Oui, Rémi Gaillard a bien diffusé le véritable scanner d’une « gilet jaune » éborgnée

FAKE OFF Un tweet viral de l'humoriste Rémi Gaillard montrant le scanner d'une « gilets jaune  » gravement blessée à la tête alimente (à tort) les soupçons de manipulation

Alexis Orsini

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Vanessa Langard,
Vanessa Langard, — Martin BUREAU / AFP
  • Sur Twitter, l'humoriste Rémi Gaillard a interpellé Emmanuel Macron, le 2 janvier, en partageant la photo d'une dénommée Vanessa, « éborgnée par un LBD en 2018 ».
  • En plus d'une photo de la jeune femme sur son lit d'hôpital, il accompagnait son message d'un scanner de son cerveau « nécrosé  ».
  • Plusieurs internautes affirment que ce document est trompeur car il daterait en réalité de 2001 ou aurait été manipulé. Mais celui-ci est aussi authentique que la blessure subie par la  « gilet jaune », comme elle le confirme à 20 Minutes.

S’il espérait provoquer de vives réactions en livrant sur Twitter ses vœux (ironiques) de 2020 à Emmanuel Macron, Rémi Gaillard peut se féliciter d’avoir atteint son but.

« Bonjour Emmanuel Macron, Vanessa, éborgnée par un LBD en 2018, vient de m’envoyer son scanner : une partie du cerveau est nécrosée. En plus de la vue, elle a perdu goût et odorat. Merci pour votre "dialogue respectueux et républicain sans précédent". Bonne année et la santé surtout » lançait ainsi l’humoriste, le 2 janvier, dans un tweet montrant la photo d’une femme blessée à l’oeil, et un scanner de son cerveau.

Il n’en fallait visiblement pas plus pour susciter la méfiance de nombreux internautes, remettant en question la réalité de ces images : « C’est même pas cohérent ce scanner… Le côté et la position ne sont pas bonnes comparé à l’impact reçu… », « 11 000 RT pour une fake news grossière. Le scanner date d’octobre 2001, regardez en bas à gauche »… Pourtant, celles-ci sont bien authentiques, comme le confirme à 20 Minutes Vanessa Langard, la manifestante mentionnée par Rémi Gaillard dans son tweet.

FAKE OFF

Sa blessure, subie le 15 décembre 2018, alors qu’elle manifestait à Paris pour l’acte 5 des « gilets jaunes », lui avait déjà valu ces derniers mois une certaine visibilité médiatique, au gré de ses différentes interviews dans la presse française.

« La manifestation venait de commencer, depuis une vingtaine de minutes seulement. Il ne se passait vraiment rien. Il y avait juste devant une grande barre de CRS. On s’est pris la main, on a fait demi-tour, on a marché deux minutes et là, j’ai reçu l’impact de flashball. Il a été lancé par une brigade de la BAC, qui est arrivée par la gauche et qui a tiré en direct, alors qu’il ne se passait strictement rien », racontait-elle par exemple à Cnews en mai dernier.

Elle précisait en outre à cette occasion que sa blessure lui avait valu une intervention chirurgicale pour « contenir une importante hémorragie cérébrale et un traumatisme crânien » puis une autre pour « remplacer une partie de [sa] boîte crânienne ». De son côté, l’AFP Factuel avait pu confirmer, sur l’un de ses certificats médiaux, que son « acuité visuelle [était] limitée à 1/20e » depuis sa blessure.

Un scanner daté de 2019

Contactée par 20 Minutes, Vanessa Langard confirme l’authenticité du scanner comme de la photo partagés par Rémi Gaillard le 2 janvier : « J’ai fait ce scanner il y a quelques mois, il montre que cette partie de mon cerveau, qui est liée à la mémoire, est nécrosée. Depuis ma blessure, j’ai pu apprendre à reparler correctement grâce à la rééducation que je suis au rythme de deux séances par semaine, mais ça m’empêche de faire deux activités à la fois, je dois m’entraîner et réapprendre comme un enfant. »

Le scanner, que 20 Minutes a pu consulter dans son intégralité, concerne bien Vanessa Langard et date de 2019. La mention « ct01 » qui intriguait plusieurs internautes n’a donc rien à voir avec la date d’octobre 2001 mais fait en réalité référence à une mention technique inscrite sur le document.

« Les résultats sont "inversés" sur le scanner, comme sur toute radio » ajoute Vanessa Langard, tout en précisant que Rémi Gaillard est loin d’avoir découvert sa situation début 2020 : « Il m’avait contactée peu après ma blessure, il était choqué de ce qui m’était arrivé, et il prend des nouvelles depuis, il me soutient depuis le début. Je l’ai recontacté récemment pour l’inviter à la marche des mutilés qu’on organise à Montpellier la semaine prochaine ».

« Les gens s’amusent à me dénigrer, je me fais insulter et j’ai l’impression de devoir justifier que j’ai été blessée par un policier : quel intérêt aurais-je à faire ça ? C’est déjà assez difficile au quotidien », déplore la trentenaire, qui doit subir une nouvelle opération prochainement.