Manifestation du 11 janvier : « Le retrait de l’âge pivot ne changera rien à notre détermination »

REPORTAGE Cheminots, enseignants, avocats, aides-soignants, infirmiers ou encore « gilets jaunes » ont à nouveau battu le pavé, en ce 38e jour de grève contre la réforme des retraites

Hakima Bounemoura

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Des manifestants défilant boulevard Diderot à Paris lors de la manifestation contre la réforme des retraites, le samedi 11 janvier.
Des manifestants défilant boulevard Diderot à Paris lors de la manifestation contre la réforme des retraites, le samedi 11 janvier. — LIONEL BONAVENTURE
  • Les organisations syndicales avaient appelé à ce que ce samedi 11 janvier soit « une journée de manifestation et de mobilisation massive » contre la réforme des retraites.
  • A Paris, des dizaines de milliers de personnes ont battu le pavé, certaines pour la toute première fois.
  • Le retrait de l’âge pivot, annoncé ce samedi par Edouard Philippe, « ne change absolument rien à notre détermination. C’est tout le projet qui doit être retiré », ont expliqué de nombreux manifestants.
  • D’autres actions sont d’ores et déjà programmées par l’intersyndicale, les 14, 15 et 16 janvier.

Ils étaient moins nombreux que lors de la mobilisation de jeudi. Plusieurs milliers de personnes [ 21.000 selon le ministère de l'Intérieur, 150.000 selon la CGT], ont une nouvelle fois manifesté ce samedi à Paris contre la réforme des retraites à l’appel de l’intersyndicale CGT, FO, FSU, CGC et Solidaires. Le cortège, qui s’est élancé de la place de la Nation en début d’après-midi, a rejoint la place de la République vers 18 heures, un parcours émaillé de quelques incidents entre les forces de l’ordre et des casseurs.

Cheminots, enseignants, avocats, aides-soignants, infirmiers ou encore « gilets jaunes » ont à nouveau battu le pavé de manière unitaire, en ce 38e jour de grève contre la réforme des retraites, au son de « Et on ira, et on ira, et on ira jusqu’au retrait… » « Il était important d’organiser cette manif aujourd’hui, un samedi, pour les salariés du privé, pour ceux qui travaillent en semaine et qui ne peuvent pas se libérer », explique Josiane, militante CGT de la première heure, aujourd’hui à la retraite.

« C’est la première fois que je ressens le besoin de me mobiliser »

C’était en effet la première fois, depuis le début du mouvement le 5 décembre dernier, qu’un appel à la mobilisation était lancé le week-end. L’occasion pour certains de venir battre le pavé au côté des organisations syndicales. « C’est la première fois que je ressens le besoin de me mobiliser, de montrer mon désaccord. Je me sens très concernée par tout ce qui se passe », explique Virginia, 25 ans, venue manifester avec sa collègue Alexandra, qui elle aussi, a décidé pour la toute première fois de se mobiliser. « Ça ne fait pas très longtemps que je suis dans la vie active, mais je me pose déjà énormément de questions sur mon avenir », ajoute la jeune femme qui travaille dans le secteur du handicap et de la dépendance.

Peu habituée à défiler dans les cortèges « avec les syndicats », Hélène est aussi venue étoffer les rangs de cette manifestation unitaire contre la réforme des retraites. Avocate depuis une quinzaine d’années, elle est vent debout contre cette réforme qu’elle juge « injuste et scandaleuse ». « Notre régime est autonome, il se porte bien, nous finançons même pour 100 millions d’euros par an le régime général. Et pourtant l’Etat veut le supprimer », s’insurge l’avocate, qui compte bien poursuivre la mobilisation, tant que sa corporation n’aura pas obtenu gain de cause.

« Le retrait de l’âge pivot ne changera rien à notre détermination »

Alors que le cortège n’avait pas encore rejoint la place de la République, certains manifestants ont appris en direct, via leur smartphone, que le gouvernement, dans une lettre d’Édouard Philippe adressée aux partenaires sociaux, acceptait finalement de retirer l’âge pivot du projet de loi. « Ça ne change absolument rien à notre détermination. C’est tout le projet qui doit être retiré. On ne veut pas de retraite par capitalisation, on ne veut pas de BlackRock [multinationale spécialisée dans la gestion d’actifs] chez nous », a lancé Didier, conducteur de bus RATP, en grève depuis déjà trente-huit jours.

« La mobilisation n’est pas finie, loin de là. Cela montre surtout que le gouvernement est en train de perdre pied, le rapport de force a changé. Il faut plus que jamais rester mobiliser pour obtenir le retrait pur et simple de ce projet de loi », a renchéri Joseph, également employé à la RATP, et qui lui aussi a promis de poursuivre la mobilisation la semaine prochaine.

La volonté de compromis affichée par le gouvernement sur l’âge pivot ne se traduira donc pas forcément par l’arrêt des perturbations dans les transports puisque la CGT, FO et Solidaires réclament toujours le retrait pur et simple du projet. Philippe Martinez, leader de la CGT, l’a encore réaffirmé ce samedi, « l’âge pivot est un leurre » qui « ne change rien à notre opposition à la réforme ». Plusieurs actions sont d’ores et déjà programmées par l’intersyndicale, les 14, 15 et 16 janvier prochains.