Pourquoi y a-t-il eu autant de morts à la chasse cette année ?

PLOMBS Comme dans tout sport, les chasseurs doivent pourtant respecter des règles strictes de sécurité

Lucie Bras

— 

Un chasseur en train de viser, à Vouvray (Indre-et-Loire).
Un chasseur en train de viser, à Vouvray (Indre-et-Loire). — GUILLAUME SOUVANT / AFP
  • Huit personnes ont été tuées dans des accidents de chasse depuis le début de la saison en septembre : c’est plus que l’an dernier durant toute la saison 2018-2019.
  • La secrétaire d’Etat Emmanuelle Wargon a envoyé un courrier aux représentants de la chasse, demandant « une réaction déterminée du monde cynégétique ».
  • « Les règles de sécurité mises en place sont assez bonnes, mais pas assez respectées », regrette Dominique Py, référente chasse chez France nature environnement.

Qu’a cela ne tienne pour les chasseurs : l’année 2017-2018 avait pourtant tenu ses promesses, battant des records de sécurité avec un nombre d’accidents en forte baisse. Mais depuis l’an dernier, les chiffres repartent à la hausse : déjà huit morts depuis le début de la saison en septembre, à trois mois de la fermeture en février prochain. Une hécatombe qui est remontée jusqu’au ministère de la Transition écologique. Dans une lettre, la secrétaire d’Etat à l’écologie Emmanuelle Wargon, a sommé mardi la Fédération nationale des chasseurs (FNC) d’opter pour une « réaction déterminée ».

« Trop, c’est trop », reconnaît Nicolas Rivet, directeur général de la FNC. « On se rend bien compte que dans au mois sept cas cette année, c’est le non-respect des règles de sécurité qui a occasionné ces décès », explique-t-il. « Le problème, c’est que vous avez beau mettre des règles, on a beau les rabâcher, la bêtise des gens fait que ça continue. Comme en voiture, où les gens appellent et envoient des SMS au volant, malgré le danger pour les autres usagers », regrette-t-il.

Un alcootest avant la chasse

Face à ces huit décès, la Fédération a envoyé une lettre ouverte à tous ses chasseurs sur Facebook, et a rappelé aux fédérations les règles élémentaires. Car, comme dans tout sport, et particulièrement les sports dangereux, les chasseurs doivent respecter des règles strictes de sécurité. « Bien souvent le matin avant de partir, on fait "le rond", une réunion qui explique comment va se passer la journée et les mesures de sécurité », raconte Nicolas Rivet.

« Pour une battue au sanglier, il faut garder un certain angle de tir 30 degrés pour éviter de tirer sur le voisin, tirer seulement quand on a identifié le gibier », complète Dominique Py, référente chasse pour l’ONG France nature environnement (FNE). Il faut aussi penser à décharger son arme quand on franchit un obstacle car « très souvent les accidents viennent de là », ajoute la référente chasse. « Les règles de sécurité mises en place sont assez bonnes, mais pas assez respectées. La plupart des accidents, ce sont les chasseurs entre eux », abonde Dominique Py.

Pour elle, il manque une mesure dissuasive qui pourrait éviter des accidents : « On réclame depuis longtemps un alcootest », rappelle-t-elle, filant elle aussi la métaphore automobile. « On le fait pour les automobilistes, qui ne sont pas censés boire avant de prendre le volant. Si on le fait pour eux, en considérant qu’il y a un danger, c’est la même chose pour quelqu’un qui a une arme. »

Une population « vieillissante »

Elle pointe aussi le risque lié à « une population de chasseurs âgée et vieillissante ». « Les nouveaux chasseurs sont mieux formés lorsqu’ils demandent leur permis, mais il reste des anciens chasseurs qui n’ont pas acquis les bons réflexes car ils ont eu leur permis avant la mise en place de la réglementation au début des années 2000 », accuse-t-elle. « Et ils ne font pas l’objet de contrôles réguliers de santé. Il faudrait que ça se mette en place. »

La chasse au grand gibier (cerf, sangliers, chevreuils) est la plus accidentogène, selon les chiffres de l’office national de la chasse et de la faune sauvage, avec en moyenne 54 % des accidents. La chasse au petit gibier à plumes totalise 30 % des accidents, suivie par le petit gibier à poils (15 %). « La chasse au grand gibier est plus dangereuse parce qu’on tire à la carabine, une arme au pouvoir de létalité plus important et de portée supérieure », explique Nicolas Rivet.

« Dans la quasi-totalité des cas », la Fédération se porte partie civile contre le chasseur responsable d’un accident. « Il y a un impact négatif sur l’image de la chasse. Donc on demande des dommages et intérêts au chasseur. Chez nous, les gens travaillent pour instaurer un dialogue, et l’action d’un seul rejaillit sur tout le monde. » La Fédération nationale des chasseurs va ainsi mettre en place une formation obligatoire pour les chasseurs, à suivre tous les dix ans. Elle entrera en vigueur l’été prochain, accompagnée d’une campagne de sensibilisation « choc »… sur le modèle de la Sécurité routière.