Drogues : « La répression n’empêche pas la consommation, mais fait exploser les risques », estiment les signataires de « l’Appel de Marseille »

DROGUES Des usagers, militants et professionnels des drogues ont lancé l’appel de Marseille, pour une dépénalisation des usages de drogue afin de réduire les risques de consommation

Adrien Max
(FILES) In this file photo taken on May 12, 2018 a man smokes a joint during a demonstration for the decriminalization of cannabis in France, in Paris. - Starting from November 19, 2018 French deputies will examine the new draft-law concerning the justice reform. Among the points raised : the creation of a fixed fine of 200 euros in case of cannabis use. (Photo by Thomas SAMSON / AFP)
(FILES) In this file photo taken on May 12, 2018 a man smokes a joint during a demonstration for the decriminalization of cannabis in France, in Paris. - Starting from November 19, 2018 French deputies will examine the new draft-law concerning the justice reform. Among the points raised : the creation of a fixed fine of 200 euros in case of cannabis use. (Photo by Thomas SAMSON / AFP) — AFP
  • Des usagers, militants et professionnels des drogues constatent des effets néfastes de la répression et de la stigmatisation des usagers, notamment avec un éloignement des dispositifs de prévention et de réduction des risques.
  • Ils appellent à une dépénalisation de l’usage de stupéfiants, avec d’un côté une industrie et d’un autre des autosproducteurs.

La consommation de drogue présente des risques, la criminalisation des usagers les accentue. C’est le message que souhaitent faire passer usagers, militants et professionnels des drogues, français et européens, réunis pour deux jours à Marseille (Bouches-du-Rhône). Ils réclament une dépénalisation des usages de drogue, que ce soit pour le cannabis, ou pour les drogues réputées plus dures comme la cocaïne, l’héroïne ou la MDMA. Un message qu’ils ont lancé dans l'« Appel de Marseille », une tribune publiée mi-octobre dans Le Monde pour la dépénalisation, et une pétition.

Laurent Appel, membre de l’association auto support des usagers de drogue (Asud), connaît bien les risques encourus par les consommateurs de stupéfiants, et les conséquences sanitaires qui découlent de leur criminalisation. Il a commencé à travailler sur cette question lors de la première épidémie d’héroïne au début des années 1970 à Marseille. « A l’époque les autorités avaient totalement verrouillé l’accès aux seringues à cause des usagers d’héroïne. Il n’était pas rare qu’une seringue soit partagée entre une centaine d’utilisateurs, ce qui a provoqué énormément de doubles contaminations au VIH et VHC. Alors que si vous donnez une seringue stérile, la personne qui se drogue fait attention à sa santé », se remémore-t-il.

Une multiplication des usages à risque

Aujourd’hui, les associations qui accompagnent les usagers constatent des nouveaux foyers d’injections. « Il y a des prises de drogues pour la performance au travail, la prise de stéroïdes dans les quartiers, des nouveaux usagers par Internet. Au fur et à mesure de leur consommation, ces personnes vont de plus en plus vers les injections pour ressentir les effets de ces drogues », constate Laurent Appel.


La stigmatisation et la prohibition augmentent de fait les risques liés à ces consommations de drogue. « Du fait de la stigmatisation, certaines personnes vont carrément faire un blocage psychologique et refuser de prendre conscience de leur consommation. La prohibition va quant à elle empêcher les usagers de se rapprocher de dispositif de soin par peur de la prison, de la perte d’un emploi. Mais elle va aussi pousser les usagers à consommer de manière non raisonnée. Par exemple, par peur de la prohibition, des jeunes vont consommer beaucoup de cocaïne avant de rentrer en soirée, ce qui augmente énormément les risques », prévient Victor Martin, de « l’Appel de Marseille ».

« On assiste à la consommation de cannabis de synthèse dans le Nord de la France qui peut provoquer des overdoses. Alors que si le cannabis était légalisé, les jeunes n’iraient pas vers ces drogues de synthèse », mentionne également Laurent Appel. Sans parler des « niveaux de concentration incroyable » de ces nouvelles drogues de synthèse.

Industrie et autoproduction

Pour toutes ces raisons, ils appellent à sortir de la stigmatisation et de la répression, « qui n’empêchent pas la consommation, mais font exploser les risques », et à une dépénalisation des usages de drogues. Mais pas n’importe comment. « Il faut absolument aborder cette question par une politique sociale et économique. Il y a une nécessité d’intégrer toutes les personnes qui prennent part à cette économie, des petits paysans producteurs, aux distributeurs et aux usagers », réclame-t-il.

Pour cela, il faut créer une industrie « dont nous avons besoin, notamment pour se servir de la manne financière qu’elle peut engendrer, et qui pourrait servir à la prévention », mais aussi un modèle d’auto production dans lequel « chacun pourra cultiver sa plante et en faire ses propres médicaments ou ses propres drogues », estime Benjamin-Alexandre Jeanroy, à la tête d’un lobby citoyen sur la politique des drogues. Mais ces questions ont encore beaucoup de mal à faire leur chemin dans la classe politique française. « Il y a l’idée dans la classe politique que si tu es laxiste tu as perdu, et que si tu abordes la décriminalisation, tu es mort politiquement », résume Laurent Appel.