Agression de pompiers à Strasbourg : « Ils ont eu très peur, ils sont tombés dans des guets-apens »

INTERVIEW Après les violences qui ont touché les pompiers pendant le réveillon du Nouvel An à Strasbourg, la police devra-t-elle désormais systématiquement encadrer leurs interventions ?

Nils Wilcke

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Strasbourg le 11 fevrier 2015. 
Illustration de sapeurs pompiers.
Strasbourg le 11 fevrier 2015. Illustration de sapeurs pompiers. — Gilles Varela
  • A Strasbourg, lors de la nuit du Nouvel An, 220 véhicules ont été incendiés dans différents quartiers de la ville.
  • « Des guets-apens » ont été tendus aux pompiers sur certaines interventions.
  • 20 Minutes fait le point avec Thierry Carbiener, président du Service départemental d’incendie et de secours du Bas-Rhin (Sdis 67).

La police devra-t-elle désormais systématiquement encadrer les interventions des pompiers ? A  Strasbourg, la nuit du Nouvel An a été particulièrement violente avec près de 220 véhicules incendiés dans différents quartiers de l’agglomération, en particulier dans le secteur de Cronenbourg. Une nuit si violente que des pompiers, ont pour la première fois, craint pour leur vie, selon Thierry Carbiener, président du Service départemental d’incendie et de secours du Bas-Rhin (Sdis 67).

20 Minutes fait le point avec lui sur cette situation inédite qui laisse des traces et qui devrait aboutir à une réflexion autour des interventions.

Comment se sentent les pompiers qui sont intervenus lors du réveillon ?

Le moral est atteint. J’étais sur place cette nuit-là et ils ont affronté une situation très dangereuse. Ils ont eu très peur. Ils sont tombés dans des guets-apens tendus avec des jets de pierres, de projectiles… Un équipage a même subi une tentative de lynchage. Une bande de jeunes s’en est même prise à eux à coups de chaînes et de barres à mine en essayant d’ouvrir le camion. Heureusement, le conducteur a pu reculer et s’échapper. L’un a des points de sutures. Psychologiquement pour eux, c’est très dur. On devient pompier pour aider la population, pas pour se faire agresser.

Ces violences sont-elles devenues banales ?

Au quotidien, les pompiers sont devenus des cibles. Ils arrivent qu’ils se fassent insulter et agresser malheureusement, c’est devenu régulier. Début décembre, on a noté une hausse des incivilités. Mais habituellement, c’est quand même plutôt le matériel qui est visé. Sauf que cette nuit de réveillon, on s’en est pris à la vie des pompiers et certains sont en train de craquer.

Qu’avez-vous prévu pour venir en aide aux pompiers touchés par ces violences ?

Nous avons mis en place un accompagnement psychologique. Le Sdis 67 dispose de deux psychologues qui sont à disposition des pompiers. Nous avons aussi des médecins, des infirmiers et des pharmaciens. Nous sommes donc en capacité de leur venir en aide. Il y a aussi des points réguliers avec l’encadrement et l’incroyable solidarité entre pompiers. Il faut le dire.

Va-t-il falloir s’habituer à ce que la police escorte les pompiers en intervention ?

Les violences sont un sujet très important pour nous. Comme nous l’avons constaté, hélas, une fois encore lors de la nuit du 31 décembre, les pompiers font face à une violence physique. D’autant que certains agresseurs filment les scènes de violence. Les pompiers peuvent alors craindre d’éventuelles représailles. Certains ont fait déjà part de leur souhait de ne plus intervenir sur certaines zones. Mais nous devons poursuivre notre mission de service public malgré tout. La police nous accompagne déjà sur certaines interventions. Nous expérimentons aussi de faire venir un commissaire de police et un officier pompier sur les interventions sensibles pour gérer la situation au mieux. Ce dispositif montre des résultats encourageants. On peut regretter d’en arriver à de telles extrémités mais la sécurité des pompiers doit être assurée.