Evaluations des élèves de 15 ans : Mais pourquoi donc l’étude Pisa fait-elle autant de bruit dans la sphère éducative ?

COMPARAISON L’enquête, qui paraît tous les trois ans, fait autorité dans les 79 pays qui y participent

Delphine Bancaud

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Des élèves dans un lycée à Limay dans les Yvelines.
Des élèves dans un lycée à Limay dans les Yvelines. — A. GELEBART / 20 MINUTES
  • L’enquête Pisa évalue tous les trois ans les élèves de 15 ans dans 79 pays. Ses résultats seront dévoilés ce mardi.
  • Elle est utilisée par les ministres de l’Education successifs pour justifier certaines de leurs décisions.
  • Mais les leçons qui en sont tirées sont parfois excessives.

Une fois de plus, ils feront les gros titres des journaux du lendemain et seront commentés sur toutes les chaînes de télé. Les résultats de l’enquête Pisa de l’OCDE seront dévoilés ce mardi à 9h. Une étude qui évalue les compétences de 600.000 élèves de 15 ans dans 79 pays, et qui fait autorité partout.

Elle a lieu tous les trois ans et jauge les élèves dans trois domaines : la compréhension de l’écrit, la culture mathématique et la culture scientifique. « Mais à chaque édition, un seul domaine est désigné comme majeur, c’est-à-dire comme sujet d’étude privilégié. Et la comparaison des majeurs est la seule solide statistiquement, ce qui fait que l’on peut comparer la progression des élèves dans un domaine sur neuf ans », explique Fabienne Rosenwald, directrice de la Depp (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance), qui s’occupe de la passation des tests Pisa en France. Cette année, le domaine majeur sera la compréhension de l’écrit.

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Depuis sa première édition, en l’an 2000, Pisa n’a cessé d’accroître sa popularité. Et ce pour plusieurs raisons. « C’est une enquête de qualité qui permet de mesurer la façon dont les élèves utilisent des savoir-faire dans la vie quotidienne, leurs capacités à analyser et à communiquer de manière efficace », indique Fabienne Rosenwald. « Avant Pisa, on n’avait pas de comparaison des résultats des élèves au niveau international », ajoute la sociologue de l’éducation Marie Duru-Bellat. « Et les évaluations nationales ne sont pas effectuées aussi régulièrement », renchérit le sociologue de l’éducation spécialiste de l’évaluation Didier Chavrier.

Le succès de Pisa est aussi dû à son influence sur les ministres de l’Education successifs : « C’est une boussole pour évaluer les politiques publiques », indique Marie Duru-Bellat. Car l’étude pointe aussi les forces et faiblesses du système scolaire. « Pisa permet de raconter l’histoire de notre système éducatif. Et l’étude a un réel impact sur certaines décisions. Elle a permis de faire baisser les redoublements, par exemple, car force était de constater qu’ils n’étaient pas efficaces », résume Fabienne Rosenwald. D’ailleurs, Chaque pays n’hésite pas à mettre la main à la poche pour y participer. « Aujourd’hui, la cotisation de la France à l’OCDE est d’environ 300.000 euros par an. Auxquels se rajoutent les frais pour mener les tests et les exploiter, qui sont de l’ordre, là aussi, de 300.000 euros », explique Fabienne Rosenwald. Et chaque ministre de l’Education utilise les résultats comme il le souhaite : « avec le renouvellement politique, les résultats de Pisa ne coïncident généralement pas au moment où le ministre de l’Education était en poste. Il n’a donc pas à les justifier et peut au contraire s’en servir pour mettre en lumière des mesures qu’il a décidé », commente Didier Chavrier.
 

Un large écho médiatique

Une des grandes forces de Pisa est aussi qu’elle a su se faire connaître auprès du grand public. « Il faut dire que l’OCDE a les moyens de communiquer beaucoup dessus. Ce qui permet à l’étude d’être très relayée médiatiquement », constate Didier Chavrier. « Et le classement des résultats des pays attire l’attention des Français, qui sont très sensibles à ce que leurs enfants apprennent à l’école », commente Marie Duru-Bellat.

Seul bémol de l’intérêt pour cette étude : la réticence de certains enseignants à son égard. « Il existe une méfiance atavique des profs à l’égard des évaluations extérieures. D’autant qu’ils estiment que les performances des élèves ne sont pas dues uniquement à la manière dont on leur enseigne, mais aussi aux moyens qui sont alloués par le gouvernement aux établissements », explique Marie Duru-Bellat. Les syndicats enseignants utilisent d’ailleurs souvent les résultats de Pisa pour monter au front : « Ils répètent souvent qu’il existe une corrélation entre les pays affichant de bons résultats, comme la Finlande, et les salaires confortables qui y sont alloués aux profs », relève Marie Duru-Bellat.

Les limites de l’exercice…

Chez les chercheurs aussi, Pisa est prise avec des pincettes : « Il faut rappeler qu’elle porte sur un petit échantillon d’élèves (6.300 en France pour l’étude 2019). Et Pisa se concentre sur les élèves de 15 ans scolarisés. Or, le taux de scolarisation des élèves de cet âge n’est pas le même selon les pays. Certains ont déjà opéré une forte sélection à cet âge-là. Donc, on compare des pays qui ne sont pas toujours comparables », souligne Didier Chavrier. Fabienne Rosenwald estime aussi qu’il faut être prudent dans les analyses qui seront faites : « Les classements ne signifient pas grand-chose, car les pays participants sont hétérogènes, ont des systèmes éducatifs très différents. Par ailleurs, Pisa ne mesure pas non plus la maîtrise des programmes scolaires ».