Marseille : « Des jeunes restent sur la touche ! » Y a-t-il assez de classes pour les mineurs isolés ?

REFUGIES Le collectif 59 Saint-Just réclame l'ouverture de quatre classes pour les mineurs isolés présents à Marseille. Selon le collectif, 80 jeunes sont actuellement livrés à eux-mêmes, sans école où aller

Jean Saint-Marc

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Les mineurs isolés sont scolarisés dans des classes spéciales, ici à Paris en 2015.
Les mineurs isolés sont scolarisés dans des classes spéciales, ici à Paris en 2015. — Chamussy / SIPA
  • Le collectif 59 Saint Just réclame l’ouverture de quatre classes pour les mineurs isolés présents à Marseille.
  • Selon ces militants, 80 jeunes sont actuellement livrés à eux-mêmes dans l’attente d’une scolarisation.
  • Les bénévoles seront reçus ce vendredi au rectorat, qui « évaluera s’il y a un besoin de création d’unités spécialisées. »

Lamine ne va pas à l’école alors, en attendant, Lamine dessine. Des bâtiments, des paysages, des animaux. Le jeune homme, qui vit dans le squat du 59, Saint-Just, est désœuvré. Nous l’avons rencontré il y a quelques semaines, à Marseille​. Un autre mineur isolé nous disait sa colère : « Le CASNAV, c’est de la merde. On te dit que tu vas aller à l’école, mais en fait, il n’y a jamais de places ! »

Le CASNAV est le Centre académique pour la scolarisation des élèves allophones nouvellement arrivés. C’est la structure qui, au sein de l’Education nationale, gère la scolarisation des mineurs isolés. C’est via le CASNAV, notamment, qu’ils passent des tests pour évaluer leur niveau en français et leur niveau scolaire. Mais avoir passé l’examen ne garantit pas une place au collège ou à l’école, comme peut en témoigner Lamine.

Une réunion vendredi au rectorat

Selon le collectif, ils sont au moins 80, comme lui, à attendre d'être scolarisés. Alors qu’il s’agit d’un des premiers articles de la Convention internationale des droits de l’enfant : tout enfant a le droit d’aller à l’école. « Malgré l’ouverture d’une nouvelle classe il y a un mois, des jeunes restent sur la touche alors qu’ils ont été évalués, dénonce Romain, membre de l’équipe scolarisation du collectif 59 Saint-Just. Des jeunes vont arriver tout au long de l’année et les classes sont déjà pleines en novembre... Donc ils vont rester bloqués ! »

Via une pétition envoyée cette semaine, le collectif réclame l’ouverture de quatre nouvelles classes. Ou plutôt UPE2A (Unité pédagogique pour élèves allophones arrivants), dans le jargon de l’Education nationale. Les militants seront reçus ce vendredi au rectorat, comme c’est régulièrement le cas. « Ils font des remontées et on croise leurs informations avec les données que l’on a, explique à 20 Minutes un porte-parole de l’institution. Nous évaluerons s’il y a un besoin de création d’unités, ou si les élèves peuvent être répartis dans les unités existantes. »

Il faudrait créer dix postes, selon un syndicat

Selon Corinne Vialle, une des responsables du SNUIPP-FSU à Marseille, la situation est déjà critique. « Il est évident qu’il n’y a pas assez d’unités à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône », lance-t-elle. Selon le rectorat, il y a aujourd’hui 39 UPE2A à Marseille, soit environ 800 élèves pris en charge. Mais une source au sein de l’Education nationale rappelle que « la situation est extrêmement mouvante, avec des jeunes qui peuvent changer d’endroit au gré de leurs placements (en foyer). Et comme leurs arrivées sont très fluctuantes, on ne peut pas figer une organisation à l’année. »

Pour les syndicats, le manque de places pour les mineurs isolés est toutefois structurel. Certaines organisations professionnelles affirment le répéter à chaque réunion pour définir la carte scolaire. « Pour nous, il faudrait créer une dizaine d’unités à Marseille », affirme ainsi Corinne Vialle. Non seulement pour créer des nouvelles classes spécifiques mais aussi pour intensifier les enseignements auprès d’élèves qui sont scolarisés dans des classes ordinaires, mais bénéficient ponctuellement de l’apport d’un enseignant spécialisé en français langue étrangère. « Dans ma classe, j’ai des élèves allophones, témoigne Corinne Vialle. L’intervenante UPE2A vient deux fois par semaine seulement. Ce serait plus efficace si elle venait une fois par jour. »

Pour les jeunes qui n’ont pas la chance d’être scolarisés, les conséquences peuvent être lourdes. « Ils vont mal psychologiquement et traînent dehors, affirme Romain. C’est en plus très important pour eux d’apprendre le français et les savoirs de base pour pouvoir, à 18 ans, avoir un contrat d’apprentissage dans une entreprise et ainsi obtenir un titre de séjour. » En attendant, certains, comme Lamine, dessinent. D’autres passent des heures à la bibliothèque municipale et auprès d’associations qui proposent des cours de français gratuits. « Ils ont une énorme soif d’apprendre », conclut Romain.