Marseille : « Continuer à faire vivre cette place de village », le combat continue au McDonald's de Saint-Barthélemy

LUTTE SOCIALE Malgré la liquidation judiciaire prononcée la semaine dernière par le tribunal de commerce, les salariés du McDonald’s de Saint-Barthélemy veulent continuer leur combat

Adrien Max
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Kamel Guemari entend bien poursuivre la lutte pour faire vivre cette « place de village », dans les quartiers Nord de Marseille.
Kamel Guemari entend bien poursuivre la lutte pour faire vivre cette « place de village », dans les quartiers Nord de Marseille. — K. Guemari
  • Le tribunal de commerce de Marseille a prononcé la liquidation judiciaire du McDonald’s de Saint-Barthélemy à Marseille.
  • Les salariés vont occuper le restaurant pour « continuer à faire vivre cette place de village », dans les quartiers Nord.
  • Ils ne comprennent pas la décision du tribunal de commerce.

Un combat de plus d’un an pas près de s’essouffler. Le système informatique du restaurant McDonald's de Saint-Barthélemy a été désactivé moins de 24 heures après la décision du tribunal de commerce de Marseille de le placer en liquidation judiciaire. Dès lors, impossible de continuer à servir des Big Mac pour les 40 employés. Mais pas d’y tenir des assemblées générales pour décider de la suite de la lutte, comme ce samedi. Un moyen de continuer de faire vivre « cette place de village », comme le décrit Kamel Guemari, syndicaliste et fer de lance de la contestation.

« On a voté samedi en AG l’occupation des lieux, jusqu’à ce qu’on se fasse expulser », prévient-il. Car l’essentiel est bien là, il faut conserver ce lieu hautement symbolique. « Il faut maintenir cette diversité, cette fraternité entre Beurs, Blancs, Noirs, qu’on a construites depuis 27 ans dans ce restaurant. C’est un lieu de vie qu’on a réussi à créer dans les quartiers Nord, alors que tout le monde cherche à diviser les banlieues et qu’ailleurs tout le monde se mange le foie », image le syndicaliste. McDonald’s est le second employeur dans les quartiers Nord de Marseille.

Poursuivre la lutte

Une nécessité aussi pour les salariés, après la décision de la justice qu’ils jugent invraisemblable. « C’est important de continuer à être ensemble, qu’est qu’il nous reste à faire si on s’isole ? On va basculer dans la délinquance, ou dans la vengeance. Alors on va faire ce qu’on sait faire, et se serrer les coudes. La période de Noël arrive, on va poursuivre la lutte dans le sens positif, en appelant aux dons pour faire des cadeaux de Noël aux enfants, on a plusieurs idées pour faire vivre le lieu », explique Kamel Guemari.

Et ils ne sont pas seuls dans leur lutte puisque le syndicat des quartiers populaires de Marseille, et les étudiants, les soutiennent. « On est à leur côté depuis le début, rappelle Sylvain, étudiant. McDo est le premier employeur d’étudiants en France, il est donc naturel que nous soyons à leurs côtés. Plus globalement, il s’agit d’un symbole du monde que l’on impose à la jeunesse, avec la question de la précarité derrière ».

Ensemble, ils vont poursuivre leur combat. « On va se rendre dans différents McDo pour faire nos prochaines assemblées générales. Ce sera un moyen de sensibiliser les clients et les employés à notre cause, mais aussi pour bloquer les restaurants », prévient Karim Guemari.

« Tuer le modèle social qu’on a réussi à mettre en place »

Car ils n’en démordent pas, leur restaurant était bien viable. « La justice n’a pas pris son courage à deux mains. Ce qui m’attriste, c’est que c’était déjà décidé d’avance. Des chèques pour des ruptures conventionnelles d’employés d’autres Mcdo ont été signés par ce restaurant, sa géolocalisation sur Google n’était pas la bonne, quand on faisait une commande en livraison, c’était celui de la Blancarde qui la prenait en charge, l’argent de la compensation des travaux de la L2 est parti directement à McDonald’s France », égraine le syndicaliste.

Pour lui, la véritable raison de cette liquidation judiciaire, est la place prise par les salariés et syndicats. « On est le petit restaurant des quartiers Nord qui a réussi à faire instaurer une charte sociale dans le département, pour avoir une participation au bénéfice, un 13e mois. Et on se battait pour qu’elle soit généralisée au niveau national. Ils ont voulu tuer le modèle social qu’on a réussi à mettre en place », avance Kamel Guemari. Après les intimidations, une tentative de corruption, ce n’est pas une liquidation judiciaire qui fera reculer les salariés du Mcdo de Saint-Barthélemy.