Les stéréotypes de genre s'installent dès la crèche, d’après des recherches

SEXISME A divers niveaux, jusqu’à la relation avec les parents, les inégalités de genre prennent pied très tôt dans la vie

R.G.-V. avec AFP

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Deux enfants -deux garçons- donnent à manger à une poupée, à Gien. (illustration)
Deux enfants -deux garçons- donnent à manger à une poupée, à Gien. (illustration) — ROMAIN BEAUMONT/SIPA

Les garçons sont « des p’tits durs » encouragés à bouger, tandis que les petites filles sont qualifiées de « princesses » qu’on incite à rester calme : dans les crèches en France les stéréotypes de genre persistent, constatent des chercheurs et chercheuses. Bien qu’elles assurent être « neutres », les personnels de la petite enfance favorisent, malgré eux, la reproduction des rôles sexués véhiculés par la société, ont estimé plusieurs experts et expertes, réunis à Marseille lors d’un colloque organisé par le Centre d’information sur les droits des femmes et des familles (Cidff).

Lors des activités physiques « on juge l’esthétique chez les filles, la performance chez les garçons », remarque Sophie Odena, sociologue au Laboratoire d’économie et de sociologie du travail de l’Université d’Aix-Marseille. Son équipe a passé dix-huit mois en immersion dans des crèches dans plusieurs régions françaises.

Aussi dans la relation parents/professionnels

De ce souci esthétique découle l’apprentissage de la pudeur, qui va jusqu’à entraver l’autonomie du corps. Sophie Odena remarque : « On corrige la position des petites filles pour qu’elles ne montrent pas leur culotte ». De leur côté, les garçons sont moins habitués à discuter de leurs états émotionnels avec les puéricultrices : « La seule émotion davantage tolérée chez les garçons est la colère », selon l’Igas.

Les stéréotypes, assurent les chercheurs et chercheuses, sont aussi omniprésents dans les relations entre parents et les personnes qui travaillent dans les crèches. Ces dernières font porter la charge parentale quasi exclusivement sur la mère, qui est l’interlocutrice privilégiée et qu’on appelle en priorité en cas de maladie. « Quand c’est le père qui se présente à la crèche, on lui « transmet des messages » pour sa femme », note Sophie Odena.

Peu de formations

Comment expliquer cette reproduction involontaire des stéréotypes sexués ? L’Igas pointe du doigt la quasi-absence de formation des personnels de la petite enfance sur ce sujet, mais aussi le manque d’hommes dans ces métiers. Le taux moyen de masculinisation se situe entre à peine 1,3 % et 1,5 % dans le secteur de l’accueil et de l’éducation des jeunes enfants, selon un rapport ministériel de 2014.

Artur Karzelek, responsable d’une crèche associative à Strasbourg où travaillent deux hommes, témoigne pourtant de l’apport de la mixité : « Cela donne un autre exemple aux enfants, qui voient qu’un homme s’occupe aussi bien d’eux. » L’Igas propose d’aller plus loin, envisageant des temps non-mixtes dans les crèches, « pour fournir l’occasion aux filles et aux garçons de se sentir plus en confiance, sans l’imposition des carcans de virilité chez les uns et de sentiment d’infériorité chez les autres ».

« L’appartenance à un groupe de sexe est ensuite un des premiers facteurs d’inégalité scolaire », note Yoann Mieyaa, chercheur en psychologie, relevant la mauvaise estime de soi des filles. Chercheurs et chercheuses s’accordent sur le fait que le congé paternité octroyé en France – de onze jours seulement – est le premier facteur d’inégalité de genre, perçu par l’enfant dès ses premiers mois. En Suède, le congé paternité est de soixante jours. Dans ce pays, précurseur sur cette thématique, des consignes ministérielles demandent aux crèches de veiller à « neutraliser les stéréotypes sexués traditionnels et les différences sexuées des rôles ».

A bas les stéréotypes de sexe, vive la préfète ou la cheffe !