Affaire Kulik : « Je serai libéré quand Bardon croupira en prison », lance le père d’Elodie

PROCES Jacky Kulik est venu parler de sa fille, Elodie, violée et étranglée en 2002 dans un champ, alors que le procès de Willy Bardon touche à sa fin

Vincent Vantighem

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Jacky Kulik avec un portrait de sa fille tuée en 2002 Elodie Kulik, lors de l'ouverture du procès de Willy Bardon à Amiens le 21 novembre 2019
Jacky Kulik avec un portrait de sa fille tuée en 2002 Elodie Kulik, lors de l'ouverture du procès de Willy Bardon à Amiens le 21 novembre 2019 — DENIS CHARLET / AFP
  • Elodie Kulik, 24 ans, a été violée et tuée en janvier 2002. Son corps a été retrouvé en partie carbonisé sur un terrain de Tertry (Somme).
  • Willy Bardon, 45 ans, est jugé depuis le 21 novembre devant la cour d’assises, à Amiens. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
  • L’enregistrement de l’appel aux pompiers de la victime est le seul élément tangible sur lequel repose l’accusation. Il est sujet à caution.

De notre envoyé spécial à la cour d’assises de la Somme, à Amiens

Forcément, il a fini par pleurer doucement à la barre. Au moment de répéter à Fabien, son fils, que celui-ci était désormais sa « seule famille »… Jacky Kulik, 69 ans, a rendu hommage, ce mercredi, à sa fille Élodie, alors que le procès censé faire la lumière sur les circonstances de sa mort horrible, en 2002, touche à sa fin à la cour d’assises de la Somme, à Amiens.

Malgré les mises en garde de la présidente de la cour, il n’a pas pu s’empêcher de parler de Willy Bardon, l’homme de 45 ans actuellement jugé pour avoir participé au viol en réunion et au meurtre d’Elodie, sur un terrain désaffecté de Tertry. « Moi, adversaire de la peine de mort, je peux vous dire que je serai libéré quand Bardon croupira en prison », a-t-il asséné, dans un silence pesant.

« J’avais dit que je traquerai les criminels et j’ai tenu parole »

Installé sur un fauteuil de bureau à roulettes à côté de ses avocats, l’accusé qui comparaît libre n’a pas cillé. Depuis l’ouverture du procès le 21 novembre, il nie avoir participé aux faits. Fragile, l’accusation repose sur l’enregistrement d’un appel passé aux pompiers par Elodie Kulik juste avant de mourir. En fond sonore, on distingue deux voix d’hommes. Certains témoins assurent qu’il s’agit du « timbre » de Willy Bardon. D’autres, non… « Ma conviction est faite, a, pour sa part, indiqué Jacky Kulik. C’est sa voix ! »

Quasiment dix-huit ans après la disparition de sa fille, Jacky Kulik, cintré dans un costume gris autant que dans sa « rage », a finalement peu parlé de d’Élodie, consacrant l’essentiel de sa déposition au travail qu’il mène pour obtenir la vérité. « Ce combat, je le mène au nom de ma femme et de Fabien, mon fils. Je leur ai juré que jusqu’à mon dernier jour, je traquerai les criminels et j’ai tenu parole. Ma vie, c’est la recherche de la vérité que Bardon et son clan, sans jamais parler, connaissent pourtant bien… »

Le vibrant hommage à sa femme Rose-Marie

Incisif et digne, Jacky Kulik a surtout rendu un vibrant hommage à son épouse Rose-Marie, décédée des longues suites d’une tentative de suicide consécutive au meurtre d’Elodie. Il est aussi revenu sur l’accident de voiture qu’il a eu en 1976 et dans lequel deux de ses enfants sont morts. « Rose-Marie a fait preuve d’un courage exceptionnel pour relever ses deux enfants, morts sur le bord de la route. Elle m’a soigné, aidé à me reconstruire. Et elle m’a donné deux autres beaux enfants. »

Parmi eux, il y avait donc Elodie qu’on a, selon lui, « martyrisé ». Sans jamais se retourner vers le côté du prétoire où demeurent l’accusé et ses avocats, il a tenu à leur faire passer un ultime message. « Je veux leur dire que la fille, la pauvre fille, dont ils n’ont pas le courage de prononcer le prénom, c’était Elodie… » Willy Bardon​ encourt une peine de réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu vendredi soir.

Suivez en direct le procès sur le compte Twitter de notre journaliste :@vvantighem