tout. « La métropole possédera 59 % de cette société, l’Etat 35 %, et la ville 6 %. La question de l’autorité forte de la métropole se pose clairement. La préfète déléguée à l’égalité nous a déjà prévenus que l’Etat n’aurait qu’un rôle de facilitateur, et d’accompagnateur. On craint qu’il se reproduise la même chose qu’avec la Soleam [une autre société publique de résorption de l’habitat indigne », à savoir un manque total de concertation avec les habitants sur ces grands projets », s’inquiète cet urbaniste qui a justement travaillé à la Soléam. De nombreux collectifs citoyens ont demandé à être représentés dans le conseil d’administration de la Soléam, « sans recevoir de réponse de la Métropole », assure-t-on de leur côté. Avec la crainte que les mêmes erreurs que celles du passé soient reproduites.

Pour Patrick Lacoste, d’un centre-ville pour tous, la participation de l’Etat via Euromed représente déjà une certaine crainte. « Il s’agit d’un projet global qui devait compiler l’emploi, l’activité économique et immobilière et on se rend compte qu’Euromed fait uniquement de la valorisation immobilière. Ça ne garantit aucunement un projet global avec un équilibre social et de l’habitat », considère-t-il. Une réelle nécessite pourtant au vu de la tâche, on estime qu’il y a 4.000 immeubles insalubres ou en péril à Marseille.