Oui, un manifestant a bien été matraqué à la tête par la police ce jeudi à Rouen

FAKE OFF Une vidéo virale montrant un homme blessé au visage affirme qu’il a été blessé par la police à Rouen lors de la mobilisation de ce jeudi contre la réforme des retraites, ce que 20 Minutes a pu confirmer

Alexis Orsini

— 

Un policier (image d'illustration).
Un policier (image d'illustration). — ERIC BERACASSAT/SIPA
  • Le visage en sang, un homme se tient adossé à une vitrine tandis que la personne qui le filme s'écrie « Regardez, la police française, en direct! »
  • La séquence est devenue virale sur Twitter : elle montrerait, selon sa légende, un homme blessé par des policiers lors de la journée de mobilisation du 9 janvier contre la réforme des retraites.
  • 20 Minutes a pu confirmer, grâce aux images de la manifestation à Rouen et différents témoignages, que le dénommé Denis a bien reçu des coups de matraque sur la tête. 

Adossé à une vitre, le visage en sang, un homme d’un certain âge se tient l’oreille tandis que l’homme en train de filmer la scène s’écrie : « Putain, la police française ! Regardez, la police française, en direct ! »

« Honteux et Lamentable […] Il y a quelques instants à Rouen ce jour de grève du 9 janvier, regardez ce [qu’a] fait la police », précise la légende de cette vidéo visionnée plus de 95.000 fois depuis sa mise en ligne sur Twitter ce jeudi en début d’après-midi.

Plusieurs internautes s’interrogent toutefois, en commentaire, sur l’origine de ses blessures, la séquence ne permettant en rien de les attribuer à la police.

FAKE OFF

L’homme en question, prénommé Denis, était bien présent dans la mobilisation organisée à Rouen (Seine-Maritime) ce jeudi pour protester contre la réforme des retraites, comme le confirment plusieurs témoins contactés par 20 Minutes. On le voit en outre dans plusieurs autres vidéos filmées à cette occasion, notamment dans cette séquence filmée par Amandine Pointel, journaliste à France 3 Normandie, où l’on distingue clairement sa parka verte parmi les manifestants faisant face en première ligne aux forces de l’ordre.

On le retrouve aussi sur une vidéo filmée sous un autre angle par Simon Louvet, journaliste d’Actu.fr présent au sein du cortège : à 0'15'', Denis semble ballotté par le mouvement de foule des manifestants criant « Dégagez ! » derrière lui et par la poussée dans le sens inverse des forces de l’ordre érigées en cordon à l’entrée d’une rue.

« Ça s’est passé rue Jeanne d’Arc, au croisement avec la rue du Gros-Horloge alors qu’on se trouvait au milieu du cortège. Les policiers ont bloqué l’accès à la rue du Gros-Horloge, qui est la principale rue piétonne de Rouen, avec beaucoup de boutiques », nous détaille Amandine Pointel.

Simon Louvet nous précise pour sa part le déroulé des évènements : « Au début, j’étais en contrebas, à 150 mètres du croisement entre la rue Jeanne d’Arc et la rue du Gros-Horloge, en train de filmer le milieu du cortège. Au moment où un groupe de "gilets jaunes", très reconnaissable, est arrivé à cette hauteur, des policiers ont débarqué depuis la rue du Gros-Horloge pour couper le cortège en deux. »

La scène est visible sur l’une des vidéos mises en ligne sur Twitter par le journaliste : une partie des forces de l’ordre reste en cordon devant l’entrée de la rue du Gros-Horloge tandis que certains de leurs collègues, au sein du cortège, semblent chercher quelqu’un.

Des coups de matraque filmés

« Leur responsable a donné l’ordre d’aller interpeller un homme qui taguait un mur, donc ils ont traversé la foule, ce qui a provoqué des tensions et des huées parmi les manifestants. Je ne sais pas si leur intention était de couper le cortège en deux mais c’est ce qui s’est passé », nous confirme « OCN - Oeil de citoyens normands », une page Facebook locale « liée au mouvement des «gilets jaunes» », qui a filmé ses propres images.

Une version confirmée à France 3 Normandie par la Direction départementale de la sécurité publique, qui évoque l’interpellation « d’un individu à visage dissimulé qui avait commis des dégradations sur le parcours de la manifestation » et par des sources policières à 76Actu. Contacté par 20 Minutes à ce propos, le Service d’information et de communication de la police nationale (Sicop) n’avait pas été en mesure de nous répondre avant la parution de l’article.

« Les personnes au premier rang [du cordon devant la rue du Grand-Horloge] ont commencé à les pousser légèrement, des petits projectiles ont volé vers les policiers et ils ont sorti leurs gazeuses. C’est là qu’ils ont commencé à les utiliser puis à repousser à coups de matraque », poursuit Simon Louvet. A 0'25'' sur sa première vidéo, Denis repousse ainsi les forces de l’ordre avant de dévier sur la gauche puis de revenir devant eux à 0'34''. Il est en train de leur parler, les deux mains tendues en avant, lorsque les gaz lacrymogènes jetés dans la rue obligent Simon Louvet et le reste du cortège à reculer.

A 1'25'', alors qu’il émerge du nuage de fumée en revenant sur ses pas, le vidéaste croise un « gilet jaune » en train de crier « Médic ! » à côté de Denis, qui s’appuie sur un poteau, le visage ensanglanté et suspendu au-dessus d’une poubelle. Si le coup de matraque de la police n’est pas visible sur cette séquence, ils le sont bien à 0'39'' sur la vidéo d' « Oeil de citoyens normands ».

« J’ai clairement vu Denis recevoir le coup de matraque »

« J’ai clairement vu Denis recevoir le coup de matraque », nous confirme le vidéaste ayant filmé la scène. Simon Louvet ajoute : « Quand j’ai croisé Denis, le visage en sang, en m’extrayant de la fumée, on l’a amené devant un magasin de la rue Grand-Horloge où il a été pris en charge par des street medics, qui ont dit qu’il avait besoin de points de suture. Ensuite, j’ai appelé les pompiers ».

« Il n’est pas le seul à avoir reçu un coup de matraque, un autre manifestant, Philippe, en a pris plusieurs sur la tête comme on le voit sur ma vidéo alors qu’il est du genre à parler vivement avec les policiers mais pas à jeter des pavés. Denis, qu’on croise souvent dans les cortèges, est comme lui », conclut le journaliste d’Actu.fr.