Grève SNCF à Noël : Les Français s’organisent, « quitte à passer 12h en bagnole avec des inconnus »

SOCIAL Alors que la mobilisation contre la réforme des retraites se durcit, les Français cherchent des alternatives au train pour pouvoir fêter Noël en famille.

V.V.

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Si la grève des transports se poursuit, le Père Noël pourrait faire de l'auto-stop pour livrer ses cadeaux.
Si la grève des transports se poursuit, le Père Noël pourrait faire de l'auto-stop pour livrer ses cadeaux. — Czarek Sokolowski/AP/SIPA
  • La CGT a appelé à maintenir le mouvement de grève contre la réforme des retraites jusqu’au retrait total du projet du gouvernement.
  • La SNCF estime qu’elle pourra faire circuler environ la moitié des voyageurs ayant pris des billets.
  • Alors que les prévisions seront annoncées mardi, beaucoup sont déjà à la recherche d’alternatives.

Si les adultes croyaient encore au Père Noël, ils lui commanderaient sans doute un petit train en guise de cadeau. A dix jours du réveillon, la plus grande incertitude demeure sur la capacité de la SNCF à acheminer les Français dans leurs familles en raison de la mobilisation contre la réforme des retraites. Laurent Berger, le patron de la CFDT, s’est prononcé contre « le blocage des transports à Noël », mais la CGT, elle, réclame toujours le retrait du projet du gouvernement avant de lever la grève…

Et comme souvent, les mots ont un sens. Ainsi, quand Rachel Picard, la directrice générale de Voyages SNCF, assure qu’elle va « essayer d’accomplir des miracles », elle ne parle pas de la Nativité mais bien de la capacité de son entreprise à faire partir « la moitié des voyageurs » ayant commandé des billets. Un objectif affiché qui laisse aussi entendre que l’autre moitié restera à quai.

« On va prendre la voiture d’un copain… »

Très critique envers les grévistes, Édouard Philippe a beau demander, ce dimanche dans les colonnes du Parisien, que « chacun prenne ses responsabilités », ce sont surtout les voyageurs qui le font pour l’instant. Comme Antoine. Militaire, il n’a même pas essayé de commander un billet de train pour rentrer à Brest (Finistère). « J’ai vu que la situation empirait. Alors je me suis arrangé avec un copain et on va prendre sa voiture en se partageant les frais. Ce sera plus long, c’est tout… »

Mais d’autres n’ont pas la chance d’avoir un copain, heureux propriétaire d’une voiture. Étudiante dans le domaine des ressources humaines à Poitiers (Vienne), Lorena attend, elle, avec impatience la date de mardi où la SNCF a promis de publier la liste des trains impactés par la grève. « Manque de bol, je dois prendre deux trains. Le premier pour aller de Poitiers à Bordeaux et, ensuite, un second pour rejoindre mon père à Montpellier. Si ça se trouve, le premier circulera mais pas le second. Ou l’inverse… »

Malgré tout, la jeune femme de 23 ans garde le sourire. « Je ne veux pas rester seule à Noël et je ne veux pas que mon père soit seul aussi… » En cas d’annulation, elle a donc prévu de faire du covoiturage. « Quitte à passer douze heures en bagnole avec des inconnus… »

Deux millions de places Blablacar, 400 Flixbus…

Depuis que le rail flanche, le bitume retrouve en effet de l’intérêt auprès des voyageurs. Contacté par 20 Minutes ce dimanche, le site de covoiturage Blablacar assure que son activité a été multipliée par deux depuis le début du mouvement de grève. « Selon nos prévisions, nous devrions pouvoir proposer deux millions de places environ le week-end avant Noël, assure un porte-parole. Nous allons même renforcer notre équipe qui travaille sur la relation clientèle pour absorber les demandes… »

Flixbus aussi a décidé de se mettre « en version maximum ». Habituée à proposer 320 cars par jour habituellement, la compagnie a prévu de passer à 400 véhicules à cause de la grève. « On est sur une hausse de 50 % de la demande par rapport à la même période l’an dernier, estime Raphaël Daniel, porte-parole de la compagnie. Les gens veulent sécuriser leur trajet… »

Comme Jérôme. Très inquiet à l’idée de ne pas pouvoir passer Noël en famille à Paris, le jeune homme a prévu de louer une voiture. Et il n’est pas trop tard pour cela. « Certains clients avaient réservé une voiture mais n’arrivent pas à venir la chercher en raison de la grève. Résultat, il nous reste des véhicules, sourit un vendeur de chez Avis, en gare de Paris Montparnasse. Mais, en revanche, les tarifs ont bien explosé… » Qui a dit que Noël était l’occasion de faire des cadeaux ?