Tempêtes, fortes pluies… Ce début d’hiver très perturbé est-il exceptionnel ?

INTERVIEW Depuis un mois, on ne compte plus les alertes orange pour les fortes pluies et les vents violents

Propos recueillis par Rachel Garrat-Valcarcel

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La tempête Fabien a balayé la France et notamment le Sud-Ouest ce week-end, comme ici, à Andernos, sur le bassin d'Arcachon.
La tempête Fabien a balayé la France et notamment le Sud-Ouest ce week-end, comme ici, à Andernos, sur le bassin d'Arcachon. — NICOLAS TUCAT / AFP
  • Les tempêtes et épisodes méditerranéens se suivent depuis plus d’un mois en France, pourtant, cela n’a rien d’exceptionnel, juge Emmanuel Demaël, ingénieur prévisionniste à Météo-France.
  • Néanmoins, le début d’hiver est très perturbé. Mais la réunion des conditions favorables à ce type de phénomène est très variable d’une année sur l’autre.
  • D’après Météo-France, une période de pause relativement longue arrive à partir de Noël.

La tempête Fabien a balayé la France, samedi soir et ce dimanche. C’est déjà la sixième tempête ou fort coup de vent de la saison. Et c’est sans compter avec les épisodes méditerranéens, avec des pluies violentes, qui ont noyé le sud-est ces dernières semaines. Un début d’hiver très agité donc, mais est-ce normal ou inhabituel ? Emmanuel Demaël, ingénieur prévisionniste à Météo-France, fait le point pour 20 Minutes.

Le nombre de tempêtes ces dernières semaines est-il exceptionnel ou l’accumulation nous donne-t-elle une fausse impression ?

A priori, c’est assez contextuel. Il y a des périodes comme ça, ça n’arrive pas forcément tous les ans. Sur les tempêtes et dépressions qui touchent le pays, il faut avoir en tête qu’il y a une forte variabilité entre les années. Depuis deux mois on est soumis à un type de temps qui est propice à cela. C’est lié au « rail Atlantique des perturbations », au jet-stream aussi, qui ramènent des systèmes perturbés qui vont se former de l’autre côté du bassin nord Atlantique, au large de Terre-Neuve, par exemple. Ces dépressions vont ensuite circuler plus ou moins au nord. D’habitude c’est plutôt sur les îles britanniques, sur la Norvège, la Scandinavie. Nous, on est soumis à des perturbations mais pas vraiment au cœur dépressionnaire, qui apporte le plus de vent. Et là, le fameux jet-stream, qui est un tube de vent très fort en altitude, était très sud. Et donc les perturbations sont venues circuler très proches du pays voire carrément sur la péninsule ibérique. Dans ces cas-là, ça a apporté soit des épisodes méditerranéens assez nombreux, soit des coups de vent qui se sont répétés depuis début novembre.

Ces coups de vent ont été nombreux quand même…

Il y en a eu un le 3 novembre, c’était la tempête Amélie. Après on a eu Cécilia, les 22-23 novembre. Et puis ça s’est un peu accéléré depuis la mi-décembre avec un coup de vent, pas nommé mais qui a été le plus fort de la saison en cour, les 12 et 13 décembre, puis Daniel les 16 et 17 décembre et Elsa, le fort coup de vent de secteur sud, qui nous a concernés les 19 et 20 décembre et enfin la soirée d’hier et aujourd’hui, la tempête Fabien. Ça fait six évènements auxquels on peut ajouter les épisodes méditerranéens avec la pluie. On est passé d’une situation, en début d’automne, de sécheresse assez remarquable voire historique dans certaines régions à des sols qui sont aujourd’hui saturés. Il y a eu de la pluie sur l’ensemble de la métropole, tout le monde a été servi. Avec des records à la clef en Corse et dans le Sud-Ouest notamment.

Ces coups de vents, ils sont exceptionnels ?

Pas vraiment. Fabien n’a rien d’exceptionnelle, c’est une bonne tempête hivernale assez classique. On peut même dire, pour le Sud-Ouest, où l’épisode est terminé, que la séquence des 12 et 13 décembre était même peut-être un cran supérieur, en tout cas dans les terres.

On peut faire un lien entre les épisodes méditerranéens, qui se caractérisent par de fortes pluies sur un temps plutôt court, et ces tempêtes qui amènent des vents violents ?

Il y a un peu de tout là-dedans, mais ce n’est pas complètement décorrelé. Puisqu’on avait un rail perturbé assez bas en latitude, donc. On avait aussi des dépressions qui gravitaient jusqu’en Méditerranée parfois, ou au pire sur la péninsule ibérique et qui étaient à l’origine de ces pluies en Méditerranée. On a eu beaucoup de régimes perturbés, plein ouest, qui sont plutôt favorables aux forts coups de vents ou aux tempêtes et des fois aussi des influences un peu plus sud-ouest, plus favorables aux épisodes méditerranéens.

Sur l’épisode du 19-20 décembre, on a eu à la fois des coups de vent, notamment du côté de Saint-Etienne avec des records, et de la pluie en Méditerranée avec encore des vigilances orange sur le Var et les Alpes-Maritimes. Donc on peut avoir les deux mais aussi des tempêtes qui n’apportent pas forcément beaucoup de pluie, en fonction des flux en Méditerranée. Mais ce qu’il faut retenir, c’est qu’on a été sur des régimes vraiment perturbés, soit d’ouest avec des coups de vent, soit de sud-ouest, avec des pluies.

Cette situation perturbée c’est quelque chose qui devrait continuer, fin décembre et en janvier ?

La prévision saisonnière faisait surtout état de douceur, a priori dans des conditions perturbées ou faiblement perturbées préférentielles. C’est-à-dire une influence océanique très dominante. Ce début d’hiver va effectivement dans ce sens mais il faut toujours prendre ces prévisions saisonnières avec du recul. D’autre part, ce n’est pas parce qu’on évoque ce type de scénario moyen sur trois mois qu’au sein de ces trois mois on ne va pas avoir aussi des épisodes de froid remarquable, c’est possible. On ne peut donc pas tirer de conclusions. On est parti, certes, dans des conditions très perturbé mais déjà on voit du changement. A partir de Noël, au moins pour quelques jours, on va voir le retour de conditions anticycloniques assez durables, ce qui n’avait pas été le cas depuis longtemps. On avait eu quelques petites pauses, cette fois ça sera peut-être un peu plus long.