« Plus possible de continuer de voir des femmes tomber sous les coups d'homme » : 49.000 personnes défilent à Paris contre les violences faites aux femmes

MANIFESTATION Le collectif #NousToutes appellait à se mobiliser contre « les violences sexistes et sexuelles »

Mathilde Cousin

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49.000 personnes, en majorité des femmes, ont défilé samedi à Paris contre les violences sexistes et sexuelles.
49.000 personnes, en majorité des femmes, ont défilé samedi à Paris contre les violences sexistes et sexuelles. — Thibault Camus/AP/SIPA
  • 49.000 personnes ont défilé ce samedi à Paris contre les violences faites aux femmes, une participation en hausse par rapport à la première manifestation il y a un an.
  • 20 Minutes a rencontré ces femmes.
  • Les associations voulaient mobiliser à deux jours de la fin du Grenelle sur les violences conjugales.

Une déferlante violette dans le cœur de Paris. 49.000 personnes ont défilé dans la capitale contre les violences faites aux femmes, selon le comptage du cabinet Occurrence. La première manifestation, il y a un an, avait réuni 30.000 personnes à Paris selon les organisatrices et 12.000 selon la police. Des mobilisations ont également été organisées dans une trentaine de villes en province ce samedi.

A 14 heures, on progresse difficilement place de l’Opéra, lieu de départ de la manifestation parisienne. La place est noire de monde, la foule déborde dans les rues adjacentes. Le collectif féministe #NousToutes et 70 organisations avaient appelé à défiler ce samedi.

« Ras le viol »

« Un milliard contre les violences sexistes et sexuelles », « ras le viol », « à bas le patriarcat ». Les manifestantes brandissent nombreuses les pancartes distribuées par les organisateurs. D’autres brandissent les prénoms de femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. Le violet, symbole de la lutte féministe, s’affiche sur les pancartes et dans les foulards ou le rouge à lèvres portés par les manifestantes. Une unité visuelle qui fait mouche dans le cortège, qui s’étend sur des centaines de mètres à partir de la place de l’Opéra en direction de la place de la Nation. Des personnalités, telles que les comédiennes Muriel Robin et Alexandra Lamy et l’artiste Orlan, ont également rejoint le cortège.

Dolorès, médecin au planning familial dans l’Aude, a revêtu un pull mauve. Elle a parcouru 800 km pour venir manifester. Elle reçoit chaque jour des femmes en consultation. « Quand on creuse un peu, la moitié ou un tiers racontent des histoires de violence et elles ne savent pas que c’est de la violence. » Ce qui l’a décidée, c’est une patiente, venue pour un frottis. Elle avait le vagin déchiré, son conjoint y avait introduit un couteau. Pour résoudre ces violences, Dolorès prend l’exemple de l’Espagne. « Il y a 40 à 50 féminicides par an. C’est déjà trop, mais on partait d’une centaine. »

Dans le cortège, toutes les générations se mélangent. Yvette et Martine, qui « étaient déjà là en 1970 pour l’avortement », se réjouissent que des « jeunes » soient présents. « On commence à voir maintenant que les violences ne passent plus. » Karen Levasseur est venue avec sa fille de 15 ans. Elle porte un cercueil sur lequel il est inscrit « A toutes les femmes assassinées par leur conjoint, compagnon ou ex. » « Ce n’est pas possible de continuer de voir des femmes tomber sous les coups d’homme. » Travailleuse sociale, elle s’alarme de la situation : « Les associations sont débordées, il n’y a pas assez de lieux d’accueil. »

Le collectif #NousToutes plaide pour certaines mesures « indispensables et urgentes », notamment l’instauration d’un brevet de la non-violence obligatoire pour tous les collégiens, une plus large utilisation de l’ordonnance de protection et la formation de tous les professionnels au contact des victimes.

La manifestation s’est déroulée à deux jours de la fin du Grenelle sur les violences conjugales. Le gouvernement doit dévoiler une quarantaine de mesures lundi. Marlène Schiappa et Christophe Castaner ont déjà présenté vendredi une « grille d’évaluation » qui doit servir aux forces de l’ordre pour mieux repérer les risques pesant sur les femmes victimes, lorsqu’elles se présentent dans un commissariat ou une gendarmerie.

Depuis le début de l’année 2019, au moins 116 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint, selon un décompte et une étude au cas par cas menés par l’AFP. Sur toute l’année 2018, le chiffre avait atteint 121 femmes victimes, selon le ministère de l’Intérieur.