Grève du 5 décembre : Jeudi noir en vue pour pousser Macron à lâcher la réforme des retraites

BRAS DE FER Pour les trois-quarts des Français, ce sera « un mouvement de grande ampleur »

20 Minutes avec AFP

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Des manifestants de la fédération CGT Cheminots devant la gare du Nord en novembre 2019.
Des manifestants de la fédération CGT Cheminots devant la gare du Nord en novembre 2019. — ISA HARSIN/SIPA

La mobilisation s’annonce suivie. Le 5 décembre prochain, une large coalition, syndicats, partis d’opposition et « gilets jaunes », appellent à faire grève et à manifester contre la réforme des retraites qu’Emmanuel Macron est déterminé à « conduire à bien ».

L’exécutif joue gros dans un contexte social tendu avec une accumulation de mobilisations : des urgences puis des hôpitaux, des étudiants, des policiers, des sapeurs-pompiers, des enseignants, des agriculteurs… et la poursuite du mouvement des « gilets jaunes ». Signe de fébrilité avant le bras de fer ? L’exécutif a enchaîné les réunions cette semaine : déjeuner à l’Elysée et réunion de la majorité mardi, rendez-vous de « calage » annoncée vendredi et dimanche séminaire de l’ensemble des ministres à Matignon.

« Dialogue » et « détermination » de la part du gouvernement

Mais « détermination » et « concertation » restent les maîtres-mots, même si le flou persiste autour du futur système « universel » par points qui va unifier les 42 régimes actuels et faire disparaître les régimes spéciaux, comme ceux de la SNCF, de la RATP ou encore de la Banque de France… Les questions concernent notamment un éventuel âge pivot, une « clause du grand-père » ou la prise en compte de la pénibilité. « Je porte un projet d’ambition pour notre pays et je n’y renoncerai pas », a ainsi affirmé il y a quelques jours le chef de l’Etat, qui semble avoir laissé Edouard Philippe en première ligne sur ce dossier.

Le Premier ministre, qui s’est dit mercredi « ouvert au dialogue » mais « plus déterminé que jamais », va annoncer le projet « dans sa globalité » après la concertation, qui s’achèvera « le 9 ou 10 décembre ». Pour une présentation au Parlement début 2020. En attendant, « tout est réuni pour avoir un 5 (décembre) puissant », prédit Fabrice Angei, haut dirigeant de la CGT.

« Il y aura des occupations d’entreprises, d’usines, plus de 150 manifestations partout en France. Ce sera plus fort que la loi travail 2016 et que 1995 », prédit-il, en référence à la crise sociale d’il y a 24 ans face à un projet de réforme du système de Sécurité sociale et de retraite.

Un appel presque unanime

Pour les trois-quarts des Français, ce sera « un mouvement de grande ampleur », selon un sondage Elabe pour BFMTV. L’initiative d’une grève reconductible est venue de syndicats de la RATP, après une grève le 13 septembre qui a quasi paralysé la capitale et ses environs pour protester contre le projet « de régression sociale » du gouvernement.

SNCF, Air France, EDF, poids lourds, raffineries, enseignants, étudiants, policiers, éboueurs… les appels se sont multipliés, gonflés par les centrales CGT, FO, FSU, Solidaires – à l’exception notable de la CFDT-, des organisations lycéennes Fidl, MNL, UNL et étudiante Unef. Fait rare, les cadres de la CFE-CGC vont manifester et la CFTC a laissé ses syndicats « libres » de rallier.

Les « gilets jaunes », d’habitude plutôt frileux envers les syndicats, appellent à une « convergence ». Côté politique, PS, PCF, LFI vont participer. De même que le Rassemblement national, dont la CGT ne veut pas dans ses cortèges.

Un déficit abyssal

Le projet de système « universel » est une promesse de campagne de 2017, à un moment où le système était à l’équilibre. La donne a changé : le Conseil d'orientation des retraites (COR) prévoit désormais un déficit, entre 7,9 milliards et 17,2 milliards en 2025, incitant l’exécutif à réfléchir à des mesures d’économies avant cette date, en plus de la réforme du système, ce qui brouille son message.

Favorable à un système « universel », « plus juste » et « plus lisible », la CFDT demande au chef de l’Etat de ne pas courir « deux lièvres à la fois », en voulant s’attaquer parallèlement à la question financière « qui n’est pas urgente » selon la centrale. Le secrétaire général du premier syndicat français, Laurent Berger, ne veut donc pas entendre parler de mesures « paramétriques » (niveau des pensions, durée de travail, cotisations). A l’inverse du président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, qui réclame d’abord une « mesure d’équilibre » financier.