Bien-être animal : Il faut protéger les lanceurs d'alerte, avertissent 130 chercheurs dans une lettre ouverte

DÉBAT PUBLIC Les chercheurs s’inquiètent de l'« influence grandissante [des lobbies de l’élevage] dans les décisions publiques qui prend une dimension inquiétante pour notre démocratie »

20 Minutes avec agences

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Une vache dans un pré (illustration).
Une vache dans un pré (illustration). — ALLILI MOURAD/SIPA

Quelque 130 enseignants-chercheurs ont demandé, ce mardi, que les lanceurs d’alerte sur la question du bien-être animal soient mieux protégés. Leur demande a été formulée dans une lettre ouverte, adressée à la Garde des Sceaux. Les enseignants s’inquiètent de la sécurité des lanceurs d’alerte face à « l’influence grandissante » des lobbies de l’élevage, qui mènent depuis plusieurs mois une « campagne active ». Avec, à la clé, une « influence grandissante dans les décisions publiques qui prend une dimension inquiétante pour notre démocratie ».

Les chercheurs visent notamment la cellule de gendarmerie Demeter. Créée en octobre 2019, la structure est chargée du « suivi des atteintes au monde agricole » via des conseils aux éleveurs, de l’enquête et le traitement judiciaire des atteintes. « Le dévoiement […] de ressources publiques, dont celles du renseignement chargé d’assurer la protection des populations civiles contre des actes meurtriers est inquiétant », dénoncent-ils.

Une « confiscation du débat public »

Selon les enseignants, « la pénalisation des lanceurs d’alerte priverait d’une source d’information essentielle ». « Si nous n’avons plus de vidéos de lanceurs d’alerte, nous serons incapables de dire ce qui se passe à l’intérieur des élevages », selon Romain Espinosa, chargé de recherche au CNRS, parlant de « confiscation du débat public ». « Aujourd’hui le débat sur le bien-être animal est entré dans la sphère publique. »

« Il ne s’agit pas de critiquer les petits élevages, mais l’élevage intensif, les hangars avec les dizaines de milliers de poulets », poursuit l’économiste. L’université Rennes 2, où il travaille, a lancé en octobre 2019 un diplôme universitaire « Animaux et société ». La présence de l’association L214 parmi les intervenants avait créé la polémique.