Réformes des retraites : Ne plus avoir la menace de bloquer Noël affaiblit-il les grévistes ?

GREVE Alors que la menace de bloquer les vacances de Noël constituait la principale menace des grévistes, la fin des vacances fragilise-t-elle les leviers de pression du mouvement ?

Jean-Loup Delmas

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Mobilisation contre la réforme des retraites, illustration
Mobilisation contre la réforme des retraites, illustration — Olivier Coret/SIPA
  • Au début de la mobilisation contre la réforme des retraites, le blocage des vacances de Noël était la principale menace.
  • Maintenant que Noël et les vacances de fin d’année sont terminés, le mouvement a-t-il perdu sa principale arme dans le rapport de force avec le gouvernement ?
  • Pour les experts du syndicalisme interrogés par 20 Minutes,

Pendant longtemps, Noël fut la principale menace du mouvement contre la réforme des retraites. Si le gouvernement ne pliait pas, les vacances de fin d’année seraient impactées par le mouvement, les déplacements compliqués ou impossibles. Au final, à  Noël, ni l’Elysée, ni les grévistes n’avaient cédé, et cadeaux comme sapin ont été déballés avec bien peu de trains et de métros.

Mais est-ce pour autant une victoire ? Maintenant que la menace de Noël est passée, les grévistes n’ont-ils pas perdu un levier de pression qui pourrait manquer lors des prochains rapports de force avec le gouvernement ? Joël Sohier, maître de conférences à l’université de Reims et auteur du Syndicalisme en France, reconnaît la force de menace que cela représentait.

Impacter l’économie, la vraie menace

Pour autant, les grévistes gardent un levier fort selon lui : si elle est moins symbolique, une grève en janvier est un moyen de pression conséquent. « On entre dans une période économique intense » rappelle le maître de conférences. Agir en janvier, c’est donc agir sur l’économie, moyen de pression par excellence.

Un objectif que n’a pas atteint le mouvement selon Dominique Andolfatto, professeur de science politique à l’université de Bourgogne et spécialiste des organisations syndicales. Pour lui, plus que Noël, la vraie menace était celle d’un blocage du pays, ce que le mouvement n’a pas su faire en décembre. « Au mieux, ce furent des trains et des métros bloqués, pas la nation. Les fonctionnaires ne se sont arrêtés que pour les journées de mobilisation, le privé n’a pas suivi. » Pour lui, la menace de peser sur l’économie n’a pas été tenue et il est d’autant plus difficile de la brandir avec les chiffres de grévistes en baisse.

Un pays qui continue à respirer certes, mais pour Joël Sohier, l’essentiel est ailleurs : avoir montré la détermination du mouvement ainsi que son émancipation. « Le fait d’avoir tenu à Noël, contre l’avis du gouvernement et des syndicats​ dit réformistes montre la conviction. Ceux qui sont affaiblis, c’est le gouvernement, pas les syndicats. »

Vers l’infini de la grève et au-delà

La stratégie de pourrissement de la situation que pourrait utiliser l’exécutif a d’emblée ses limites selon Dominique Andolfatto. Déjà, une nouvelle journée forte se prépare jeudi 9 janvier et pourrait bien relancer les chiffres de mobilisation. Mais surtout, la réforme des retraites reste extrêmement impopulaire auprès de l’opinion publique. « Or, pour qu’une stratégie du pourrissement fonctionne, il faut d’abord gagner l’opinion », précise-t-il.

Le fait de ne pas avoir d’échéances serait même une autre forme d’émancipation pour Joël Sohier, une manière de ne pas se faire dicter la conduite à suivre. Selon lui « les échéances sont une logique du gouvernement ou des médias. En durant dans le temps, en n’ayant plus d’objectifs datés ou d’étapes symboliques, la grève pose une nouvelle question : ça va se finir quand ? La population est lassée de voir le pays en conflit social indéfiniment. »

Le mouvement des « gilets jaunes » n’est même pas fini qu’une grève à durée indéterminée s’engage… Joël Sohier conclut : « Le gouvernement ne peut pas s’empêtrer dans des conflits sociaux qui n’en finissent pas. L’absence d’échéance est devenue une force, car elle projette le mouvement indéfiniment. »