Grève du 5 décembre : Le mouvement peut-il durer dans le temps ?

RECONDUCTIBLE La mobilisation s'annonce massive le 5 décembre mais la durée du mouvement pose question

Jean-Loup Delmas

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Mobilisation contre le nouveau système des retraites en septembre à Marseille
Mobilisation contre le nouveau système des retraites en septembre à Marseille — GERARD JULIEN / AFP
  • Le 5 décembre, c’est le « Jeudi noir » : un appel à la grève massif a été lancé par plusieurs syndicats pour une mobilisation interprofessionnelle.
  • Ce jeudi sera-t-il le début d’une mobilisation qui va s’inscrire durant tout le mois de décembre ?
  • Le coût d’une action longue pour les grévistes et la particularité du mois de décembre pourraient entraver une longue mobilisation.

La grève du 5 décembre sera-t-elle une unique journée d’énorme mobilisation ou se prolongera-t-elle dans le temps ? Et jusqu’à quand ? Noël, le Nouvel An ? Lundi, les syndicats de la régie de la RATP ont annoncé qu’ils étaient prêts à faire grève durant un mois pour « protéger leurs retraites ». De quoi donner un ordre d’idée du mouvement global ?

Pas si sûr. Et tout d’abord parce que le gouvernement, qui a multiplié les prises de paroles récemment pour tenter de limiter l’embrasement, a encore des cartes à jouer. « C’est à lui d’apporter rapidement des éléments de réponse aux questions posées dans les jours et semaines à venir », estime Mylène Jacquot, secrétaire générale adjointe CFDT-UFFA pour la fonction publique. Si le « flou » de Matignon concernant certaines mesures était rapidement levé, cela pourrait déjà apaiser le mouvement de grève, selon la syndicaliste : « Les salariés ont besoin d’être rassurés et d’entendre un discours net du gouvernement. »

Le coût financier

Une meilleure communication de la part du gouvernement pourrait potentiellement démotiver des grévistes, mais ce n’est pas la seule raison. Pour Guy Groux, sociologue spécialiste du syndicalisme, qu’importe le flou du gouvernement sur la question, la grève s’arrêtera lundi pour la plupart des secteurs « excepté les transports publics et quelques mouvements sporadiques ici et là. » Chez Force ouvrière, Yves Veyrier estime auprès de l’AFP « qu’il faut miser sur un bon gros coup » dès jeudi, car « installer une grève dans la durée, c’est compliqué », en particulier dans les entreprises « qui ont besoin de tourner », surtout sur un sujet comme celui des retraites « pour lequel le patron en face des salariés ne peut rien faire pour eux ».

Car au-delà de la réponse donnée par Edouard Philippe et consort, la grève pourrait se terminer faute de moyens. « Il ne faut jamais oublier que la grève, c’est un impact lourd avant tout pour le gréviste. Cela lui fait renoncer à des journées de salaire et cela affecte ses droits sociaux », rappelle Mylène Jacquot. C’est notamment le cas de Dorothée, adjointe administrative dans l’Education nationale, qui explique à 20 Minutes ne pas « pouvoir se permettre financièrement de perdre une journée de salaire ».

C’est ce sacrifice financier qui fait l’impact de la grève : « C’est un signal des grévistes. Nous sommes prêts à perdre de l’argent pour nos droits. C’est cela qui donne de la force au mouvement », précise Mylène Jacquot. Même si elle le répète, tout le monde n’a pas les moyens de faire grève, surtout sur le long terme : « A la CFDT nous n’avons pas de réticence à faire grève mais nous sommes réticents à l’idée de lancer un appel à la grève car on sait les conséquences que cela a. »

Un mois bien particulier

A ce propos, le mois de décembre n’aide pas vraiment non plus à pronostiquer une grève longue. Certains mois sont plus propices que d’autres aux mouvements sociaux, et le dernier de l’année n’en fait pas partie. Noël, les fêtes, les repas de famille, tout cela a un coût qui amoindrit le pouvoir d’action des grévistes. Mylène Jacquot évoque « des moments symboliques et importants pour tout le monde, et cela rend le calcul financier de la participation à la grève encore plus complexe. » Mais pas de quoi décourager tout le monde malgré tout, puisque Bruno, employé de banque qui a répondu à notre appel à témoignages, « compte bien faire grève le plus longtemps possible pour faire plier ce gouvernement ».

La particularité de décembre n’affecte pas uniquement les grévistes, mais également l’opinion qu’on se fait de leur mouvement. « Cette grève se joue aussi dans une bataille de l’opinion publique », note Guy Groux.

L’opinion publique, ce grand mystère

Quid de l’opinion publique si le mouvement a des conséquences trop négatives sur les sacro-saintes fêtes de fin d’année ? « On parle de millions de déplacements pour les vacances de décembre, dans le but en plus de revoir la famille éloignée. L’opinion se cristalliserait très vite en cas d’impact sur ses déplacements. » Le sociologue rappelle à ce propos que même la fameuse grève de 1995, érigée en référence, s’était terminée quelques jours avant les vacances scolaires, « un soulagement tant pour les grévistes que pour le gouvernement Juppé. »

Pour le moment, l’opinion publique se montre plutôt divisée, voire paradoxale. Selon un sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour franceinfo et Le Figaro, 66 % des Français estiment que la grève du 5 décembre est « justifiée »… et ils sont également 66 % à être favorables à un alignement des retraites… Quant aux organisations professionnelles, une intersyndicale (CGT, FO, la FSU, Solidaires, Unef, Fidl, MNL et UNL) est programmée dès vendredi pour envisager la suite, en l’absence de la CFDT.