Attaque du Thalys : Le tireur et trois autres suspects renvoyés aux assises

TERRORISME Ayoub El Khazzani avait été maîtrisé par des passagers du train avant d’avoir pu faire des victimes

G. N. avec AFP

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Des policiers à l'intérieur du Thalys, le 21 août 2015.
Des policiers à l'intérieur du Thalys, le 21 août 2015. — /AP/SIPA

A l’été 2015, un carnage avait été évité de justesse dans un Thalys Amsterdam-Paris grâce à l’intervention de passagers. Le tireur, Ayoub El Khazzani, sera jugé aux assises au côté de trois autres suspects pour cette attaque pilotée par le coordinateur des attentats djihadistes du 13-Novembre. Dans leur ordonnance de renvoi signée mercredi, dont l’AFP a eu connaissance, les juges d’instruction antiterroristes ont renvoyé devant une cour d’assises spéciale Ayoub El Khazzani, un Marocain aujourd’hui âgé de 30 ans, pour « tentative d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle ».

Trois autres protagonistes comparaîtront devant la même cour : Bilal Chatra et Mohamed Bakkali pour « complicité de tentative d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle », et Redouane Sebbar, de son vrai nom Redouane El Amrani Ezzerrifi, uniquement pour cette dernière infraction. « Nous nous réjouissons à l’idée qu’un procès va avoir lieu », a déclaré à l’AFP Antoine Casubolo-Ferro, avocat de l’AFVT, association de victimes. Ayoub El Khazzani « a failli commettre un carnage monstrueux, heureusement que des gens ont empêché cela », a-t-il ajouté, saluant le « courage » et le « sang-froid » des passagers. L’avocate du tireur était pour sa part injoignable.

Compagnon de route d'Abaaoud

le 21 août 2015, quelques mois avant les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis, Ayoub El Khazzani, monté en gare de Bruxelles, avait ouvert le feu à l’intérieur du Thalys, armé d’une kalachnikov et de neuf chargeurs pleins. Il avait blessé deux personnes avant d’être maîtrisé par des passagers, dont des militaires américains en vacances, qui avaient ainsi évité une tuerie de masse. Pendant l’enquête, Ayoub El Khazzani « a reconnu avoir rallié l’organisation Etat islamique [EI] et accepté de commettre un attentat en Europe », soulignent les juges dans leur ordonnance.

Cet homme radicalisé s’était en effet rendu en Syrie, où il avait été repéré par Abdelhamid Abaaoud, coordinateur de la cellule de Daesh ayant frappé la France et la Belgique en 2015 et 2016, mort dans un assaut des policiers cinq jours après les attentats du 13-Novembre. Les deux hommes ont pris ensemble la route des Balkans à l’été 2015, avec l’aide de Bilal Chatra et Redouane Sebbar qui ont joué le rôle d'« éclaireur », puis de Mohamed Bakkali, soupçonné de les avoir récupérés en voiture à Budapest et Cologne et de les avoir conduits « dans un appartement conspiratif en Belgique ».

Il a perdu les pédales

Selon Ayoub El Khazzani, qui a gardé le silence pendant 18 mois, l’objectif dans le train « était de tuer les soldats américains présents, qu’Abdelhamid Abaaoud avait décrits très précisément et non les autres passagers », relatent les juges, qui estiment toutefois que cette thèse n’est « pas crédible ».

Aux enquêteurs, il a affirmé avoir renoncé à son projet d’attentat à l’ultime seconde, trop tard pour éviter une bagarre avec les passagers qui voulaient le désarmer. « En réalité, après être sorti des toilettes où il s’était longuement préparé, Ayoub El Khazzani a perdu la maîtrise des événements et n’a pu réaliser son projet meurtrier », écrivent les magistrats.