Violences sexuelles : Pourquoi le nombre de plaintes est-il en hausse depuis deux ans ?

VIOLENCES SEXUELLES En 2019, 52.000 plaintes pour des viols ou des agressions sexuelles ont été enregistrées par les forces de l’ordre, soit 10.000 de plus qu’en 2017

Thibaut Chevillard

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La manifestation parisienne contre les violences sexistes et sexuelles, le samedi 23 novembre 2019.
La manifestation parisienne contre les violences sexistes et sexuelles, le samedi 23 novembre 2019. — Alain JOCARD / AFP
  • Le nombre de plaintes enregistrées concernant des viols ou des agressions sexuelles a fortement augmenté en 2019.
  • Pour les spécialistes, cette hausse est surtout la conséquence de la libération de la parole des femmes après les révélations concernant Harvey Weinstein.
  • Mais pour certains magistrats et responsables associatifs, il est encore possible d’aller plus loin pour les inciter à révéler les faits dont elles ont été victimes.

Le procès d' Harvey Weinstein s’est ouvert ce lundi à New-York. Après les premières révélations du New-York Times, en octobre 2017, plus de 80 femmes, dont certaines actrices connues, ont accusé le producteur hollywoodien de les avoir harcelées ou agressées sexuellement. D’autres se sont ensuite livrées sur les réseaux sociaux en utilisant le désormais célèbre hashtag #MeToo. L’affaire a permis de libérer la parole des femmes victimes de violences sexuelles qui hésitent aussi de moins en moins à passer la porte d’un commissariat pour dénoncer leur agresseur.

En 2019, 52.000 plaintes pour des viols ou des agressions sexuelles ont ainsi été enregistrées par les services de police et de gendarmerie, a révélé RTL ce lundi. Une information confirmée à 20 Minutes par une source ministérielle. Ce sont donc environ 10.000 plaintes de plus qu’en 2017 qui ont en été déposées l’an passé. « Cela ne signifie pas que le phénomène [les agressions sexuelles] soit en augmentation, insiste-t-on place Beauvau. C’est surtout qu’il est aujourd’hui plus facile de déposer plainte et que les femmes osent davantage le faire. Certaines affaires médiatiques ont contribué à libérer leur parole. »

« La question de la preuve est centrale »

« Les femmes parlent de plus en plus », se félicite également Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol*. Mais, ajoute-t-elle, « ce n’est pas tout de déposer plainte, il faut que la justice suive derrière. Entre 2009 et 2016, il y a eu une baisse de 40 % des condamnations pour viol ». En 2018, sur 34.000 personnes suspectées d’avoir commis des violences sexuelles, moins de 5.800 ont été condamnées, soit 17 % d’entre elles. Un chiffre qui illustre la difficulté pour la justice d’instruire des affaires, souvent anciennes, ou les témoins et les preuves matérielles manquent cruellement.

« La question de la preuve est centrale dans ce type d’affaire », confirme Katia Dubreuil, présidente du Syndicat de la magistrature. Quand, l’ADN de l’agresseur n’est pas retrouvé sur la victime, « c’est souvent la parole de l’un contre la parole de l’autre », remarque la magistrate. Il faut donc, selon elle, mettre l’accent sur la prévention et « travailler sur la formation des professionnels – magistrats, policiers, personnels dans les écoles – afin de recueillir la parole des victimes au plus tôt et dans les meilleures conditions, les aider à détecter les signaux et à relayer leurs signalements ».

« Il faut une vraie prise en charge »

Emmanuelle Piet va plus loin et propose la création de centres où « les femmes seraient accueillies de façon correcte » par des personnels hospitaliers qui conserveraient les preuves « sans attendre de savoir si elles veulent déposer plainte ». Elles pourraient ensuite être entendues, si elles le désirent, par des « policiers volontaires, sélectionnés et spécialement formés ». « Il faut une vraie prise en charge, qu’elles soient suivies, entendues, accompagnées », explique-t-elle. Avant d’ajouter qu’en Belgique, où plusieurs centres de ce type ont ouvert, environ 68% des victimes de violences sexuelles déposent plainte.

*Viols-Femmes Informations : 0 800 05 95 95