Affaire Gabriel Matzneff : Publier l’écrivain « devenait de plus en plus problématique », pour Antoine Gallimard

DÉCLARATION La maison d’édition a annoncé mardi l’arrêt de la commercialisation du Journal de Gabriel Matzneff, qu’elle publiait depuis trente ans

20 Minutes avec AFP

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Gabriel Matzneff, à Paris, en 2006.
Gabriel Matzneff, à Paris, en 2006. — BALTEL/SIPA

Le PDG des éditions Gallimard, qui ont interrompu cette semaine la vente du Journal de Gabriel Matznef, objet d’une enquête pour viol sur mineur, affirme dimanche qu’elle « devenait de plus en plus problématique » en raison du « lien » de ses écrits avec des « faits réels concernant des personnes vivantes ».

« Je sentais bien que le lien, la tension entre ses écrits et la vie réelle devenait de plus en plus problématique et que l’esprit de transgression ne pouvait seul en justifier la programmation », déclare Antoine Gallimard dans une interview au Journal du Dimanche.

Une décision motivée par le témoignage de Vanessa Springora

« Je le considère comme un écrivain, mais j’ai toujours été gêné que le Journal fasse état de faits réels concernant des personnes vivantes » poursuit le PDG de Gallimard, tout en soulignant son opposition à « toute forme de censure ». « Bien sûr, j’ai eu des doutes » quant au bien-fondé de la publication du Journal de l’écrivain, reconnaît-il.

La maison d’édition a annoncé mardi l’arrêt de la commercialisation du Journal de Gabriel Matzneff qu’elle publiait depuis trente ans, à la suite du témoignage de Vanessa Springora dans Le Consentement, livre qui jette une lumière crue sur les pratiques pédophiles de l’écrivain de 83 ans, désormais visé par une enquête pour « viol sur mineur ». C’est ce texte qui a « motivé » ma décision, assure Antoine Gallimard, car selon lui « ma responsabilité d’homme et d’éditeur est aussi d’entendre la souffrance des autres ». C’est la première fois que Gallimard prend une telle mesure.

« Dans le Journal de Gabriel Matzneff, il y avait une part manquante : la victime »

« Quand j’ai entendu parler du Consentement, avant sa mise en librairies, je ne pensais pas bouger », raconte Antoine Gallimard. « Mais, justifie-t-il, au-delà du débat sur la qualité littéraire du texte, j’ai été très touché par la lecture du livre de Vanessa Springora. Elle m’a fait prendre la mesure des effets dévastateurs de la manipulation d’un adulte sur une toute jeune fille. Dans le Journal de Gabriel Matzneff, il y avait une part manquante : la victime ».

Après Gallimard, trois autres maisons d’édition : La Table Ronde (groupe Madrigall, contrôlé par Antoine Gallimard), Léo Scheer et Stock ont annoncé qu’ils cessaient la commercialisation d’ouvrages de l’écrivain sous le coup d’une enquête préliminaire pour viols sur mineurs de moins de 15 ans.