« Parcoursup a fait des progrès, mais n’a pas encore atteint son régime de croisière », estime Isabelle Falque-Pierrotin

INTERVIEW Isabelle Falque-Pierrotin, la présidente du Comité éthique et scientifique de Parcoursup, observe des améliorations de la plateforme en 2019, même si elle est encore largement perfectible

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Isabelle Falque-Perrotin, présidente du Comité éthique et scientifique de Parcoursup
Isabelle Falque-Perrotin, présidente du Comité éthique et scientifique de Parcoursup — JOEL SAGET / AFP
  • La procédure Parcoursup 2020 a démarré fin janvier. Les lycéens de terminale et les étudiants en réorientation peuvent y formuler des vœux d’orientation.
  • Isabelle Falque-Pierrotin, la présidente du Comité éthique et scientifique de Parcoursup, une instance indépendante, juge que la plateforme a fait des progrès en transparence, en efficience et en équité.
  • Mais Parcoursup doit notamment encore améliorer son information sur la phase complémentaire et permettre aux bacheliers professionnels et techniques de trouver plus facilement leur place dans l’enseignement supérieur.

Très décrié à son lancement en 2018, Parcoursup fait moins parler d’elle. Mais ce n’est pas pour autant que la plateforme n’a que des bons points. Alors que sa session 2020 a démarré fin janvier, Isabelle Falque-Pierrotin, la présidente du Comité éthique et scientifique de Parcoursup (instance indépendante du ministère de l’Enseignement supérieur) fait le point sur les améliorations de la plateforme et les challenges qui lui reste encore à relever.

En quoi Parcoursup a progressé cette année ? G

Parcoursup a fait des progrès, même si elle n’a pas encore atteint son régime de croisière. La transparence de la procédure s’est bien améliorée. Car auparavant, les attendus n’étaient pas suffisamment clairs. Mais cette année, ils sont bien mieux documentés. Le calendrier de la procédure a été aussi resserré, ce qui a permis à Parcoursup de gagner en efficacité.

Y a-t-il eu moins de bacheliers et d’étudiants en réorientation sans inscription à la rentrée 2019 qu’à la rentrée 2018 ?

Au total, toutes phases confondues, le pourcentage de nouveaux bacheliers qui ont quitté la plateforme sans être « admis » (avec ou sans proposition) est passé de 23 % en 2018 à 16 % en 2019. Et la fin de la procédure, 52.000 candidats supplémentaires ont accepté une proposition de formation en 2019 par rapport à 2018. C’est positif. Par ailleurs, les quotas de boursiers parmi les candidats ont été mieux respectés par les différentes formations : en 2018, 51 % des formations avaient appliqué un quota de boursiers inférieur à la proportion de boursiers parmi les candidats et en 2019, seulement 2 % des formations l’ont fait.

Comment pouvez-vous savoir si les jeunes ayant accepté une inscription ne l’ont pas accepté faute de mieux ? Les orientations par défaut ont-elles réellement diminué ?

Il est difficile de le savoir, car aucune enquête qualitative n’a été menée sur la procédure. Mais 1.534 formations de plus étaient disponibles sur la plateforme en 2019, offrant ainsi 50.000 places supplémentaires. Cette augmentation est due d’une part aux formations en apprentissage, et, d’autre part, à l’arrivée sur Parcoursup de nouvelles formations telles que les IFSI (institut de formation en soins infirmiers) et en EFTS (établissement de formation en travail social). Ce qui a permis aux candidats d’avoir plus de choix et donc, potentiellement, de moins s’orienter par défaut.

Parcoursup était accusé de privilégier les élèves des lycées de Paris intra-muros au détriment de ceux de banlieue dans les filières en tension. Est-ce toujours le cas ?

Non, car en 2019, les jeunes Franciliens ont pu non seulement postuler dans leur académie, mais aussi sur toute la région. Ce qui a permis une meilleure mobilité des étudiants. Et les universités parisiennes ont moins sélectionné les dossiers en fonction de l’origine du lycée. Par ailleurs, les universités parisiennes ont fait un gros effort pour accueillir davantage de jeunes boursiers.

Parcoursup a-t-il permis aux étudiants d’être plus mobiles et d’aller étudier dans une université loin de chez eux ?

Oui, un peu plus, même si ce n’est pas de façon spectaculaire : ils ont été 13.000 de plus en 2019 (+12 %) par rapport à 2018 à accepter une proposition dans une académie qui n’était pas la leur.

Parcoursup a-t-il eu un impact positif sur la réussite des étudiants de première année ?

C’est un peu trop tôt pour répondre à cette question. Il faut attendre encore au moins un an pour évaluer le pourcentage d’étudiants ayant réussi leur licence en trois ans et le comparer au chiffre portant sur l’époque d’Admission Post-Bac (APB). Mais les présidents d’université indiquent que le taux d’abandons dans les différentes filières a baissé depuis l’avènement de Parcoursup.

Les parcours « Oui si » ont-ils prouvé leur efficacité ?

Même chose, il faut attendre encore pour voir si le dispositif est efficient et si les étudiants réussissent mieux en fin de licence. Mais l’on sait déjà que la majorité des étudiants qui ont bénéficié d’une procédure « Oui si » et d’une remise à niveau ont pu regagner la filière qu’ils visaient. Avec un bémol cependant : les dispositifs d’aide à la réussite sont de qualités variables, selon les universités.

Mais des réponses favorables à des vœux d’études supérieures ont été envoyées par erreur. Comment expliquer un tel bug informatique ? Est-ce possible que cela se reproduise ?

C’est toujours possible. Et un effort de formation doit être mené pour aider les universités à mieux paramétrer leurs listes d’attente sur Parcoursup.

Quelles leçons pourrait-on tirer des plateformes similaires à Parcoursup à l’international ?

Un de nos objectifs de l’année est justement de regarder les bonnes pratiques à l’international.

Quelles sont les marges de progrès de Parcoursup pour les prochaines années ?

Il y a encore des progrès à faire pour informer les usagers, car encore trop d’entre eux ne comprennent pas comment fonctionne la procédure complémentaire, qui vise à proposer des formations aux candidats qui n’ont pas reçu de réponses positives en phase principale, ou qui ne sont pas satisfaits par les propositions qui leur ont été faites. Et il va aussi falloir travailler la manière dont Parcoursup va s’adapter au nouveau bac, les séries ayant disparu au profit de spécialités.

Comment seront redéfinis les attendus des formations et quels seront les critères d’examen de ces dossiers (notes de contrôle continu, notes du bac français, notes aux épreuves terminales de mars, bulletins) ? La sécurité de l’algorithme doit aussi être renforcée. Enfin, les bacheliers professionnels et techniques ne semblent pas encore suffisamment représentés dans les formations du supérieur, notamment en BTS et en DUT.