Grève du 5 décembre : Commissariats fermés, grève du zèle... Les policiers se mobilisent contre la réforme

MOBILISATION Redoutant que le système de retraite dont ils bénéficient soit menacé, les agents espèrent se faire entendre ce jeudi  

Thibaut Chevillard

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Une centaine de CRS ont déposé casques et matraques à leurs pieds pour demander le maintien du régime spécifique des policiers
Une centaine de CRS ont déposé casques et matraques à leurs pieds pour demander le maintien du régime spécifique des policiers — PHILIPPE LOPEZ / AFP
  • Les syndicats redoutent que système de retraite dont bénéficient les policiers soit affecté par le projet du gouvernement. Mardi, le ministre de l’Intérieur leur a écrit pour les rassurer.
  • Ne pouvant ni se mettre en grève, ni manifester en tenue, les policiers pourraient multiplier les actions à l’appel de leurs syndicats.
  • Parmi les actions envisagées, la fermeture symbolique des commissariats et une grève du zèle.

Un avertissement symbolique. Lundi matin, une centaine de CRS sont sortis en tenue du cantonnement de Pondorly. Devant la caserne de Chevilly-Larue, dans le Val-de-Marne, ils ont déposé à leurs pieds casques et matraques. L’objectif de la manœuvre, orchestrée par les syndicats Alliance et Unsa-police, est de mettre la pression sur le gouvernement afin qu’il maintienne le régime spécifique des policiers dans le cadre de la future réforme des retraites. Et le message est clair. Les CRS assureront le maintien de l’ordre, le 5 décembre prochain. « Mais après ça, on ne va plus répondre de rien », avertit Frédéric Lagache, délégué général d’Alliance.

Actuellement, les policiers bénéficient d’une bonification spéciale dite « du cinquième » ou « quinquennale », qui leur offre une annuité (quatre trimestres) de cotisation tous les cinq ans. Elle est plafonnée à cinq annuités et, pour y être éligible, le fonctionnaire doit avoir exercé 27 ans. Un système qui est menacé par la réforme envisagée par le gouvernement, selon les syndicats prêts à mobiliser leurs troupes à l’occasion de la journée de grève qui commence ce jeudi. Hier, le ministre de l’Intérieur a pris les devants et leur a assuré, dans un courrier révélé par Franceinfo, que les policiers conserveront « leurs droits à un départ anticipé » et « des niveaux de retraites comparables aux pensions actuelles ».

Cela suffira-t-il à les rassurer ? Le système actuel est certes avantageux pour les agents mais il répond aux « spécificités » de leur métier et « compense » plusieurs choses, explique Linda Kebbab, déléguée nationale du syndicat Unité SGP Police FO : la « pénibilité » du travail, « la sous-rémunération » des policiers, l’absence 13e mois, le « rythme de vie » des agents, la « dangerosité » de leur métier… « Les heures de nuits, les dimanches et les jours fériés ne sont pas majorés », précise en outre la syndicaliste.

Différences de traitement

Une autre préconisation du rapport de Jean-Paul Delevoye, chargé au gouvernement du dossier des retraites, inquiète les organisations syndicales. Si le principe de droit au départ anticipé est maintenu (dès 52 ans dans la police), il ne le serait plus pour tous les policiers en fonction de la dangerosité de leurs missions. « Le gouvernement entend faire une différence entre les agents qui sont sur la voie publique et ceux qui ne le sont pas, fulmine Frédéric Lagache. Mais à Magnanville, c’est une agente administrative qui a été tuée » aux côtés de son compagnon policier, par un terroriste se revendiquant de Daesh​, qui avait fait irruption à leur domicile, rappelle-t-il.

Pas question pour les policiers de faire grève (ils n'en n'ont pas le droit). Et les syndicats appelant leurs adhérents à manifester sont peu nombreux. Le directeur général de la police nationale, Eric Morvan, a d’ailleurs envoyé ce lundi à ses troupes un télégramme, consulté par 20 Minutes, dans lequel il rappelle les « règles déontologiques qui s’imposent aux policiers dans l’exercice du droit de manifester ». « Ce droit ne peut s’exercer sur le temps de service, en tenue d’uniforme, en portant le brassard ou encore en usant des moyens du service », indique-t-il. Les agents souhaitant exprimer leur mécontentement devront donc trouver d’autres façons de le faire.

« Maintenir la pression »

À Grenoble, la quasi-totalité d’une unité de police est en arrêt maladie, signale Le Dauphiné Libéré. Dans le Maine-et-Loire, les effectifs de la BAC de nuit font la grève du zèle. Ce jeudi, « les commissariats seront fermés ce jeudi de manière symbolique entre 10h et 15h, sauf pour les urgences évidemment (…) Les collègues taperont à la machine à deux doigts », signale Linda Kebbab. Les agents sont également invités à lever le pied sur les interpellations ou la verbalisation des automobilistes, à faire trainer les contrôles dans les aéroports ou aux péages autoroutiers. Les policiers, conclut la syndicaliste, pourraient se remobiliser, après la journée du 5 décembre​, s’ils devaient « maintenir la pression » sur le gouvernement.