Grève du 5 décembre : « Le gouvernement sous-estime le pouvoir de nuisance des policiers »

MOBILISATION Une centaine de policiers se sont réunis à Paris devant le commissariat du 14e arrondissement pour protester contre la réforme des retraites  

Thibaut Chevillard

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Les policiers réclament le maintien de leur régime spécifique de retraite
Les policiers réclament le maintien de leur régime spécifique de retraite — Thibaut Chevillard
  • Les policiers réclament le maintien de leur régime spécifique de retraite.
  • Des actions ont été menées partout en France ce jeudi. A Paris, une centaine d’agents se sont réunis devant le commissariat du 14e arrondissement ce midi.
  • Le secrétaire général du syndicat Alliance promet de nouvelles actions si les policiers n’étaient pas entendus.

Accrochée sur une barrière, devant le commissariat du 14e arrondissement de Paris, une affiche donne le ton. « En raison d’un mouvement social national, aucun accueil du public aujourd’hui. » Sur le trottoir, une petite centaine de policiers ayant répondu, ce jeudi, à l’appel lancé par le syndicat Alliance, venus dénoncer la réforme des retraites envisagée par le gouvernement. « Les collègues veulent conserver le statut spécial du policier, explique le secrétaire général du syndicat, Fabien Vanhemelryck. C’est un acquis qu’on ne doit pas perdre. »

Sentant que la situation pouvait lui échapper, le ministre de l’Intérieur a tenté hier de rassurer les syndicats dans une lettre qu’il leur a adressée. « Des spécificités seront conservées pour les fonctionnaires qui exercent des missions régaliennes de sécurité et d’ordre publique durant une période minimale », écrit Christophe Castaner dans ce courrier consulté par 20 Minutes. En d’autres termes, il distingue les policiers affectés sur la voie publique et ceux qui travaillent dans les bureaux. Pour les premiers, « les droits à un départ anticipé resteront ouverts comme aujourd’hui, sans changement ».

Le renseignement et l’investigation oubliés ?

Une proposition qui est loin de satisfaire Yvan Assioma, secrétaire régional du syndicat. « On se demande si le ministre connaît l’ensemble des métiers de la police, explique-t-il. Il oublie qu’il y a des gens qui ont fait leur carrière dans le renseignement, dans l’investigation, et la difficulté de leur métier est réelle. » Le lieu du rassemblement n’a donc pas été choisi par hasard. « C’est un site qui regroupe trois directions de la préfecture de police », dont une antenne de la police judiciaire, poursuit le représentant syndical parisien.

« Un flic, il a beau être dans un bureau, quand il sort il est flic. Et s’il se passe quelque chose, même s’il est hors service, il doit intervenir. Donc on ne peut pas distinguer les collègues de voie publique de ceux qui travaillent dans les bureaux », complète Fabien Vanhemelryck. Pour lui, ce courrier de l’hôte de la place Beauvau « ne veut rien dire ». « Il n’y a rien dedans. » Et d’ajouter : « Aujourd’hui, on a un statut, on veut le conserver, ils se débrouillent comme ils veulent. Ils veulent mettre en place un système universel, c’est leur choix, pas le nôtre. »

« Ça va devenir très compliqué pour eux »

Il affirme que les policiers sont prêts à se mobiliser pour obtenir satisfaction. « Le gouvernement sous-estime notre pouvoir de nuisance », souffle le secrétaire général d’Alliance, soulignant que d’autres organisations syndicales, à l’instar de l’Unsa police, mènent le combat à leurs côtés. « On peut gripper le système un jour, une semaine, plusieurs mois. »

Parmi les actions envisagées, la grève des PV ou du zèle, des contrôles plus longs dans les aéroports ou les péages autoroutiers. Et Fabien Vanhemelryck de conclure : « Ça va devenir très compliqué pour eux. D’une manière ou d’une autre, le rapport de force est avec nous. »