Evreux : Un avocat va attaquer l’Etat pour des conditions de détention jugées indignes

JUSTICE Après avoir visité quarante cellules, Étienne Noël a dénoncé « des conditions de détention humiliantes et dégradantes » pour les détenus de cet établissement largement surpeuplé

20 Minutes avec agence

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Une prison (illustration).
Une prison (illustration). — M.Libert / 20 Minutes

Promiscuité, manque d’hygiène, surpopulation… La maison d’arrêt d’Évreux ( Eure) est dans le viseur de l’avocat pénaliste Étienne Noël, spécialisé dans le respect du droit des détenus. Jeudi dernier, celui que l’on surnomme « l’avocat des taulards » s’est fait ouvrir les portes de l’établissement pour y réaliser une expertise des conditions de vie des détenus, rapporte France Bleu Normandie.

Mandaté par douze anciens détenus et par un prisonnier toujours incarcéré, l’avocat a visité quarante cellules durant près de cinq heures avec un expert.

Promiscuité et manque d’hygiène

« Au risque de choquer, la maison d’arrêt d’Évreux me fait penser au centre pénitentiaire de Baie Mahault, en Guadeloupe, pas en termes d’humidité ni de chaleur, mais en termes de surpopulation », déclare-t-il auprès de la radio. L’établissement accueille actuellement 307 détenus dans 110 cellules.

L’avocat s’inquiète également de la promiscuité entre les détenus, de l’état de délabrement des installations sanitaires, et surtout du manque d’espace. « L’expert n’imaginait pas qu’on puisse préparer sa bouffe à peine un mètre de l’endroit où on allait déféquer quelques heures après », s’emporte le pénaliste. « Quand bien même ces cellules seraient occupées par deux personnes, les détenus n’ont pas de quoi aller et venir normalement. »

Un espace de 3 m2 minimum par détenu

Dans un arrêt de 2013, la Cour européenne des Droits de l’homme rappelle que chaque détenu doit pouvoir disposer de trois mètres carrés minimum pour se déplacer librement dans sa cellule. « En dessous de trois mètres carrés, on est en face d’un traitement humiliant et dégradant », estime l'avocat.

L’avocat compte désormais attaquer l’État en justice. Il réclamera des dommages-intérêts pour le préjudice moral subi par ses clients. Une dizaine d’anciens ou actuels détenus pourraient bientôt rejoindre la procédure, aux côtés des treize premiers clients.