Pourquoi la police a-t-elle demandé à des étudiants de présenter une carte de presse ?

FAKE OFF Une vidéo, filmée à Toulouse, montre des policiers demander leur carte de presse à un groupe qui semble uniquement composé d’étudiants

Alexis Orsini

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Police (illustration)
Police (illustration) — Clément Follain / 20 Minutes
  • Sur Facebook, une vidéo filmée à Toulouse, lors de la journée de mobilisation contre la précarité étudiante, le 26 novembre, a été visionnée plus de 50.000 fois en peu de temps.
  • On y voit des policiers encercler un groupe d’étudiants et leur demander de présenter leur carte de presse, ce qui suscite l’étonnement du groupe.
  • 20 Minutes revient sur le déroulé exact des événements.

Encerclés par un groupe de policiers sur un trottoir de Toulouse, des étudiants se voient intimer une consigne surprenante : « Vous quittez les lieux par deux, les gens qui filment, on prend les cartes de presse, s’il vous plaît ».

« Mais c’est légal de filmer sans carte de presse ! », rétorque-t-on au sein du groupe. Ce qui amène un policier à préciser : « C’est pas grave, on ne dit pas que c’est interdit de filmer, on demande les cartes de presse si ces personnes sont journalistes ».

De quoi amener la vidéaste à l’origine de la séquence à la publier sur Facebook – où elle a été visionnée plus de 50.000 fois en quelques jours – pour dénoncer ce traitement « scandaleux », selon ses dires.

FAKE OFF

La scène a bien été filmée à Toulouse, mardi 26 novembre, lors de la journée nationale de mobilisation contre la précarité étudiante. Elle se déroule plus précisément sur le boulevard d’Arcole, comme on peut le vérifier sur Google Maps.

Contactée par 20 Minutes, Anna Trotzky, l’étudiante qui a filmé la scène, détaille : « Nous étions un groupe d’environ 150 étudiants [de l’université] du Mirail en route vers le CROUS, en centre-ville, pour rejoindre les 200 étudiants de l’IEP. […] On s’est retrouvés bloqués à plusieurs reprises par les policiers alors qu’on approchait. On recevait des infos contradictoires, puisque d’un côté, on nous disait qu’on pouvait emprunter le boulevard, et de l’autre, des policiers nous bloquaient. »

« Au moment où on retournait vers le métro Jaurès, on a été stoppé de nouveau. Les policiers ont fait plusieurs sommations et menacé de faire usage de la force. On s’est retrouvés encerclés à environ une quarantaine de personnes et les policiers ont commencé à mettre des gros coups de pression – sans faire usage de leurs flashballs et gaz lacrymo, probablement parce qu’il y avait plusieurs journalistes présents avec nous, qu’on ne voit pas sur la vidéo. C’est pour ça qu’ils ont demandé les cartes de presse, ils ont voulu chasser les journalistes », ajoute-t-elle.

Des journalistes bien présents à ce moment-là

Pour avoir couvert la manifestation et s’être trouvée présente à ce moment précis, Marie-Laure Lejeune, journaliste à ViàOccitanie, précise : « Différents confrères étaient aussi présents à ce moment-là : La Dépêche, M6, RTL… Il y avait aussi des étudiants en journalisme, et j’avais une caméra et un micro siglés ViàOccitanie. Les policiers nous ont demandé la carte de presse en expliquant que ça leur permettrait de nous traiter comme des journalistes, et pas différemment. Une collègue a dit qu’on n’était pas obligé de la montrer, j’ai choisi de ne pas le faire. »

La carte de presse n’est en effet pas obligatoire pour être journaliste - elle n’est donc pas forcément possédée par toute la profession. Par ailleurs rien n’empêche des manifestantsde filmer les forces de l’ordre.

Le Service d’information et de communication de la police nationale (Sicop) explique pour sa part que les policiers ont procédé à un contrôle dans le cadre de cette manifestation étudiante : « Tout le monde est resté courtois, mais comme certains étudiants se revendiquaient journalistes et qu’il y avait également des journalistes présents, il était normal de demander la carte de presse pour faire la distinction, la mention “presse” sur un casque ne garantissant pas cette identification. » En pratique, lors d’une manifestation, la carte de presse permet généralement de s’extraire d’un groupe lorsque celui-ci est encerclé par la police ou d’éviter d’être arrêté dans une foule de manifestants.

« C’était juste pour m’embêter »

Si Anna Trotzky affirme qu’aucun étudiant ne s’est présenté comme journaliste et que Marie-Laure Lejeune dit ne pas avoir entendu des manifestants revendiquer ce métier, cette dernière pointe du doigt l’insistance des policiers : « J’ai continué mes interviews et quand j’ai voulu sortir de la nasse, on m’a demandé ma carte de presse. J’ai refusé et suggéré de montrer ma carte d’identité, mais l’un des policiers n’a pas voulu la voir. On m’a fait patienter et on m’a dit que si je ne montrais pas ma carte de presse, je serais considérée comme faisant partie de la manifestation. »

« Je n’avais jamais eu affaire à ça jusqu’ici, même dans de plus grosses manifestations. C’est la première fois qu’on m’a demandé ma carte de presse. Là, c’était juste pour m’embêter. J’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de policiers par rapport au nombre de manifestants, mais c’est resté courtois, il n’y a pas eu de menace », conclut-elle. Les policiers ont finalement fait partir les manifestants par petits groupes, « afin d’éviter d’avoir à refaire la même intervention peu après », selon le Sicop.