Météo-France, Enedis… Vingt ans après les tempêtes de 1999, qu’est-ce qui a changé ?

ELECTROCHOC Météo-France et Enedis sont en première ligne lors de tempêtes ou d’événement météo important, et vingt ans après, les leçons de Lothar et Martin sont encore très prégnantes

Rachel Garrat-Valcarcel

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Des lignes à haute tension par terre après le passage de Lothar, ici le 5 janvier 2000, près de Reims. (archives)
Des lignes à haute tension par terre après le passage de Lothar, ici le 5 janvier 2000, près de Reims. (archives) — ALAIN JULIEN / AFP
  • Il y a vingt ans, 92 personnes mouraient et des millions de foyers étaient privés d’électricité à cause du passage des tempêtes de 1999, les 26 et 27 décembre.
  • De ces deux événements marquants, des leçons ont été tirées par bien des entreprises et par les pouvoirs publics.
  • C’est notamment le cas chez Météo-France et Enedis, interrogés par 20 Minutes.

Lothar et Martin, plus communément appelées « les tempêtes de 1999 », celles et ceux qui les ont vécues ne les ont pas oubliées. Leur bilan – 92 personnes mortes sur l’ensemble de la France – et leurs rafales de vent pouvant aller jusqu’à 200 km/h ont laissé des traces. Et si la France connaît toujours des tempêtes plus ou moins régulières, dont un paquet depuis début novembre, jamais aucun événement n’a depuis approché l’ampleur de ceux des 26 et 27 décembre 1999. Cela, ni Météo-France ni EDF (aujourd’hui Enedis pour les réseaux) ne l’ont oublié.

Les deux entreprises, littéralement en première ligne avant et après les tempêtes, se sont trouvées confrontées aux diverses carences de leurs dispositifs. Et des leçons, plus ou moins visibles, ont été tirées.

Du rouge partout

Côté Météo-France, Lothar et Martin, fin 1999, ce sont respectivement 46 et 35 départements en vigilance rouge aux vents violents. Vous ne vous souvenez pas de ces cartes de vigilance ? C’est normal, en 1999, elles n’existent pas. Et c’est précisément cet épisode, ainsi que celui des inondations de l’Aude, un peu plus tôt, qui va provoquer, en 2001, la création de ces cartes simples et connues aujourd’hui de toutes et tous (les deux cartes qui suivent ont d’ailleurs été créées cette année par Météo-France pour illustrer l’intensité de Lothar et Martin, à partie des données de l’époque).

Cela marque un « changement de philosophie » chez Météo-France, explique François Lalaurette, directeur des opérations pour la prévision. « On comprend qu’on ne peut plus se contenter d’un simple bulletin météorologique. » Il s’agit de devenir plus concret pour le public. De ne pas s’intéresser seulement à ce qui vient des nuages, à ses conséquences sur le plancher des vaches. « Imaginer les conséquences de vents à 120, 150 voire 175 km/h, à partir de chiffres, ça n’est pas naturel », ajoute Météo-France.

De puissants calculateurs

C’est la vigilance cyclonique dans les outremers, qui existait déjà en 1999, qui inspire les cartes de vigilance en France. Elles sont d’ailleurs créées en co-production avec le reste des pouvoirs publics. Aujourd’hui, la méthode, qui a connu quelques évolutions en vingt ans, semble toujours efficace. « Des enquêtes nous apprennent que non seulement les cartes sont connues, mais en plus les personnes sont prêtes à modifier leurs comportements en conséquence », explique François Lalaurette. Météo-France pense d’ailleurs que sans ça, les canicules et autres tempêtes auraient des bilans humains bien plus graves encore.

Mais pour des cartes de vigilance crédibles, il faut des prévisions robustes. Cela passe par des machines dont la puissance a considérablement augmenté en vingt ans. « Nos calculateurs sont 100.000 fois plus rapides qu’en 1999 », dit le directeur des opérations pour les prévisions. Mais ça veut dire quoi ? Trois choses principalement. « D’abord, nos prévisions sont plus réalistes, car elles détectent de plus petits phénomènes, comme de petites cellules orageuses. Ensuite, nos observations sont plus précises grâce aux satellites, notamment sur les mers, là où naissent les tempêtes. Enfin, sur des événements exceptionnels comme Martin et Lothar, les situations sont très instables. Aujourd’hui, ces calculateurs permettent de mieux tester la robustesse de nos modèles. Les formations des tempêtes de 1999 auraient été mieux observées avec les moyens d’aujourd’hui. »

Les défis d’EDF

Du côté d’Enedis (à l’époque EDF), en décembre 1999, il faut faire face à 3,7 millions de foyers privés d’électricité « et des dizaines de milliers de lignes et de poteaux par terre sur 90 départements », rappelle, pour bien donner la mesure de l’événement, Robin Devogelaere, directeur de la communication de l’entreprise. « Les compétences étaient là, mais dans de telles conditions, on ne savait pas faire. 55.000 personnes ont été mobilisées, dont des retraités de l’entreprise, mais aussi des employés d’entreprises étrangères. Il y a eu une solidarité inouïe », détaille Enedis.

« Une armée en campagne »

Sauf que ces 55.000 personnes, il faut les nourrir et les loger. « C’est une véritable armée en campagne », décrit Robin Devogelaere. Une logistique qui va rapidement être encadrée par EDF et son président de l’époque, François Roussely. Les Fire (Formation d’intervention rapide électricité) sont ainsi créés. 2.500 personnes en font partie aujourd’hui, sur un effectif de 38.000 salariés et salariées chez Enedis. « Ce sont des équipes spécialisées, très mobiles et entraînées pour de tels événements. Elles sont mobilisables 24h sur 24 », détaille le directeur de la communication d’Enedis.

Surtout, ces équipes disposent de leur propre équipement. « En 1999, on s’est aussi confronté à un manque de matériel » devant l’immensité du chantier. « Aujourd’hui, (les Fire) ont des kits neige, des kits inondation, des kits canicules… Hors du matériel mis à disposition pour les maintenances normales », note Robin Devogelaere. Au-delà des moyens humains, EDF s’intéresse davantage à la météo et fait ses propres prévisions en rapport avec son réseau. « On peut faire un diagnostic 48 heures à l’avance pour savoir où on risque d’avoir des problèmes », dit Robin Devogelaere. A tel point que les équipes du Fire partent parfois de leurs bases avant même que la tempête n’ait commencé.

Résolutions à distance

Côté technique, les tempêtes de 1999 ont servi « d’électrochoc » à EDF, qui a fortement accéléré l’enfouissement de ses réseaux. Aujourd’hui, si 52 % du 1,4 million de kilomètres du réseau électrique français sont enterrés, c’est grâce aux lourds travaux qui ont eu lieu dans les trois années qui ont suivi les tempêtes. 17.000 kilomètres sont enfouis chaque année, dont 98 % sont de nouvelles lignes.

Enfin, la révolution numérique est aussi passée par là. « Nous avons aujourd’hui une trentaine de tours de contrôles en France qui permettent de rétablir l’électricité à distance en cas de problème », explique Robin Devogelaere. En clair ? Equivalents à des « postes d’aiguillages de l’électricité », ils permettent de diriger l’énergie vers les foyers via « un itinéraire bis » quand le premier est défaillant. Exemple : « Lors de la tempête Fabien du week-end dernier, on a parlé d’environ 100.000 foyers privés d’électricité. Ce qui n’est pas dit, c’est que 200.000 autres foyers coupés ont retrouvé l’électricité en quelques minutes grâce à l’un de ses aiguillages », explique Enedis.