Faire du chantage au père Noël à ses enfants, une bonne idée ou pas ?

NOEL POUR LES NULS (3/15) Cette rengaine qui consiste à faire croire que le père Noël ne passera pas ou fera moins de cadeaux, comporte des risques dont les parents n'ont pas toujours conscience

Delphine Bancaud

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Un père Noël qui hésite à donner un cadeau à un enfant.
Un père Noël qui hésite à donner un cadeau à un enfant. — Camrocker / iStock / Getty Images
  • La rédaction de « 20 Minutes » vous accompagne pendant les fêtes de fin d’année. Grandes questions, petites interrogations, vrais tracas ? On vous répond.
  • A l'approche de Noël, un réflexe assez fréquent chez de nombreux parents est de faire du chantage au père Noël à leurs enfants.
  • Une pratique éducative contestable car elle insécurise l'enfant et décrédibilise la parole de l'adulte.

« Si tu n’es pas sage, le Père Noël ne passera pas. » Une chambre mal rangée, une mauvaise note à l’école, un caprice… et la menace tombe. A l’approche des fêtes, la tentation est forte chez certains parents de faire du chantage au père Noël pour que leurs enfants se tiennent à carreau.

Une pratique à laquelle se livre Anne-Sophie, qui a répondu à notre appel à témoins : « Mon mari et moi utilisons souvent cet argument pour que notre fille soit un peu plus calme. Nous avons le bonheur d’avoir une enfant pleine de vie, mais il arrive qu’elle n’en fasse qu’à sa tête. Pour que des règles de la vie de tous les jours soient respectées (bonjour, merci, s’il te plaît) nous lui expliquons que le père Noël voit tout et entend tout. Qu’il n’amène pas les cadeaux aux enfants pas sages et impolis. Généralement elle se tient à carreaux pendant quelques heures », raconte-t-elle.

Idem pour Valérie : « Nous avons déjà fait semblant deux fois d’appeler le père Noël en présence de notre fils de 3 ans et demi pour lui dire que notre petit bout n’était pas très sage et qu’il ne fallait donc pas apporter le cadeau. Nous avons également raconté que des petits lutins espionnaient les maisons, afin de rapporter les méfaits des enfants au père Noël. Un chantage que nous utilisons afin qu’il range ses jouets et qu’il mange correctement sa soupe. » Quant à Séverine, mère de 4 enfants, elle avoue avoir « usé et abusé » de cette menace.

« Cela crée un sentiment d’insécurité »

Une manière d’acheter la paix domestique qui en dit long sur les pratiques éducatives de certains parents, estime Patricia Chalon, psychologue psychothérapeute et autrice de l’ouvrage Les peurs de l’enfant (Ed. Eyrolles) : « Certains parents ont tendance à faire du chantage tout le temps pour obtenir ce qu’ils veulent ». Un avis partagé par Chloé Blin-Maginot, coach parentale et autrice de Vivez une parentalité slow ! (Ed. Leduc) : « Beaucoup de parents fonctionnent sous un mode punitions et récompenses », souligne-t-elle. Et ils estiment que l’utilisation du père Noël à la fois comme carotte et bâton porte ses fruits : « Ma fille fait beaucoup moins de caprices », estime ainsi Séverine.

Une obéissance qui serait en trompe l’œil, selon Chloé Blin-Maginot : « Cela rend l’enfant plus coopérif à court terme, car il ne veut pas décevoir ses parents. Mais pas à long terme, car il ne comprend pas ce qu’on attend de lui », estime-t-elle. Cette menace d’être privé d’une partie de ses cadeaux peut aussi générer un stress chez les plus petits : « Cela crée un sentiment d’insécurité, l’enfant va se mettre une pression les mois précédant Noël pour s’efforcer de correspondre à ce que l’on attend de lui. D’autant plus, quand il n’arrive pas à atteindre l’objectif fixé par ses parents », analyse Patricia Chalon. « Or, pour bien grandir, il a besoin de sécurité et d’amour inconditionnel de la part de ses parents », complète Chloé Blin-Maginot.

« Le père Noël, une personne omnisciente qui le juge »

Et le fait de brandir une menace que l’on n’appliquera pas pose aussi un autre problème, selon Patricia Chalon : « Cela discrédite la parole de l’adulte. Car l’enfant finit par comprendre qu’il fait semblant. Puisque sa parole n’a pas de poids, alors l’enfant n’a aucune raison d’arrêter d’être capricieux ou colérique », souligne-t-elle. « ll se rend compte qu’on lui a menti de manière éhontée pour le contraindre à avoir un comportement digne d’amour », renchérit Chloé Blin-Maginot.

Enfin ce chantage au bonhomme à barbe blanche risque de gâcher la magie de Noël : « L’enfant va se représenter le père Noël comme une personne omnisciente qui le juge », constate Chloé Blin-Maginot. « Cela peut casser chez lui durablement le mythe du père Noël », complète Patricia Chalon. Ce dont atteste notre lectrice, Patricia : « Ce genre de chantage est dévastateur. Cela m’a fait détester les fêtes jusqu’à ce jour (j’ai 65 ans). Je n’ai repris la tradition que pour mes enfants et je l’ai vite abandonnée dès qu’ils ont grandi », confie-t-elle.

Une injonction de comportement parfait

Alors même si la tentation de faire du chantage aux cadeaux est aisée, certains parents, à l’instar de Marie, s’y refusent : « Je trouve cela carrément horrible. Ma fille sait qu’elle peut me faire confiance et je n’ai jamais besoin de faire du chantage pour qu’elle soit sage ou travaille bien à l’école », indique-t-elle. « Je préfère éduquer mes enfants en mettant l’accent sur les récompenses plutôt que les punitions, surtout celle émanant d’une entité omnisciente », lance aussi Franck.

Face à un enfant turbulent ou capricieux à l’approche des fêtes, il existe d’autres choix éducatifs, explique Patricia Chalon : « La règle qui marche le mieux, c’est faire ce que l’on dit et dire ce que l’on fait. Il faut avant tout comprendre ce qui ne va pas chez l’enfant. Le mieux étant de négocier avec un enfant, ce qui lui permet de réfléchir, de choisir », insiste la psychologue.

« Il faut en finir avec l’injonction du comportement parfait délivrée aux enfants, arrêter de leur mettre la pression et leur offrir de la douceur à Noël », ajoute Chloé Blin-Maginot. C’est la méthode qu’a choisie une de nos lectrices, Elodie : « Expliquons-leur comment gérer leurs émotions pour que leur comportement soit adapté et ne mêlons pas le père Noël à notre quotidien éducatif. Mon fils ne sera probablement pas sage toute l’année et il sera gâté par le père Noël », affirme-t-elle. Un principe de réalité qui permettra aux adultes comme aux enfants, de profiter pleinement de la magie des fêtes.