VIDEO. Marseille : « On nous déclare la guerre », les avocats dénoncent le « racket » de la réforme des retraites

MOBILISATION A Marseille, plusieurs centaines d’avocats se sont mobilisées pour protester contre la réforme des retraites

Mathilde Ceilles

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Les avocats marseillais ont manifesté devant le palais de justice contre la réforme des retraites
Les avocats marseillais ont manifesté devant le palais de justice contre la réforme des retraites — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Les avocats se sont mobilisés contre la réforme des retraites ce lundi dans plusieurs villes de France.
  • A Marseille, 500 avocats se sont rassemblés dans la matinée pour exprimer leur colère.
  • Ils dénoncent une réforme injuste qui pourrait mener à la fermeture de certains petits cabinets.

« Comment on fait déjà pour allumer ce truc ? », s’amuse une avocate, visiblement peu habituée à manier un mégaphone. Derrière elle, près de 500 de ses confrères se pressent devant le Palais Monthyon, à Marseille. Comme dans d’autres villes de France, les avocats marseillais ont répondu, ce lundi, à l’appel national à la mobilisation de la profession contre la réforme des retraites. Vêtus de leurs sempiternelles robes et d’une cravate rouge, « symbole de colère », ces magistrats contestent le projet gouvernemental qui consiste à toucher à leur régime autonome. Un régime fondé sur une caisse de retraite autofinancée dont le coût n’impacte pas les contribuables, selon les syndicats.

« On nous déclare la guerre, s’indigne dans le mégaphone le bâtonnier de Marseille, Yann Arnoux-Pollak, devant ses confrères. C’est fait ! Alors si on nous déclare la guerre, il faut réagir ! Et réagir, ça suppose que nous nous mettions en ordre de marche. Réagir, ça suppose que nous soyons visibles. Réagir, ça suppose que nous expliquions à ce gouvernement qui nous méprise, que nous expliquions à ce gouvernement qui ne veut pas nous écouter, que nous sommes présents, que nous sommes déterminés et que nous irons jusqu’au bout ! » Et de lancer, sous une salve d’applaudissements : « Nous ne serons jamais amenés à courber l’échine parce qu’un avocat ne se met jamais à terre. Un avocat se relève toujours et lorsqu’un avocat doit combattre, il combat jusqu’au bout ! »

« La fermeture de nombreux petits cabinets »

Selon la présidente du syndicat des avocats de France, Estellia Araez, les avocats, qui perçoivent actuellement un minimum retraite de 1.416 euros par mois, percevraient après la réforme 1.000 euros, « alors que les cotisations doubleraient, passant de 14 à 28 % pour ceux qui gagnent moins de 40.000 euros par an ».

« Les avocats vont être les grandes victimes de cette réforme des retraites, affirme Me Dominique Mattei, ancien bâtonnier de Marseille. Si la loi augmente les cotisations, cela va mener à la fermeture de nombreux petits cabinets, ce qui est très triste pour les citoyens, puisque le maillage de la justice va se trouver affecté ! »

« Une forme de racket »

« J’exerce depuis six ans, et je m’installe à mon compte ce jeudi, explique Emmanuelle, jeune avocate marseillais. Je suis très inquiète pour mon avenir. Je ne sais pas de quoi demain sera fait. On n’a pas tous des salaires à cinq chiffres. On est plus proche du Smic que des 10.000 balles ! Aujourd’hui, de nombreuses charges pèsent sur notre chiffre d’affaires. Et les cotisations vont augmenter ! On va passer à 900 euros de retraite, alors qu’on a fait dix ans d’études quand même… »

« On n’est pas là pour défendre un système de niche ou de privilégiés, abonde à ses côtés Me Gaëtan Poitevin. Il est très difficile pour beaucoup de jeunes avocats de s’installer. Le mot est peut-être fort, mais je vois ça comme une forme de racket ». Pour lui, cette grève a un seul but : faire pression sur le gouvernement, alors que ce dernier a déjà fait marche arrière pour plusieurs professions comme les pilotes de ligne.

« Je ne sais pas si faire grève est utile »

A une différence près : la grève des pilotes de ligne n’a-t-elle pas plus d’impact que celles des avocats ? « C’est vrai que faire grève, ça ne pénalise pas l’Etat, soupire Emmanuelle. Ça pénalise nos clients, les justiciables, et notre chiffre d’affaires. » « Je ne sais pas si faire grève est utile, abonde Muriel, mais au moins on se mobilise jusqu’au bout ! » A Marseille, des audiences ont été reportées en raison de la mobilisation, à l’image du procès du député socialiste Henri Jibrayel, attendu ce lundi et dont la date a été repoussée.

Pour le bâtonnier de Marseille, qui appelle à « une grève dure » qui doit durer au moins une semaine, la pression doit aussi désormais s’exercer dans la rue. « Je vous ai demandé de descendre dans la rue le 9 janvier aux côtés des autres professions, lance Yann Arnoux-Pollak. Je vais être clair : votre bâtonnier veut que vous descendiez avec vos associés, vos collaborateurs, vos stagiaires, vos personnels de cabinets d’avocats, dans la rue, aux côtés de votre bâtonnier, des membres du conseil de l’Ordre, pour expliquer que nous ne baisserons pas les bras ! »