Confrontés à l’explosion du prix des assurances, les jeux taurins sont-ils menacés ?

TRADITIONS Face à la multiplication des accidents, parfois graves, Groupama Méditerranée, principal assureur des manadiers, a décidé de multiplier les cotisations par cinq

Nicolas Bonzom

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Une course camarguaise (illustration)
Une course camarguaise (illustration) — Rozenn Leboucher / Rex /REX/SIPA
  • Le principal assureur des manadiers, Groupama Méditerranée, a multiplié par cinq au 1er janvier les montants des cotisations de responsabilité civile concernant les jeux taurins. En cause : les accidents, de plus en plus fréquents, et parfois graves.
  • Pour les éleveurs de taureaux les plus modestes, c'est un coup dur.
  • Plusieurs députés se sont saisis du dossier, pour tenter de faire évoluer la loi.

Ferrades, abrivados, bandidos, encierros, courses camarguaises et autres « toro piscines » : dans le sud-est de la France, ces jeux taurins (sans mise à mort de l’animal, contrairement à la corrida) attirent les foules. De l’est de l'Hérault​ aux Bouches-du-Rhône, 200 manades, qui élèvent des taureaux, permettent à ces activités d’exister.

Mais depuis le 1er janvier, ces traditions sont menacées par une explosion des montants des assurances : les cotisations de responsabilité civile des manades ont été multipliées par cinq par la principale compagnie qui les assurent, Groupama Méditerranée.

« Si les manadiers ne peuvent plus s’assurer, il n’y aura plus d’activités taurines »

Pour certaines structures, le tarif aurait ainsi grimpé à 7.000 euros par an, contre 1.000 à 1.500 euros auparavant. « Une grosse manade va encaisser le coup, mais une manade de taille moyenne n’est pas en capacité de supporter une telle charge », confie Bérenger Aubanel, vice-président de la Fédération des manadiers, et gérant des manades Aubanel, dans le Gard et les Bouches-du-Rhône. « Si les manadiers ne peuvent plus s’assurer pour les jeux taurins, il n’y aura plus d’activités taurines dans les villages. »

Si l’assureur principal des manadiers a fait exploser les montants de leurs cotisations, c’est à cause des accidents corporels, parfois graves, qui se multiplient lors des jeux taurins. « Ces dernières années, la sinistralité sur les contrats de responsabilité civile des manadiers s’est fortement dégradée, indiquent les services de Groupama Méditerranée à 20 Minutes. Depuis 2013, ce sont plus de six millions d’euros de sinistres qui ont été pris en charge par Groupama, soit six fois plus que le montant des cotisations encaissées. »

Les manadiers souhaitent que la loi soit modifiée

La compagnie d’assurance précise cependant que seule la cotisation liée aux jeux taurins a été multipliée par cinq. Groupama Méditerranée a, en revanche, retiré la responsabilité civile liée aux jeux taurins aux manades « les plus fortement et fréquemment sinistrées ». Les garanties sur les bâtiments ou les cheptels, sont, elles, conservées. « Avec cette décision, Groupama démontre sa volonté de préserver l’activité des agriculteurs qui participent aux animations et traditions régionales, sans pour autant faire peser sur tous ses sociétaires le poids de ce risque élevé », indique l’assureur, qui précise qu’il est toujours en cours de discussions avec la Fédération des manadiers.

Les éleveurs de taureaux souhaitent que la loi, qui stipule que tout propriétaire d’animal est responsable en cas d’accident (et non l’organisateur de l’événement), soit modifiée. « La loi n’est clairement pas adaptée, indique le manadier Bérenger Aubanel. Toutes les assurances se retournent à chaque fois contre le propriétaire de l’animal. »

Plusieurs députés se sont saisis de ce dossier. C’est le cas d’Olivier Gaillard (LREM), député du Gard. « Les assureurs font planer une lourde menace sur les manades, écrit le parlementaire sur Twitter. J’ai interpellé le ministère de l’Economie et de la Justice, et la Fédération française de l’assurance sur le préoccupant désengagement des assurances. » Le 19 décembre, le conseil régional d’Occitanie a voté, de son côté, un vœu de soutien aux manadiers, « face à l’augmentation des primes d’assurance. »