Strasbourg : Le plus petit régime spécial de retraite de France menacé avant son extinction naturelle

REFORME DES RETRAITES Le régime spécial de retraite du Port autonome de Strasbourg ne concerne plus que 137 cotisants, engagés avant 2015. Un héritage historique que ces derniers craignent de perdre avec la réforme voulue par le gouvernement

Florian Bouhot

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Le port autonome de Strasbourg. Le 11 janvier 2018.
Le port autonome de Strasbourg. Le 11 janvier 2018. — G. Varela / 20 Minutes

C’est un régime de retraite de niche, le plus petit de France. Au Port autonome de Strasbourg, 137 cotisants bénéficieront du régime spécial qui leur a été promis à la signature de leur contrat : un départ à 60 ans et une pension équivalant à 75 % du salaire (hors primes) touché lors des six derniers mois d’activité. A moins que le système universel voulu par le gouvernement ne vienne chambouler les choses.

D’où vient ce régime particulier ? « C’est lié à son histoire », selon les mots de Pauline Jacquet, porte-parole du Port, sans donner plus de précisions. « Le Port existait déjà sous le nom de Port Rhénan au début du XXe siècle, à une époque où l’Alsace était allemande », rembobine Pierre Strasser, maître de conférence à l’université de Strasbourg. C’était alors un port municipal. Difficile toutefois de certifier que c’est à ce moment-là qu’est né le régime spécial.

Autonomie complète

Le Port Rhénan devient le Port autonome de Strasbourg dans les années 1920, à la faveur d’un contrat entre la ville et l’Etat, lui garantissant son autonomie. Depuis, « le port finance seul son régime de retraites par le produit de son activité, sans subventions de l’Etat », poursuit Pauline Jacquet. « C’est un système indépendant. Cela ne coûte rien aux personnes extérieures au port », complète Christophe Hamm, délégué syndical Force Ouvrière.

Depuis 2015, les choses ont changé : les salariés recrutés par le Port autonome de Strasbourg cotisent au régime général. « On s’est rendu compte que notre système ne convenait plus, que le monde change, se remémore Christophe Hamm. Les nouveaux salariés ne prévoient pas forcément de rester plus de quatre, cinq, six ans. Notre révolution, on l’a déjà faite. »

« Est-ce le fait de notre petite taille ? »

Le régime spécial du Port est donc amené à s’éteindre avec le temps. Mais en attendant, la perspective d’une réforme inquiète les salariés qui cotisent pour ce régime. « On a des agents vieillissants qui ont peur de perdre ce statut. C’était un élément attractif, intégré à notre contrat de travail quand on l’a signé, relaye le délégué syndical. On ne peut pas changer les règles du jeu en cours de route ».

En guise de protestation, plusieurs dizaines de salariés se sont mis en grève le 5 décembre : deux issus de la maison mère, 31 au sein de la filiale du port, selon les chiffres de la direction. « On a dit que tous les régimes spéciaux avaient été sondés par le gouvernement mais personne n’a pris contact avec la délégation syndicale du Port autonome de Strasbourg, déplore Christophe Hamm. On ne nous a rien présentés. Est-ce le fait de notre petite taille ? »