Réformes des APL et de l’assurance chômage : « Davantage de jeunes seront précarisés et assignés à résidence chez leurs parents »

INTERVIEW Claude Garcera, président de l’Union nationale pour l’habitat des jeunes, évalue l’impact de la réforme des allocations logement et de celle de l’assurance chômage sur la première installation

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Illustration logement des jeunes.
Illustration logement des jeunes. — Pixabay/stocksnap
  • A partir de janvier 2020, les aides personnalisées au logement (APL) seront calculées sur la base des revenus des douze mois précédents et seront réévaluées chaque trimestre.
  • Un système qui va pénaliser les jeunes ayant tout juste commencé à travailler, selon Claude Garcera, président de l’Union nationale pour l’habitat des jeunes.
  • Et la réforme de l’assurance chômage, qui est entrée en vigueur le 1er novembre et change le mode d’indemnisation, va elle aussi toucher de plein fouet les jeunes selon lui.

Inquiétudes pour certains jeunes, qui ont déjà du mal à démarrer dans la vie active. Alors qu’actuellement, les aides personnalisées au logement (APL) sont calculées sur les revenus d’il y a deux ans, à partir de janvier 2020, elles le seront sur la base des revenus des douze mois précédents, et seront réévaluées chaque trimestre. Un système qui va pénaliser les jeunes ayant tout juste commencé à travailler. C’est ce qu’affirme Claude Garcera, président de l’Union nationale pour l’habitat des jeunes (Unhaj), qui fédère 350 associations logeant 90.000 jeunes, notamment dans des foyers de jeunes travailleurs. Il souligne aussi l’impact pour eux de la réforme de l’assurance chômage, entrée en vigueur le 1er novembre.

Quels sont les jeunes les plus vulnérables actuellement sur le front du logement ?

Ceux qui ont moins de 25 ans et qui ne travaillent pas, car ils n’ont aucun filet de sécurité comme le RSA (Revenu de solidarité active), et le fait de prendre un premier appartement coûte cher. S’ils ne sont pas accompagnés financièrement par leur famille pour se loger, leur situation peut vite devenir difficile. D’autant que l’on constate un non-recours aux droits fréquent pour ces jeunes, qui ne connaissent pas certaines aides qui les concernent. Comme, par exemple, celles proposées par Action logement. 

Et pour ceux qui travaillent, la possibilité de se loger n’est pas réellement plus facile…

Non seulement ils sont confrontés à la flambée des loyers dans les grandes villes, mais leurs parcours ne sont pas non plus linéaires. Ils enchaînent les CDD de courte durée ou les missions d’intérim, avant de se stabiliser vers les 30 ans. Et la réforme de l’assurance chômage, qui est entrée en vigueur le 1er novembre, va aggraver leur situation financière. Car pour percevoir une indemnisation, il faudra désormais avoir travaillé six mois sur les 24 derniers, au lieu de quatre mois sur 28 précédemment. La réforme touchera de manière particulière les jeunes le plus souvent exposés aux périodes de chômage entre deux contrats.

En quoi la réforme des APL est-elle inquiétante pour certains ?

Le mode de calcul actuel des APL prend en compte les revenus d’il y a deux ans, donc potentiellement une période où le jeune n’en avait aucun. Cette aide permet d’atténuer le coût de son installation dans son premier logement. De plus, le fait que le montant de cette aide soit stable sur l’année lui permet de gérer précisément son budget et de rassurer son bailleur. Mais le changement du mode de calcul, à partir de janvier, va pénaliser ceux qui ont commencé à travailler. Car leur APL étant calculé sur les revenus des douze derniers mois, le montant de cette aide sera moindre pour beaucoup d’entre eux qui ont commencé à travailler. Une fois leur loyer payé, leur reste à vivre sera moindre.

Quel exemple pouvez-vous nous donner ?

Un jeune isolé de moins de 25 ans entrant dans la vie active avec un revenu de 750 euros, qui paye 400 euros pour son logement dans une de nos résidences habitat jeunes, perdrait de l’ordre de 1.200 euros d’APL sur l’année avec la réforme. Et son taux d’effort pour se loger passerait de 6 à 31 %. Certains vont se retrouver dans des situations très délicates, notamment ceux qui ont souscrit un crédit pour financer un permis de conduire, pour payer leurs études… Quant à l’accès au parc privé, il risque d’être encore plus difficile pour les jeunes, car avec le recalcul des APL à chaque trimestre, les bailleurs risquent d’être encore plus réticents à louer leurs biens. A cause de cette réforme et de celle de l’assurance chômage, davantage de jeunes seront précarisés et assignés à résidence chez leurs parents.

Que proposez-vous pour atténuer cet effet ?

Concernant la réforme des APL, il faut que le gouvernement accepte un régime dérogatoire pour les moins de 25 ans ayant un revenu mensuel moyen inférieur à 1.326 euros sur les douze derniers mois. Ces derniers se verraient alors appliquer une appréciation de leurs revenus différente. Autre solution : définir un montant d’aide minimum pour ces jeunes, afin de sécuriser leur première année d’installation. Nous avons participé à la rédaction d’un amendement au projet de loi de finances qui va dans ce sens.