Un policier a-t-il bien menacé de jeter une « grenade explosive » sur des manifestants ?

FAKE OFF Une vidéo partagée sur Twitter prétend montrer un policier prêt à dégoupiller une « grenade explosive » alors qu’il est entouré de manifestants

Alexis Orsini
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Des forces de l'ordre à Paris, le 9 janvier 2020.
Des forces de l'ordre à Paris, le 9 janvier 2020. — Bastien Louvet/SIPA
  • Sur Twitter, une vidéo de sept secondes montrant un policier sur le point de dégoupiller une « grenade explosive » face à des manifestants connaît une grande visibilité.
  • Elle choque notamment des internautes convaincus qu’il s’agit d’une grenade digne d’un arsenal de guerre.
  • Il s’agit en réalité d’une simple grenade de désencerclement, qui a déjà provoqué de graves blessures, et dont l’utilisation par les forces de l’ordre est soumise à un cadre strict.

Sa grenade brandie en évidence devant lui, un membre des forces de l’ordre semble sur le point de la dégoupiller et de l’utiliser contre les manifestants qui lui font face, malgré leurs cris de stupeur. Il n’en fera finalement rien, un collègue le saisissant finalement par le bras avant de le faire reculer de quelques pas.

Ces sept secondes de vidéo provoquent de vives réactions sur les réseaux sociaux, où elle connaît une visibilité importante. « INSOLITE : un policier calme un collègue sur le point de dégoupiller une grenade explosive au milieu de la foule », affirme ainsi l’un des tweets la relayant, quitte à susciter de sérieuses interrogations chez certains internautes (« Ils ont des grenades explosives sur eux ? Sérieux ? »).


Mais contrairement à ce que laissent penser ces messages inquiétants, la grenade en question – brandie lors de la manifestation parisienne contre la réforme du 9 janvier – n’est pas « explosive ».

FAKE OFF

« Il s’agit d’une grenade de désencerclement, et pas du tout d’une grenade de guerre qui pourrait tuer des dizaines de personnes, comme on peut le lire sur Twitter », nous indique Maxime Reynié, journaliste et créateur du site « Maintien de l’ordre », consacré aux dispositifs et aux doctrines policières en la matière.

« L’usage de ces grenades à main de désencerclement est restreint à un cadre strict, lorsqu’un policier doit se dégager d’une foule ou créer un passage. Elle est dégoupillée à hauteur d’homme mais doit être jetée au sol. Elle s’accompagne d’une détonation assez forte et de la projection de palets en caoutchouc », nous précise le Service d’information et de communication de la police nationale (Sicop).

La séquence de sept secondes est extraite d’une vidéo intitulée « Grève générale : police sans états d’âme », mise en ligne sur YouTube le 10 janvier par le média QG TV : on la retrouve de fait en intégralité à partir de 17’34 ci-dessous, ce qui permet de constater que le policier en question retourne bien parmi ses collègues après coup. Contactée par 20 Minutes, la préfecture de police n’avait pas donné suite à nos sollicitations avant la publication de l’article.

Un manifestant éborgné par une telle grenade en 2016

AdcaZz, l’auteur de ces images, nous raconte en revanche ses souvenirs de cette journée marquée par de « nombreuses interpellations injustifiées » : « A ce moment-là, je me trouvais au milieu du cortège, et deux personnes qui ne manifestaient pas mais traversaient juste la rue Saint-Lazare ont reçu un pétard aux pieds, donc elles ont été choquées. Des manifestants se sont arrêtés pour leur demander si ça allait, et les policiers ont dû avoir peur d’un attroupement donc ils ont commencé à nous encercler. C’est là que le policier a sorti sa grenade à la main, avant qu’un collègue ne le dissuade de l’utiliser : s’il l’avait vraiment dégoupillée, ça aurait pu faire de gros dégâts ».

« Il arrive souvent que des policiers paniquent et sortent la grenade de désencerclement pour dire aux manifestants de reculer », souligne Maxime Reynié, tout en rappelant que, si la grenade de désencerclement est bien moins dangereuse que la décriée GLI F4 ou que la GM2L, elle peut aussi provoquer de graves blessures. Notamment en 2016, lors de la mobilisation contre la loi Travail, quand un manifestant avait perdu un œil après l’usage d’une telle grenade par un CRS, renvoyé aux assises pour « lancer injustifié ».