Qui sont les « Veilleurs de mémoire » des cimetières juifs en Alsace ?

JUDAISME En Alsace où il y a eu plusieurs profanations de cimetières juifs ces dernières années, des citoyens se mobilisent pour protéger ces lieux de mémoire

Thibaut Gagnepain et Gilles Varela

— 

Le cimetière juif de Mackenheim (Bas-Rhin). Anne-Sophie Stockbauer-Zemb, «Veilleurs de mémoire». Le 16 janvier 2020.
Le cimetière juif de Mackenheim (Bas-Rhin). Anne-Sophie Stockbauer-Zemb, «Veilleurs de mémoire». Le 16 janvier 2020. — G. Varela / 20 Minutes
  • La profanation du cimetière de Westhoffen début décembre est venue le rappeler : des actes malveillants persistent en Alsace contre la communauté israélite.
  • Pour éviter cela, les présidents des départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin ont lancé un nouveau dispositif, celui des « Veilleurs de mémoire » : des citoyens volontaires qui surveillent de temps en temps ces cimetières.

Il faut s’aventurer sur des chemins de terre étroits pour découvrir, isolé et en lisière de forêt, pour trouver le petit cimetière israélite de Mackenheim, dans le Bas-Rhin. Un lieu silencieux, bien loin de la première habitation située à près de deux kilomètres. « J’allais dire que c’est la force de ce cimetière, parce qu'il n'a jamais été profané », sourit Anne-Sophie Stockbauer-Zemb, une habitante historique de la petite commune du centre de l'Alsace, située le long du Rhin. « J’espère bien cela le restera ainsi. » La jeune femme s’y emploie en venant y faire des rondes très régulièrement.

Comme elle, ils sont une aujourd’hui une petite trentaine de « Veilleurs de mémoire » en Alsace. Tous ont répondu à l’appel des présidents des deux départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin. Brigitte Klinkert et Frédéric Bierry ont lancé cette initiative au printemps dernier, quelques mois après l'apparition de croix gammées au cimetière de Quatzenheim en février 2019.

La moitié des cimetières a son « Veilleur de mémoire »

« Devant la recrudescence des profanations, j’ai souhaité une présence rassurante et dissuasive dans les cimetières juifs pour prévenir de nouveaux actes malveillants », avait notamment déclaré Frédéric Bierry, dont l’assemblée départementale a voté à l’unanimité la mise en place du dispositif cet automne.

Dans le Haut-Rhin, une vingtaine de bénévoles patrouillent déjà. La phase de recrutement dans le Bas-Rhin, débutée en décembre, se poursuit. « Sur la quarantaine de cimetières que nous avons à couvrir, nous avons trouvé quelqu’un pour près de la moitié », comptabilise Philippe Ichter, qui gère les « embauches », en relation avec les consistoires. « Tous les lieux ne seront pas couverts dès le début mais ce n’est pas grave, nous sommes sur un travail à long terme. »

Le cimetière de Mackenheim (Bas-Rhin). Le 16 janvier 2020.
Le cimetière de Mackenheim (Bas-Rhin). Le 16 janvier 2020. - G. Varela / 20 Minutes

Comment procède-t-il pour trouver des volontaires ? « Nous nous tournons déjà vers les personnes voisines des cimetières ou ceux qui étaient habitués à y aller », répond le chargé de mission relations avec les cultes et dialogue interreligieux. « On ne leur pose pas la question de la religion et on ne leur impose rien. Le judaïsme rural a disparu en Alsace. On cherche d’abord des gens humanistes et on leur fait juste signer une charte, pour des questions d’assurances. »

« On ne cherche pas des super-héros »

C’est comme cela qu’Anne-Sophie Stockbauer-Zemb, catholique, a intégré l’équipe des « Veilleurs de mémoire » et surveille une centaine de stèles. Mère de famille, travaillant à Strasbourg, la trentenaire a envie de s’investir, « car c’est important ». « Je le faisais avant officieusement », avoue la jeune femme. « Je me baladais et un petit tour au cimetière, c’est vite fait. Alors vu l’actualité, ça me paraissait naturel de continuer. Je suis native d’ici et je suis passionnée d’histoire et du patrimoine, que j’ai étudié à l’université de Strasbourg. »

Son rôle, elle le voit d’abord comme une « démarche citoyenne ». « On ne doit pas se substituer aux présidents des communautés juives du Bas-Rhin, mais bosser de concert avec eux car souvent, ils n’habitent plus sur place », insiste la trentenaire. « On ne cherche pas des super-héros », appuie Philippe Ichter. « On veut juste des personnes qui font attention et pourront ensuite témoigner de leur expérience auprès de collégiens. » C’est là l’autre volet, à visée éducative, du projet. Pour que les profanations cessent définitivement.