VIDEO. « Si l’Europe avait la volonté politique, elle pourrait très bien accueillir tous les migrants », selon Médecins du Monde

INTERVIEW Président de Médecins du Monde, Philippe de Botton réclame avec d’autres ONG une commission d’enquête parlementaire sur les migrants pour inciter le gouvernement français à se pencher sur la question

Propos recueillis par Mathilde Ceilles

— 

Des migrants à Calais, le 18 février 2019.
Des migrants à Calais, le 18 février 2019. — Philippe HUGUEN / AFP
  • Des ONG réclament l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur l’accueil des migrants.
  • Le président de Médecins du Monde espère qu’un tel outil forcera les parlementaires à s’emparer de ces questions.

Une véritable enquête menée par les députés, pour confronter les responsables politiques français aux atteintes aux droits des migrants. Ce mercredi, plusieurs associations et ONG se mobilisent dans différentes villes frontalières de France ​pour réclamer l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire aux frontières, dont Médecins du Monde.

Gadget face à une situation préoccupante ou véritable outil pour changer les choses ? Le président de Médecins du Monde, Philippe de Botton, justifie cette requête auprès de 20 Minutes.

Pourquoi lancer cet appel à ouvrir une commission d’enquête parlementaire sur l’accueil des migrants en Europe, et en France en particulier ?

Nous aimerions que les députés enquêtent sur les violations des droits humains aux frontières intérieures, soit les frontières espagnoles, britanniques ou italiennes. Nous faisons cette demande car il y a un nombre important de droits des migrants qui ne sont pas respectés. Les migrants se font refouler de manière irrégulière. On ne leur accorde pas le droit de faire une demande d’asile. Tout ceci est documenté depuis des années. L’idée est de faire en sorte que les décideurs, et en particulier le gouvernement, prennent en compte la situation de ces personnes, afin de stopper cette navigation à vue et cette logique d’expulsion. Les choses sont de pire en pire.

Sur quels faits vous fondez-vous pour faire un tel constat ?

Le gouvernement est uniquement dans une logique d’expulsion des migrants, d’exclusion de ces personnes quelles que soient leurs situations. Femmes avec enfants, mineurs, il faut les refouler. C’est une logique très politicienne et électoraliste qui ne tient pas compte de l’humain. Entre mai 2018 et mai 2019, il y a eu 830 expulsions sur le littoral nord. Les gens à la frontière de Menton vivent toujours dans des Algeco, et sont toujours refoulés alors que logiquement il y a un devoir d’asile. A Montgenèvre, les migrants se font pourchasser par la police. L’Europe se ferme sur des concepts xénophobes de peur de l’étranger ce qui est dramatique personnel politique est très responsable véhicule des idées sur l’immigration qui sont des fausses idées. Or, si l’Europe en avait la volonté politique, elle pourrait très bien accueillir les migrants. On ne dit pas que c’est simple mais des solutions existent.

Mais une commission d’enquête parlementaire, c’est long, et cela ne change pas concrètement la situation des migrants dans l’immédiat…

Mais il y a des gens sur le terrain, une aide concrète apportée aux migrants ! Des associations font des maraudes, donnent de la nourriture. Mais les ONG ne peuvent pas se substituer au politique. C’est l’Etat qui doit donner l’impulsion, au lieu de laisser par exemple deux ans la « jungle » de Calais, ce qui est hallucinant. Une commission d’enquête parlementaire est un outil, une première étape, pour que les représentants des citoyens se penchent sur tel ou tel sujet et proposent des solutions. Ça ne va pas obliger le gouvernement à changer mais ça peut avoir un impact. Notre action sur le terrain est très utile, mais très modeste. Il faut un véritable courage politique pour faire changer les choses.

Pensez-vous vraiment que le gouvernement va changer sa politique migratoire dans les mois à venir après votre appel ?

C’est vrai que depuis 2015, ça ne bouge pas. Depuis la loi asile immigration, qui a mis en place une politique soi-disant teintée d’humanisme et de fermeté, on n’a que la fermeté. Mais je pense que cela peut aboutir à force d’insister. Mais si ça n’aboutit pas, il faudra peut-être passer à un degré supplémentaire, pour que les choses changent, comme des actions de désobéissance civile aux frontières. Honnêtement, ce n’est pas évident. A l’heure actuelle, on ne voit pas vraiment la lumière au bout du tunnel, mais sait-on jamais…