Non, un policier de la BAC n'a pas brandi son arme de service sur des « gilets jaunes »

FAKE OFF Une vidéo virale filmée pendant l'acte 56 des « gilets jaunes », ce samedi à Strasbourg, a alimenté les spéculations injustifiées sur la nature de l'objet brandi par un policier

Alexis Orsini

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Police (illustration)
Police (illustration) — Clément Follain / 20 Minutes
  • Sur Twitter et Facebook, une vidéo filmée à Strasbourg, pendant l'acte 56 des « gilets jaunes », alimente les théories et les critiques contre la police.
  • On y voit un homme en civil brandir un objet difficilement identifiable autour de lui, comme pour écarter la foule. Nombre d'internautes y voient un pistolet mitrailleur ou semi-automatique.
  • Il s'agissait en réalité d'un conteneur de gaz lacrymogène, comme le confirment à 20 Minutes plusieurs témoins de la scène. 

Un policier en intervention lors de l'acte 56 des « gilets jaunes », à Strasbourg, ce samedi, a-t-il dégainé son arme de service en direction des manifestants présents à ses côtés, au risque de commettre une dangereuse bavure ?

C’est ce que laisse penser une vidéo très partagée sur les réseaux sociaux, montrant un homme en civil brandir d’une main un objet noir, difficilement identifiable, autour de lui, comme pour éloigner les personnes qui s’approcheraient trop de la voiture garée à proximité, tandis qu’à proximité un membre des forces de l’ordre en tenue d’intervention surveille un homme blessé à la tête.

Depuis sa mise en ligne sur les réseaux sociaux, le 7 décembre, la séquence alimente de nombreuses théories et interprétations, en raison notamment de la mauvaise qualité des images. « HALLUCINANT, un policier dégaine son arme face aux manifestants. Avis aux spécialistes, c’est quoi exactement le nom de cette arme dégainée ? », s’interroge par exemple un compte Twitter dont la vidéo a été visionnée plus de 131.000 fois. Certains internautes y voient un pistolet-mitrailleur, d’autres un pistolet semi-automatique.

FAKE OFF

La scène s’est bien déroulée à Strasbourg, plus précisément sur le boulevard du président Poincaré – comme on peut le vérifier sur Google Maps. « Au début, il y avait une bonne ambiance dans la manifestation, et puis vers 15h45, un fourgon de police a foncé vers le boulevard, ce qui a provoqué un mouvement de foule, alors que les policiers procédaient à une interpellation », raconte Alex, le vidéaste qui a filmé la scène.

« L’un des policiers de la BAC [brigade anti-criminalité] a brandi cet objet, on ne savait pas ce que c’était, mais ça ressemblait plutôt une gazeuse [de gaz lacrymogène], même si certains manifestants m’ont dit qu’ils n’avaient jamais vu ce type de modèle », poursuit-il.

Camille*, un manifestant qui a également filmé des images de ce moment précis – consultées par 20 Minutes –, a pour sa part pu observer l’objet de près au moment de l’interpellation d’une figure locale des « gilets jaunes », embarquée dans la voiture banalisée garée derrière le policier : « C’était bien une gazeuse, avec une poignée à l’arrière. Quand le policier l’a brandie, tout le monde a reculé mais il n’en a pas fait usage, et la foule a fini par se disperser ».

« C’était clairement une gazeuse lacrymo »

Un témoignage confirmé par le journaliste de Rue89 Strasbourg qui a assisté à la scène : « C’était clairement une gazeuse lacrymo, j’étais en face et il l’a pointée dans ma direction ». Il a en outre pu la photographier de près, ce qui permet de l’identifier bien plus clairement que sur la vidéo virale.

La photo du policier brandissant son contenur lacrymogène à Strasbourg, le 7 décembre, prise par un journaliste de Rue89 Strasbourg.
La photo du policier brandissant son contenur lacrymogène à Strasbourg, le 7 décembre, prise par un journaliste de Rue89 Strasbourg. - TV / Rue89 Strasbourg

Contacté par 20 Minutes, le Service d’information et de communication de la police nationale (Sicop) détaille pour sa part cette « procédure standard » d’intervention : « Des policiers de la BAC et de l’unité d’intervention ont procédé à l’interpellation d’une personne pour outrage caractérisé. En réaction, des manifestants du groupe ont lancé des projectiles sur les policiers, ce qui a amené le policier de la BAC à sortir son conteneur lacrymo pour maintenir à distance la foule. Mais il n’en a finalement pas fait usage, et à aucun moment il n’a sorti son arme de service. »

* Le prénom a été modifié.