Cannes : Des quartiers au palace, des jeunes déscolarisés sur la voie de l’emploi

SOCIAL Sur la Croisette, l’hôtel Martinez forme de jeunes adultes pour les recruter en CDI

Fabien Binacchi

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Thomas, Boubacar et un autre jeune avec Yann Gillet à la plage du Martinez
Thomas, Boubacar et un autre jeune avec Yann Gillet à la plage du Martinez — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes
  • Neuf jeunes Azuréens déscolarisés suivent une formation à l'hôtel Martinez.
  • Ils évoluent notamment en cuisine et au service.
  • Au bout de cinq mois, ils obtiendront un diplôme et seront embauchés en CDI.

Plongé dans son assiette, il aligne méticuleusement deux brochettes de poisson grillé autour d’une garniture. Et suit les directives du chef pour napper le tout de sauce vierge. Rien ne le prédestinait à servir les clients du Martinez. Pourtant, depuis plusieurs semaines, Boubacar officie dans les coulisses du palace de la Croisette sous la toque d’un commis de cuisine.

Comme huit autres jeunes Azuréens, cet habitant du quartier « prioritaire » de Ranguin, à l’ouest de Cannes, a intégré RiseHy, un programme déployé dans les hôtels du groupe Hyatt pour « former et recruter des jeunes déscolarisés. » Avec un diplôme et des CDI à la clé.

« Faire quelque chose de ma vie »

« J’avais commencé des études en boulangerie-pâtisserie, mais ça s’est mal passé dans une entreprise où je devais faire un stage. Je n’ai pas eu mon bac », explique le jeune homme de 21 ans, qui sort « d’une année sabbatique » pour « faire quelque chose de [sa] vie ». « Je traînais avec les jeunes de mon quartier. Quand certains ont commencé à mal tourner, je m’en suis détourné », raconte encore Boubacar, contacté par Les Déterminés, partenaire du groupe hôtelier.

L’association a recruté au total une quarantaine de jeunes dans des quartiers populaires de l’Ile-de-France et des Alpes-Maritimes. « Et nous avons eu plus de candidatures que prévu », témoigne son président Moussa Camara.

Cours pratiques et théoriques dans un des salons du palace

La formation, entamée en octobre et prévue pour se terminer en février, se déroule en pratique, au service et en cuisine notamment, mais aussi dans un des salons de l’hôtel pour des cours théoriques.

« Le groupe Hyatt s’est engagé à recruter 10 000 jeunes dans le monde pour lutter contre la précarité et l’exclusion. Pour nous, c’est aussi l’occasion d’engager du personnel formé à nos métiers. Ceux qui valident leur CQP [certificat de qualification professionnelle] auront un CDI », promet Yann Gillet, le directeur général du Martinez, dont les effectifs peuvent varier de 250 à plus de 700 salariés.

Dans la région, le secteur de l’hôtellerie-restauration peine toujours à recruter. Le secteur est « en tension » avec davantage d’offres que d’embauches.

« Le plus dur, pour certains, est de se lever le matin »

Reste que pour ces jeunes, parfois dans des situations compliquées, le challenge est de taille. « Le plus dur, pour certains, est de se lever le matin, témoigne encore Yann Gillet. On part de zéro avec eux. Ils sont souvent très éloignés des règles de bienséance que l’on demande dans un établissement comme le nôtre, face à une clientèle exigeante. On leur demande une vraie discipline. »

Pas de quoi effrayer Thomas, un autre de ces Déterminés qui se forme au service. « Un CDI, c’est un peu une chance inespérée, explique ce Mandelocien de 19 ans. Je n’ai pas du tout envie de la rater. »