Bouches-du-Rhône : « Ça sera plus jamais pareil », les pompiers de Martigues pleurent « Nono », mort en portant secours aux victimes des inondations

HOMMAGE Des centaines de pompiers ont tenu à rendre hommage à Norbert Savornin, mort en début de semaine dans le crash d’un hélicoptère alors qu’il allait porter secours aux victimes des inondations

Mathilde Ceilles

— 

Le cercueil de Norbert Savornin dans la cour du centre de secours de Martigues
Le cercueil de Norbert Savornin dans la cour du centre de secours de Martigues — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Un pompier des Bouches-du-Rhône est mort ce dimanche dans un crash d’hélicoptère près de Marseille, alors qu’il allait porter secours aux victimes des inondations.
  • Ses collègues pompiers lui ont rendu un dernier hommage vibrant ce vendredi au centre de secours de Martigues où il exerçait.

Le jeune Mathis caresse doucement le drapeau tricolore sur ses genoux qu’un pompier vient de lui offrir, et laisse échapper quelques sanglots. Ce drapeau recouvrait jusqu’alors le cercueil de son père, Norbert, derrière lequel l’adolescent de 15 ans a péniblement mais dignement marché, soutenu par un pompier dans la cour du centre de secours de Martigues, dans les Bouches-du-Rhône où l’adjudant exerçait jusqu’à peu.

Ce dimanche, Norbert Savornin, plongeur sauveteur héliporté du corps départemental des sapeurs-pompiers des Bouches-du-Rhône, a perdu la vie à l’aube de ses 45 ans dans un crash d’hélicoptère près de Marseille, aux côtés de deux autres membres de la Sécurité civile. Tous trois étaient alors en route pour le Var pour porter secours aux victimes des inondations, après avoir sauvé cinq vies à Pertuis, également touchées par les intempéries.

Une importante foule

Ce vendredi, au centre de secours de Martigues, près de 800 personnes ont tenu à rendre hommage à un pompier dévoué qui a exercé toute sa carrière dans les Bouches-du-Rhône. Les mines sont graves et le silence pesant. De nombreux pompiers, religieusement alignés, recueillis, essuient discrètement leurs larmes. L’émotion se fait forte lorsque retentit la cornemuse qu’affectionnait particulièrement leur ancien collègue accompagne le cercueil qui trône au centre de la cour.

Malgré les élus, venus en nombre, la présence de la famille et même du préfet de région des Bouches-du-Rhône, une seule personne s’approche du micro, dans sa tenue de pompier, pour dire un dernier au revoir à « Nono », son ami de plus de vingt ans.

« Un homme au grand cœur »

« Ce que nous retiendrons de toi Nono, c’est d’avoir été un homme au grand cœur, souffle Guillaume Serrus, président de l’amicale des sapeurs-pompiers de Martigues. Celui qui est prêt à soulever des montagnes et décrocher des étoiles. Et il les aimait tellement qu’il est allé les chercher, ces putains d’étoiles. » « On est habitué à voir des malheurs, confie-t-il à 20 Minutes. Là, on est touché de plein fouet. Il était apprécié d’un très grand nombre. »

« Norbert faisait partie de ces gens engagés, explique non sans émotion le colonel Grégory Allione, patron des pompiers des Bouches-du-Rhône et président de la fédération nationale des sapeurs-pompiers. On échangeait beaucoup. Et mercredi dernier, on était encore tous les deux ici, à Martigues, pour la Sainte-Barbe. J’étais allé le voir dans le PC. On avait discuté. On avait plaisanté. On devait aller courir prochainement ensemble. Et quand je suis allé, dans la nuit, voir son épouse et ses enfants, sa cousine me disait encore qu’il lui en avait parlé : "le patron veut courir avec moi". »

Un hommage d’Emmanuel Macron

L’année est particulièrement noire pour les pompiers des Bouches-du-Rhône. Cette année, neuf d’entre eux ont perdu la vie dans l’exercice de leurs fonctions, dont un il y a quelques mois, également dans un crash. « Une année, chez les pompiers, c’est toujours des blessures, des fêlures, reconnaît le colonel Allione. Et on dit toujours que tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Mais là, on a un genou à terre. »

Plus tôt dans la journée, Emmanuel Macron avait présidé une cérémonie d’hommage à Nîmes, où étaient basés les deux membres de la Sécurité civile morts au côté du pompier des Bouches-du-Rhône. Le président de la République avait fait le déplacement pour saluer « trois hommes de courage et d’honneur, trois héros ».

Des « soldats du quotidien »

« Il faudrait aujourd’hui, dans notre société du XXIe siècle, qu’on se pose la question de la reconnaissance de ces héros du quotidien, lance le colonel Allione. Lorsqu’on est en 14-18, lorsqu'on est en 39-45, nos militaires, ce sont nos héros. Aujourd’hui, le combat, c’est la solidarité, la protection de nos concitoyens. Donc ces soldats du quotidien, il faut les protéger et les reconnaître plus régulièrement. Depuis 2002, il n’y avait pas eu de président de la République qui venait sur un cercueil de sapeurs-pompiers. Aujourd’hui, finalement, c’est un début, j’espère, de reconnaissance du monde de la Sécurité civile. »

A quelques mètres de là, le cercueil de Norbert Savornin quitte définitivement le centre de secours, sous les bravos de ses collègues. Alors que les pompiers s’étreignent, çà et là, les yeux rougis, un hélicoptère survole la scène. La voix de Guillaume Serrus se serre. « C’est le dragon ! C’est le 131… C’est celui qui couvre théoriquement notre secteur. Il ne passe pas pour rien. » Le silence se fait pour laisser place à une salve d’applaudissements. « Ce qui est sûr, c’est que ça ne sera plus jamais pareil », lâche Guillaume Serrus.