Ardèche : La construction d'une gigantesque église dans un petit village déchaîne les passions

QUERELLE L’église en question, trois fois plus grande que la basilique de Fourvière à Lyon, est implantée au cœur du parc naturel des Monts d’Ardèche

20 Minutes avec AFP

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Illustration dans une église.
Illustration dans une église. — E. Frisullo / 20 Minutes

Dans leur vallée encaissée d'Ardèche, les 400 habitants de Saint-Pierre-de-Colombier se déchirent autour de la construction d’une gigantesque église lancée à l’initiative d’une communauté religieuse locale.

Un conflit marqué par des années de procédures judiciaires, de « pressions » disent certains, et des stigmates qui se lisent encore sur les murs : « Non aux cathos intégristes, non à la basilique ».

Trois fois plus grande que la basilique de Fourvière

La « basilique » est en réalité une église d’une capacité d’accueil de 3.500 personnes – trois fois celle de son homologue de Fourvière à Lyon - dont les travaux ont commencé en mai, bien que l’évêque de Viviers n’ait toujours pas donné son accord officiel.

L’initiateur du projet est la Famille missionnaire de Notre-Dame, une communauté catholique créée dans le village après la Seconde Guerre mondiale. Reconnue par l’Eglise et l’Etat, la congrégation compte aujourd’hui un peu plus d’une centaine de membres.

Chaque mois de décembre, sur deux week-ends, 2.000 personnes viennent en pèlerinage à Saint-Pierre-de-Colombier. C’est notamment pour les accueillir que la congrégation souhaite construire son sanctuaire, Notre-Dame des Neiges, ainsi que des bâtiments d’hébergement.

« C’est un hectare et demi qui va être bétonné »

Mais, du fait de sa localisation au cœur du Parc naturel régional des Monts d’Ardèche, la construction de 50 mètres de hauteur fait grincer des dents les défenseurs de l’environnement. Samedi dernier, le millier de pèlerins, qui a arpenté le village pour rejoindre la statue de la Vierge érigée sur une colline, a dû faire face aux opposants au projet. Soit environ 250 personnes, vêtues de noir et d’une écharpe rouge, qui s’était postées sur le parcours.

« C’est encore un sol qui va être artificialisé : c’est le seul pré plat du village et un hectare et demi va être bétonné », dénonce Adrien Ledunois, représentant de la Confédération paysanne. L’abbé Hugues Chapelain a lui parcouru 60 kilomètres pour participer à la fois au pèlerinage… et à la mobilisation.

A la tête d’une abbaye qui porte le même nom que la future église du village (Notre-Dame des Neiges) le religieux assure ne pas s’opposer à la congrégation mais regrette ses méthodes. « Elle achète les maisons du village, sonorise la montagne… Ce n’est pas normal, estime-t-il. Je demande qu’il y ait des discussions avec les habitants de la vallée et que les relations s’apaisent. »

Le sujet revient à chaque élection municipale

Tous les six ans, cette bataille autant culturelle qu’idéologique et religieuse se livre aussi dans les urnes. Depuis mars 2001, Gérard Fargier est élu à la mairie. Deux-tiers des votants le soutiennent (258 voix en 2014), dont la moitié sont des membres de la communauté religieuse.

« Ils sont domiciliés ici, même s’ils vivent dans d’autres foyers », s’indigne Daniel Calichon, habitant du village hostile au projet et membre de l’opposition aux dernières élections.

« On tourne un peu partout en France mais notre maison-mère se situe ici. Il n’y a rien d’illégal », relève pour sa part un fidèle. Mais pour le reste, la communauté reste silencieuse. « A la demande de l’évêque, nous ne répondons plus aux questions des journalistes », explique-t-elle par courriel.