VIDEO. Grève du 5 décembre : « La réforme des retraites, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase »

REPORTAGE « 20 Minutes » est allé à la rencontre des manifestants, qui sont descendus, ce jeudi, dans les rues de la capitale pour s’opposer à la réforme des retraites voulue par le gouvernement

Manon Aublanc

— 

Grève du 5 décembre : « La réforme des retraites, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase » — 20 Minutes
  • Plusieurs milliers de personnes ont manifesté, ce jeudi, contre la réforme des retraites à Paris, entre gare de l’Est et Nation, à l’appel d’organisations syndicales, dont la CGT, FO, FSU et Solidaires.
  • Ils étaient 65.000 selon la préfecture de police de Paris, 40.500, selon les chiffres du cabinet indépendant Occurence et 250.000, selon le décompte de la CGT.
  • Enseignants, cheminots, infirmiers, pompiers… Dans le cortège parisien, tous évoquent un « ras-le-bol » général, qui va au-delà de la réforme des retraites.

Enseignants, pompiers, cheminots, infirmiers, étudiants, retraités… Une marée humaine a envahi le boulevard Magenta, ce jeudi à Paris, pour s’opposer à la réforme des retraites souhaitée par le gouvernement, dont « l’architecture générale » sera dévoilée la semaine prochaine par le Premier ministre, Edouard Philippe.

Près de 6.000 policiers et gendarmes étaient déployés dans la capitale pour sécuriser la mobilisation. Les 65.000 manifestants – selon le décompte de la préfecture de police de Paris (250.000 selon la CGT) – ont défilé de gare de l’Est à Nation. Vers 16 h, quelques heurts ont éclaté aux abords de la place de la République, entre certains manifestants et des forces de l’ordre, immobilisant le cortège, qui est finalement reparti une heure après.

« On va être totalement perdants »

« Grève générale », « Macron solde nos retraites », « Qui sème la misère récolte la colère »… Sur les pancartes, les affiches et les autocollants, la colère est palpable. Qu’ils soient enseignants, urgentistes, artistes, étudiants, lycéens, cheminots, avocats ou retraités, tous sont descendus dans la rue pour une même cause. Et pour la grande majorité des manifestants, la première inquiétude, c’est la baisse des retraites, comme l’explique Nicolas, 33 ans, aide-soignant à l’AP-HP, en grève depuis maintenant neuf mois : « Nous, les aides soignants et les infirmiers, on finit notre carrière complètement cassé. Et on est train de nous dire qu’il va falloir qu’on travaille encore plus pour avoir une retraite ridicule ».

« La nouvelle réforme me ferait partir à 1.300 euros par mois, contre 1.700 euros aujourd’hui, ce n’est pas possible », s’inquiète, de son côté, Bruno, 47 ans, cheminot à Clichy La Garenne, qui ajoute : « Cette réforme, elle est injuste pour tous les Français, pas seulement pour le secteur public ».

Un constat partagé également par Paule, 64 ans, professeure d’histoire-géographie dans un collège de Rueil-Malmaison : « Les enseignants pourraient perdre entre 300 ou 400 euros par mois. On est déjà sous payés, le point d’indice est gelé depuis des années, nos conditions de travail ne cessent de se dégrader, et maintenant, on nous explique que c’est notre retraite qui va baisser », déplore-t-elle.

Pour certaines professions, le calcul pourrait ne plus se faire sur les six derniers mois de carrière, qui sont souvent les meilleurs : « Quand j’ai commencé, j’ai signé pour un statut, et ce statut, il n’est plus respecté. C’est-à-dire que les retraites ne seront plus calculées sur les six derniers mois mais les 25 dernières années. On va être totalement perdants », ajoute Paule. Un constat partagé par les enseignants, mais aussi les cheminots, les pompiers ou encore les infirmiers, qui bénéficient actuellement du même calcul.

« Quand on est tout seuls, on ne se fait pas entendre »

Si les étudiants et les lycéens, plus que concernés par cette future réforme des retraites, se sont mobilisés en masse, de nombreux préretraités ou retraités sont venus soutenir la jeune génération. « Je ne suis pas là aujourd’hui pour moi, car je vais bientôt partir à la retraite, mais pour les autres professeurs qui vont partir avec une pension complètement dégradée et dérisoire », poursuit Paule, la professeur d’histoire-géographie qui devrait partir à la retraite en 2020. Pour Chantal et Pierre, retraités tous les deux depuis onze ans, se mobiliser, c’est avant tout « soutenir les travailleurs et les futurs travailleurs ». « Les métiers sont déjà largement précaires pour les jeunes, et maintenant, on leur annonce que leur retraite sera dérisoire », s’alarme Chantal, ancienne fonctionnaire territoriale, une photographie de Macron grimé en vampire autour du cou.

Pour le personnel des urgences, en grève depuis neuf mois, mais aussi les pompiers, en grève illimitée depuis juin, cette manifestation, c’est aussi l’occasion de continuer leur mobilisation. « Comme on voit que, quand on est tout seuls, on ne se fait pas entendre et bien, maintenant, on va s’agréger à tous les autres mouvements », explique Nicolas, l’aide-soignant. Même son de cloche du côté des pompiers : « On est en grève illimitée mais comme on doit assurer un service minimum, ça ne se voit pas forcément et donc on n’est pas entendus. Aujourd’hui, on espère être entendus aussi sur les revendications propres à notre profession », poursuit Nicolas, 55 ans, qui exerce à Lyon.

Une colère qui va se traduire dans les urnes ?

Au-delà de la réforme des retraites, c’est bien un ras-le-bol général qui caractérise la mobilisation de ce jeudi. « C’est une manifestation qui dépasse la retraite, il y a un mécontentement total de la société, une convergence des luttes sur les retraites, la grève des hôpitaux, la détresse des enseignants, la hausse des impôts. Et c’était déjà le cas en novembre dernier avec les « gilets jaunes » », explique Fiaménare, 48 ans, chorégraphe et metteuse en scène. Un avis partagé par Bruno, cheminot : « La réforme des retraites, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Les gens n’en peuvent plus ». « C’est plus qu’un ras-le-bol général, on est en pleine détresse », estime, de son côté, Maxime, tout jeune professeur de lettres de 26 ans, dans un lycée de Créteil.

« Ce mouvement, c’est contre toute la politique d’Emmanuel Macron et de son gouvernement, contre toutes les réformes », déclare Mélanie, 26 ans, contractuelle à la mairie de Paris, qui estime que « la colère des Français va se traduire dans les urnes et les municipales vont être un bon indicateur ». Si la majorité des manifestants réclame l’abandon pur et dur du projet de réforme des retraites voulu par le gouvernement, Mélanie, elle, estime que le régime actuel doit évoluer : « C’est sûr qu’il faut réformer notre système actuel, ce n’est pas normal que certains vivent avec une retraite à 700 euros, mais le nouveau système proposé par le gouvernement ne répond pas aux urgences sociales ». Nicolas, lui aussi, milite pour « conserver ce système de retraites ». « Il faut se battre pour ce système et non pas le détruire comme est en train de faire le gouvernement. C’est quand même l’un des meilleurs du monde », conclut l’aide-soignant.