Attaque au couteau à Villejuif : Le parquet antiterroriste se saisit de l'enquête

DRAME Au lendemain de l’attaque, qui a fait un mort et deux blessées, la procureure fait le point sur l'enquête 

S.A. avec AFP

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La police pénètre dans le parc où un homme a poignardé des passants, le 3 janvier 2020 à Villejuif.
La police pénètre dans le parc où un homme a poignardé des passants, le 3 janvier 2020 à Villejuif. — CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP
  • Nathan C., un jeune homme de 22 ans, a attaqué plusieurs personnes au couteau, vendredi, à Villejuif (Val-de-Marne). Une des victimes, un Villejuifois de 56 ans, est décédée de ses blessures quelques minutes après et deux autres personnes ont été blessées.
  • Selon les premiers éléments, l’attaque a eu lieu vers 14 heures dans le parc des Hautes-Bruyères, dans cette ville située au sud de Paris.
  • L’assaillant a été abattu par des policiers de la Brigade anticriminalité (BAC) dans la commune voisine de l’Haÿ-les-Roses.
  • Le parquet national antiterroriste (Pnat) a annoncé samedi soir se saisir de l’enquête pour « assassinat et tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle ».

Au lendemain de l’attaque au couteau à Villejuif ( Val-de-Marne), qui a fait un mort et deux blessées, le parquet national antiterroriste (Pnat) a annoncé samedi soir se saisir de l’enquête sur l’attaque au couteau de Villejuif perpétrée la veille par un jeune homme atteint de troubles psychiatriques et converti à l’islam.

« Si les troubles psychiatriques importants de l’auteur des faits sont avérés, les investigations des dernières heures ont permis d’établir une radicalisation certaine du mis en cause ainsi qu’une préparation organisée de son passage à l’acte », mais aussi « démontré un parcours meurtrier réfléchi et sélectif de nature à troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur », explique le Pnat dans un communiqué.

L’enquête menée initialement par le parquet de Créteil se poursuit donc pour « assassinat et tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle ». Les investigations ont été confiées en co-saisine à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et la Direction régionale de la police judiciaire de Paris.

Un « parcours d’une extrême violence »

Dans une conférence de presse deux heures avant la saisine du Pnat, Laure Beccuau, la procureure de Créteil est revenue sur « le parcours d’une extrême violence et d’une extrême détermination » de l’assaillant de 22 ans.

Le jeune homme qui a agressé au couteau des passants vendredi dans le parc des Hautes-Bruyères a mené son attaque aux cris « d’Allah Akbar », a-t-elle déclaré. Il a été abattu par les policiers qui lui ont demandé à plusieurs reprises de jeter son couteau, a-t-elle ajouté.

La magistrate a détaillé le déroulé des faits dans le parc des Hautes-Bruyères, indiquant que le mis en cause a d’abord épargné un premier passant après que celui-ci lui a certifié être musulman et a récité une prière en arabe. Il s’est ensuite attaqué à un couple, blessant mortellement l’homme, âgé de 56 ans, au niveau du cœur et blessant grièvement sa femme de 47 ans. Puis il a ensuite blessé au dos une joggeuse de 30 ans. Ces deux femmes sont aujourd’hui sorties de l’hôpital.

Lors de sa conférence de presse, la procureure de Créteil avait évoqué la possibilité d’une saisine imminente de la justice antiterroriste après plusieurs découvertes faites par les enquêteurs.

Suivi dans un établissement psychiatrique

Concernant le profil de l’assaillant, il a été identifié notamment par la présence de sa carte bancaire, il s’agit de « Nathan C., né en 1997 », décrit « brillant intellectuellement » par sa famille. « Ses antécédents judiciaires ne sont pas remarquables » a déclaré la procureure, précisant que le jeune homme est connu pour des faits de droits commun à savoir « un usage de stupéfiants quand il était mineur » et « des violences légères » lors d’une manifestation Nuit Debout à Paris.

L’auteur de l’attaque était suivi dans un établissement psychiatrique jusqu’en mai 2019 et avait arrêté son traitement en juin, a indiqué samedi la procureure de Créteil. Tué par la police après son attaque, Nathan C., 22 ans, faisait l’objet d’un suivi psychiatrique « depuis l’âge de 5 ans » selon sa mère, a déclaré la magistrate Laure Beccuau. Il a également fait l’objet de plusieurs hospitalisations, notamment sur la demande de ses parents.

Une « lettre testamentaire »

« Ses proches sont en totale coopération », a-t-elle précisé, indiquant que les auditions de ses proches et des témoins se poursuivent « afin de faire la lumière sur une conversion à l’islam » entre mai et juillet 2017. Vendredi, les premiers éléments d’enquête avaient fait état de la présence sur les lieux de son sac contenant plusieurs objets attestant de sa conversion : « des ouvrages dont le Coran, des ouvrages divers sur la religion musulmane, des ouvrages salafistes », a détaillé lors de la conférence de presse Philippe Bugeaud, directeur adjoint de la police judiciaire de Paris.

Une lettre aux accents testamentaires, « qui peut être considérée, non pas comme une lettre d’allégeance, mais une lettre de départ, une lettre testamentaire avec des répétitions assez caractéristiques du musulman qui s’auto-flagelle et qui sait qu’il va peut-être faire le grand saut » a également été retrouvée par les enquêteurs. Ce courrier démontre que l’acte avait été « préparé », a estimé Laure Beccuau.

Des zones d’ombre à éclaircir

Des perquisitions ont eu lieu à son domicile dans le XIVe arrondissement, celui de ses parents, et celui de sa compagne résidant « dans un département de la grande couronne » où du matériel informatique a été saisi. Le logement que Nathan C. occupait à Paris a également renforcé les soupçons de terrorisme parce qu’il avait « tous les signes d’un appartement qui n’allait plus être occupé », a souligné la procureure.

Quelques jours avant les faits, l’assaillant avait souhaité se marier religieusement avec sa compagne, elle aussi convertie, mais il avait essuyé le refus d’un imam au motif que la démarche n’avait pas été précédée d’un mariage civil, a indiqué la procureure, confirmant une information du Parisien.

Selon la magistrate, « reste à parfaire » et à élucider plusieurs questions concernant « la nature de sa radicalisation », le « parcours » de Nathan C. depuis le 2 janvier, la nature de « ses contacts ». Il n’y a « pas de démonstration de complices pour l’instant », a-t-elle précisé.