« Pacifistes » ou « insurgés » ? Retour sur une intervention policière remarquée devant un lycée à Hyères

FAKE OFF Une vidéo montrant un policier inciter des lycéens à se séparer en groupes de « pacifistes » ou d'« insurgés » alimente les interrogations et critiques sur Facebook

Alexis Orsini

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Police (illustration)
Police (illustration) — Clément Follain / 20 Minutes
  • La vidéo d'un échange atypique entre une compagnie de sécurité et d'intervention (CSI) et des lycéens suscite de vives réactions sur Facebook.
  • Le chef de la CSI y demande à des lycéens de se répartir d'un côté ou l'autre de la rue, selon qu'ils sont « pacifistes » ou « insurgés ».
  • La séquence a été tournée devant un établissement de Hyères, mercredi 20 novembre, lors d'une troisième journée de tentative de blocage par des lycéens. 20 Minutes retrace le déroulé des évènements. 

D’un côté, des « pacifistes », de l’autre des « insurgés ». Telle est la distinction a priori surprenante entre deux « camps » demandée par un responsable policier à différents adolescents lors d’une brève rencontre à Hyères (Var) – immortalisée dans une vidéo devenue rapidement virale sur Facebook avec près de 20.000 visionnages en moins de 24 heures.

On y voit l’homme lancer à la foule : « Tout ce qui est pacifiste, vous montez ! Je considère "pacifique" [tous ceux qui avancent] à visage découvert, etc. OK ? […] Par contre, […] tout ce qui vient de Golf-Hôtel, c’est là-bas ! » lance le responsable en pointant la direction opposée de la rue, avant d’ajouter : « Tout ce qui est [du lycée] Jean Aicard et sympa, pacifiste, tous ceux que je connais, vous montez là, et ça reste bon enfant, entre nous, on est là pour vous protéger. […] Et tout ce qui est là-bas désormais est considéré comme insurgé ! Allez ! »

Une fois ces consignes données – dont le fait de présenter son carnet de liaison –, le policier emprunte lui-même le bas de la rue, suivi par le groupe de policiers sous ses ordres.

FAKE OFF

Si la séquence dure moins de deux minutes, elle est en réalité extraite d’un direct vidéo de presque 50 minutes réalisé devant le lycée Jean Aicard d’Hyères, mercredi 20 novembre au matin, lors d’une troisième journée de tentative de blocage par des élèves opposés (entre autres revendications) à la réforme du bac, comme le rapportait Var-Matin.

« Ça s’est passé vers 9h20, mais avant le début de mon live, il y avait déjà eu des évènements puisque des lycéens avaient jeté des oranges sur les policiers, qui avaient dispersé tout le monde », précise Jim, du collectif de médias indépendants « Journalisme 2.0 », à l’origine de la publication des deux vidéos.

« Quand on les voit arriver sur la vidéo, il y a, parmi les adolescents présents, des lycéens d’autres établissements – dont le Golf-Hôtel – venus se rallier au mouvement. C’est pour ça que les forces de l’ordre essayent de faire le tri », ajoute-t-il.

Ce que confirme le Service d’information et de communication de la police nationale (Sicop) : « Il s’agit bien d’une CSI [Compagnie de sécurité et d’intervention], qui avait le droit de contrôler l’identité et le carnet de liaison des élèves pour s’assurer qu’ils font bien partie de l’établissement, car certains adolescents présents ce jour là venaient d’un autre lycée. La CSI avait été sollicitée par le chef d’établissement pour veiller à son déblocage et il n’y a eu aucun incident sur cette intervention. »

Une distinction « surprenante en démocratie »

Comme on peut le voir sur la suite de la vidéo (à partir de 11’15 sur le direct), la CSI, une fois arrivée au rond-point situé au bas de la rue, poursuit en effet son chemin sans évènement notable. Pourquoi « Journalisme 2.0 » a-t-il choisi d’isoler cette séquence en particulier ? « Ca m’a marqué de voir les policiers parler "d’enfants" et d’"insurgés" alors qu’ils étaient face à des lycéens, tout comme le fait de voir cette ligne dressée entre "insurgés" et "pacifistes", qui me paraît surprenante en démocratie », explique Jim.

A ses yeux, la CSI a ainsi cherché à « temporiser », pour ce troisième jour de blocage, pour éviter « l’erreur commise lundi », lors d’une intervention au lycée Golf-Hôtel, qui avait donné lieu à un usage de gaz lacrymogènes sur les adolescents rassemblés près d’une poubelle incendiée. De son côté, le Sicop ne trouve rien de singulier au ton « ferme et paternaliste » employé par le chef de l’unité.