Grèves : Vu sur BFMTV, Alain marche bien 30 km jusqu’à chez lui à cause des blocages

FAKE OFF Un reportage diffusé sur la chaîne suscite l’incrédulité de certains internautes, persuadés qu’il s’agit d’une intox

Alexis Orsini

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Une station de métro fermée à Paris, le 5 décembre 2019, jour de grève.
Une station de métro fermée à Paris, le 5 décembre 2019, jour de grève. — CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP
  • En pleine période de grève dans les transports, BFMTV a suivi, le temps d’un reportage, Alain, un agent d’entretien qui parcourt une trentaine de kilomètres à pied pour rentrer de son travail à son domicile.
  • La séquence est devenue virale sur les réseaux sociaux, au gré notamment des commentaires d’internautes incrédules, convaincus qu’il s’agit d’un comédien.
  • Contacté par 20 Minutes, Alain confirme qu’il a pris l’habitude, pendant la grève, de rentrer chez lui à pied – bien aidé, notamment, par son expérience des marathons et de la marche.

C’est le genre de reportage qui aurait pu passer inaperçu lors de sa diffusion sur BFMTV, aux premières heures de la journée : une équipe de la chaîne y suit Alain, agent d’entretien, sur une partie du (très) long trajet qu’il emprunte à pied pour rentrer de son travail à chez lui en période de grève. « Pour Alain Fonteneau, c’est une deuxième journée qui commence. Après une matinée de travail, il rentre chez lui, à pied, à plus de 30 kilomètres de là », annonce ainsi la voix off qui accompagne ces images.

Mais la mise en ligne de cette séquence sur le compte Twitter de la chaîne d’info en continu, sous le titre « Grève : Alain, 55 ans, marche 30 km jusqu’au travail », lui a offert une visibilité supplémentaire, au point de devenir virale… et de susciter une flopée de réactions pour le moins incrédules.

« Arrêtez de prendre les gens pour des cons. Personne ne fait une randonnée de 30 km pour rentrer chez lui après une journée de travail », « En réalité, ce mec est juste un comédien payé par BFMTV », « Mais bien sûr. 30 km à pied pour aller bosser. Et la marmotte elle met le chocolat dans le papier alu ??? », s’étonnent ainsi plusieurs utilisateurs de Twitter, quand d’autres exhument des articles ou vidéos consacrés au même homme, au parcours déjà médiatisé par le passé.

FAKE OFF

Contacté par 20 Minutes, Alain Fonteneau confirme qu’il habite bien à La Verrière, dans les Yvelines, et qu’il y rentre à pied du travail, à Balard, dans le 15ème arrondissement de Paris, en raison de la grève. « Je fais le nettoyage chez Altice [le bâtiment où se trouvent les rédactions de plusieurs médias, dont BFMTV], donc je travaille dans les locaux de BFMTV. Récemment, je discutais avec une journaliste à qui j’ai dit : « c’est la galère la grève, avec ces histoires de train », elle m’a demandé comment je rentrais chez moi et je lui ai expliqué que je rentrais à pied. C’est ce que j’ai fait jeudi et vendredi notamment. »

« Je travaille en horaires décalés, de 6h30 à 9h30 puis en début d’après-midi et de 17h à 20h. Mais avec la grève, mon employeur m’autorise à finir le matin pour que je puisse rentrer à pied, sachant que le seul train qui me permettrait de rentrer est dans l’après-midi et que j’arrive plus vite chez moi à pied qu’en l’attendant. On m’a même proposé de ne pas venir travailler, mais comme je peux me déplacer le matin, grâce à un bus de nuit, je le fais », poursuit Alain Fonteneau, justement en train de rentrer chez lui à pied au moment où nous l’avons joint au téléphone. « J’ai couru vingt fois le marathon et quand je m’entraîne, je le fais justement sur le trajet Verrières-Paris en marchant ou en courant », précise le sportif.

« Ça n’a rien d’extraordinaire, c’est une question d’habitude »

Lundi 9 décembre, Alain Fonteneau a donc de nouveau réalisé ce trajet retour jusqu’à chez lui, mais en compagnie (partielle) d’une équipe de BFMTV : « Les journalistes m’ont suivi de Balard à porte de Versailles, puis ils m’ont retrouvé au château de Versailles, quelques heures après, et enfin ils m’ont rejoint à la Verrière encore plus tard. »

« En partant à 10h de Balard, il me faut 6 heures pour faire Paris-La Verrière, je fais environ 5 ou 6 km par heure et je marche d’une traite – sauf quand il pleut, comme vendredi dernier, quand j’ai fait une pause à la gare de Versailles. Ça n’a rien d’extraordinaire, c’est une question d’habitude, je ne comprends pas que les gens s’étonnent », explique le quinquagénaire, qui peut se targuer, outre d’être apparu dans le documentaire « Les glaneurs et la glaneuse » d’Agnès Varda, en 2000, d’avoir écrit son autobiographie Itinéraire bis, illustrée d’une photo de lui prise lors d’une course.

La trentaine de kilomètres qui sépare son domicile de son lieu de travail nécessite bien un peu plus de 6 heures de marche à pied pour être parcourue, selon l’estimation de Google Maps. Et ce trajet reste tout à fait praticable à pied, comme nous l’explique le quinquagénaire : « De Paris à Versailles, je monte la côte des Gardes, puis j’emprunte une allée pédestre et la forêt domaniale de Meudon, avant de prendre une piste cyclable qui va de Versailles à Trappes. Une fois vers La Verrière, je longe la voie ferrée, c’est comme un trottoir donc il n’y a pas de problème. »

« Je ne marcherai pas sur une durée indéterminée »

Contacté par 20 Minutes, BFMTV nous renvoie à son article sur Alain Fonteneau, dans lequel elle confirme notamment avoir « pris connaissance de son périple » « en échangeant avec lui » dans les locaux de BFMTV. Et corrige au passage l’erreur de titre qui a pu éveiller les soupçons de certains internautes : « Initialement, nous avions écrit qu’Alain avait fait 30 kilomètres "jusqu’au travail". Or, il s’agit bien de son trajet de retour. »

Le sportif, qui a déjà fait un Rambouillet-Chartres à pied, compte-t-il pour autant poursuivre ce trajet tout au long de la grève ? « Je ne pense pas que je le ferai sur une durée indéterminée, et je ne viendrais évidemment pas au travail si je devais aussi y aller à pied le matin », confie-t-il. Tout en s’amusant de sa soudaine notoriété : « Depuis la diffusion du reportage, ça n’arrête pas, on m’en a parlé au travail ce matin. Et sur le trajet de Viroflay au château de Versailles, tout à l’heure, un automobiliste s’est arrêté pour me dire "Je vous reconnais !". Il m’a accompagné en voiture jusqu’au château de Versailles, ce qu’il n’aurait pas fait si je n’étais pas passé sur BFM ! »