Pourquoi les grandes discothèques françaises sont en plein déclin

DEMONS DE MINUIT Les grands complexes situés en périphérie ou à la campagne ferment les uns après les autres

Francois Launay

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Une boîte de nuit à Paris
Une boîte de nuit à Paris — FRANCOIS XAVIER MARIT / AFP
  • Plus grande discothèque au nord de Paris, le Kes West a fermé ses portes le 14 décembre.
  • Le symbole d’un changement d’époque qui montre que les fêtards préfèrent désormais les clubs de centre-ville aux grandes boîtes de périphérie ou de campagne.
  • Un changement qui s’accompagne de nouveaux comportements en termes de déplacement ou de consommation d’alcool

C’est la fin d’une époque. Samedi 14 décembre, des milliers de noctambules sont venus danser une dernière fois au Kes West. Installé à Bours, un bled perdu dans la campagne autour de Béthune ( Pas-de-Calais), la plus grande discothèque au nord de Paris a définitivement fermé ses portes après trente-trois ans d’existence.

L’immense complexe de 5.600 m2, ses bars à thèmes et ses neuf salles aux ambiances différentes a accueilli jusqu’à 3.500 personnes certains week-ends. Mais après des riches années de fête, le Kes West fonctionnait au ralenti depuis cinq ans. La faute à un changement de mœurs.

« Avant, on était un lieu incontournable pour la jeunesse. Si on voulait rencontrer quelqu’un, il fallait forcément sortir en fin de semaine pour pouvoir s’amuser ensemble », constate Jérémy Leroy, le patron du Kes West. « Maintenant, les gens se rencontrent sur les réseaux sociaux. Et puis globalement, les jeunes n’ont plus envie d’aller dans de grands ensembles. Ils se retrouvent plus facilement au bistrot, au resto ou ils restent chez eux tout simplement »

« On est devenu has been »

La génération Tinder-Netflix aura donc eu raison des Macumba, Calypso ou autres Troubadour. Partout, dans le Nord mais aussi dans toute la France, les grandes discothèques situées à la périphérie des villes ne font plus recette et ferment les unes après les autres.

« En France, il y a 3.000 discothèques et chaque semaine, il y en a une qui ferme. Le temps des grosses boîtes de nuit est terminé », constate Franck Duquesne gérant du Duke’s, une boîte lilloise, et en charge du monde de la nuit à l’Union des métiers d’industrie et de l’hôtellerie (UMIH) Hauts-de-France. « Il ne faut pas avoir peur des mots : on est devenu has been. Avant les rencontres se faisaient automatiquement en boîte quand on passait une série de slows. Maintenant, quand vous passez des slows, les gens vous regardent bizarrement en se demandant ce que vous faites », image Jérémy Leroy.

Mais ce déclin des gros complexes ne veut pas dire que les gens ne dansent plus. Si les fêtards fuient les discothèques situées à la campagne ou en périphérie, les clubs de centre-ville ont le vent en poupe. « Les gens préfèrent aujourd’hui les lieux plus confinés. Quand ils sortent d’un bar, ils veulent aller dans une boîte de centre-ville sans prendre la voiture pour des raisons d’alcoolémie et de sécurité », explique Franck Duquesne. « Par exemple, les gens repartent beaucoup en Uber. Entre les arrivées et les départs, il y en a jusqu’à 300 par soirée. »

Les gérants de boîtes ne font plus fortune

Nouveaux lieux, nouveaux types de déplacement mais aussi nouveau types de consommation. Aujourd’hui, à l’image d’une société où tout change très rapidement, il faut boire vite pour être vite ivre. « Avant les gens prenaient une bouteille de whisky pour la soirée. Maintenant, les gens prennent une bouteille et la vident en moins d’une heure », remarque le patron du Kes West.

De là à dire que les chiffres d’affaires des gérants de boîtes de nuit ont augmenté, il y a un pas… que personne ne franchit. Surnommé le pape des nuits lilloises, Franck Duquesne aura détenu jusqu’à quatre boîtes de nuit au temps de sa splendeur. Aujourd’hui, il lui en reste une seule. Mais si le sexagénaire a très bien vécu, il ne conseillerait à personne de se lancer dans le milieu aujourd’hui.

Une nouvelle ère s’ouvre dans le monde de la nuit

« Les patrons de boîtes de nuit gagnent quatre fois moins d’argent qu’il y a quinze ans. Et là où il fallait 30.000 euros pour ouvrir une boîte il y a trente ans, il en faut désormais 300.000. Je pense que d’ici à vingt ans, il n’y aura plus de boîtes de nuit du tout. Elles seront progressivement remplacées par des bars-boîtes ou des restos-boîtes », conclut Duquesne.

La fin d’une époque et le début d’une nouvelle ère. Après les bals de village ou encore les dancings, les grandes discothèques sont donc sur le point de disparaître avec son lot de nostalgie. Même si la France continue toujours de danser.