Etude Pisa : Les remèdes de Jean-Michel Blanquer pour améliorer le score de la France

EDUCATION La France stagne dans le dernier classement Pisa, révélé ce mardi par l’OCDE. Mais le ministre refuse le fatalisme

Delphine Bancaud

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Jean-Michel Blanquer, le 24 septembre 2019, au lycée Louis-le-Grand à Paris. Crédit:NICOLAS MESSYASZ/SIPA.
Jean-Michel Blanquer, le 24 septembre 2019, au lycée Louis-le-Grand à Paris. Crédit:NICOLAS MESSYASZ/SIPA. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Avec ses 493 points, notre pays se situe légèrement au-dessus de la moyenne des pays riches (487 points) dans l’étude Pisa de l’OCDE.
  • Jean-Michel Blanquer a défendu sa stratégie jusqu’à la fin du quinquennat, qui doit selon lui redresser la barre.
  • Il compte notamment renforcer la priorité donnée au primaire, la formation des enseignants et l’accompagnement des élèves en difficulté.

« Nous enrayons la chute, mais c’est insatisfaisant ». Lucide, mais pas défaitiste, le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, a commenté ce mardi les résultats de la France à l'étude Pisa. Car avec ses 493 points, notre pays se situe légèrement au-dessus de la moyenne des pays riches (487 points). Il fait globalement aussi bien que l’Allemagne, la Belgique ou le Portugal, mais moins bien que les Etats-Unis ou le Royaume-Uni, et beaucoup moins bien que l’Estonie, la Pologne ou l’Irlande. Une place « honorable », a commenté Angel Gurria, le secrétaire général de l’Organisation. « Cependant, le système éducatif français présente des faiblesses structurelles : c’est l’un des pays les plus inégalitaires », a-t-il poursuivi.

« Il faut espérer que les mesures prises vont porter leurs fruits et seront peut-être visibles dans l’étude Pisa en 2027 », a complété Eric Charbonnier, analyste à l’OCDE. « Notre discours sur les inégalités ne doit pas être un discours de fatalité », a répondu Jean-Michel Blanquer, qui a défendu son plan de bataille jusqu’à la fin du quinquennat pour tenter de redresser la barre.

Traiter les inégalités à la racine dès la maternelle

« La première inégalité est face au langage », a indiqué Jean-Michel Blanquer, rappelant qu’il avait décidé l’abaissement de l'instruction obligatoire à 3 ans. C’est l’une des mesures phares du projet de loi « pour une école de la confiance », adopté en juillet. Une mesure qui ne concernera que 26.000 enfants ne fréquentant pas l’école actuellement (98 % vont déjà en maternelle dès cet âge), mais qui reste toutefois un enjeu majeur pour certains territoires comme Mayotte ou la Guyane. Et qui permettra à tous les enfants de se socialiser, de renforcer leurs capacités d’expression et d’apprendre à suivre des consignes.

Le ministre souhaite aussi améliorer le taux d’encadrement des élèves en maternelle en dédoublant les classes de grande section dans l’éducation prioritaire, et en limitant à 24 élèves les classes dans les autres écoles d’ici à la fin du quinquennat.

Mettre l’accent sur l’école primaire

« L’amélioration des résultats va passer en priorité par l’école primaire », estime Jean-Michel Blanquer. Le ministre table notamment sur le dédoublement des classes de CP et CE1 pour aider les élèves à maîtriser les savoirs fondamentaux à la fin du primaire. Cette mesure, introduite en 2017 avant d’être progressivement étendue aux CE1, bénéficie désormais au total à 300.000 élèves.

« Elle a donné des premiers petits fruits : les élèves de CP de l’an dernier ont progressé et encore plus ceux situés dans les territoires les plus défavorisés », a déclaré le ministre. Car en novembre, les résultats des évaluations nationales menées en CP et en CE1 faisaient apparaître des « progrès significatifs » en fluidité de lecture, notamment. Des améliorations notamment visibles dans les quartiers très défavorisés (REP +) où les classes de CP ont été dédoublées.

Booster l’accompagnement des collégiens en difficulté

« La France est l’un des pays de l’OCDE où les élèves se sentent le moins soutenus, c’est un problème », estime Angel Gurria. L’étude Pisa montre que moins de deux élèves sur cinq déclarent que leur professeur leur indique souvent comment améliorer leurs résultats. « Les élèves sont en attente d’une personnalisation forte », a reconnu le ministre, qui compte notamment miser sur la mesure «devoirs faits», une aide personnalisée aux collégiens fonctionnant au volontariat, qui concerne aujourd’hui entre 20 et 30 % des élèves.

« A travers "devoirs faits", on a compris comment personnaliser le rapport entre l’élève et le professeur », estime le ministre, qui souhaite développer le dispositif. « Ce ne sont pas les élèves qui en ont le plus besoin qui en bénéficient. Je suis ouvert à la discussion pour imposer à 10 ou 20 % des collégiens en difficulté "devoirs faits" », a-t-il déclaré.

Doper la formation des profs

« La formation des enseignants français laisse peu de place au suivi individualisé et à la gestion de classe », souligne Angel Gurria, qui plaide pour une réforme de la formation initiale et continue des profs. Un processus déjà enclenché selon Jean-Michel Blanquer, qui a évoqué « une réforme en profondeurs des INSPE (instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation) portée par la loi de l’école de la confiance ». Et qui prévoit, selon lui, « plus de présence sur le terrain ». Pour les enseignants du premier degré, au moins 20 % de la formation en INSPE seront consacrés à la polyvalence, à la pédagogie générale et à la gestion de classe. Et pour ceux du second degré, au moins 30 % seront dédiés aux stratégies d’enseignement et d’apprentissage efficaces, à l’évaluation et à la gestion de classe.

Concernant la formation en cours de carrière, le ministre s’est engagé à ce qu' « aucun enseignant ne soit sans formation continue sur un espace trois ans ». Il compte notamment sur les mesures que contenait le plan Vilani-Torossian, à savoir le développement de la formation continue en mathématiques des professeurs des écoles. « Au total, ce sont 1.200 formateurs qui vont se déplacer dans les écoles pour former les enseignants », a déclaré le ministre. Reste à savoir quand et comment ces formations seront déployées.